Grenache Symposium - D day

La journée continue et s'achève par un tasting.

Dégustation des vins de tous les vignerons présents. Autour de moi, rien que des pointures. Des Parker 100 comme s'il en pleuvait. Y'a qu'à taper dans un caillou pour en voir sortir un ;-)

Bon, faut y aller et rentrer dans l'arène, Bizeul. Au menu, Vieilles Vignes Blanc, le 2009 tiré de la cuve à une semaine de la mise, et la petite Sibérie 2007. Un grenache blanc et gris, donc Grenache pur, finalement très rare et un 97 % grenache, mono cru, ce qui est unique ce jour là. Voyons comment il vont se comporter...

En moi, je cogite dur en attendant les clients qui vont bien sûr, comme d'habidude, vers les étiquettes. Mes vins vont il donner du plaisir ? Vont il donner envie de voler une bouteille et partir, là bas, près de la fontaine, pour boire un coup ? Voilà l'important. Je suis las de ces "rat race", de ces "courses de rats" ou il faut un gagnant et beaucoup de perdants....

Et bien ça le fait, mes amis et mon métier prend alors tout son sens. Je pense beaucoup à tous mes collaborateurs, qui se démènent au quotidien, mouillant leur maillot, épuisant leur dos, se levant à l'aube qu'il fasse trop chaud ou qu'il fasse trop froid. Voilà pourquoi, les amis, on bosse autant : pour que des gens qui ont tout bu aient encore, tout d'un coup, l'envie de boire, l'envie tout court, le désir d'avoir une bouteille alors qu'ils ont déjà tout...

Le blanc 2009 est sans aucun doute le meilleur blanc qu'a jamais fait le Clos des Fées. Il doit beaucoup à Serge. Merci Serge ;-) Et bien, alors que personne ne connait ici le domaine, il attire bientôt les convoitises. Ce n'est pas un grand vin, c'est un vin simplement délicieux. Que demander de plus, en vérité ? Steven Spurrier passe, toujours aussi gentil. Je ne l'avais pas vu depuis longtemps, des années en fait, et nous évoquons l'académie du vin, le passage de la Madeleine, Paris il y a trente ans. Toujours amusant de voir que, finalement, les gens que je connaissais le mieux auront mis plus de temps à me voir comme vigneron. Changer de métier, changer d'image, rien de simple. "Qui importe ton vin en Angleterre ". Justerini and Brooks. "je vais les appeler pour en acheter dès mon retour". Je ne sais pas si tu le feras, cher Steven, mais ça m'a fait plaisir et c'était sincère.

Le bouche à oreille se fait gentiment et, rapidement, le blanc devient le chouchou de la soirée. Je suis fier pour le Roussillon, fier pour le Grenache. Ah bon, c'est un cépage d'assemblage ? ;-)

Célia finira de me l'ensoleiller, ma  journée. Célia est serveuse, elle a passé sa journée à nous servir, avec son attitude gracieuse de petit lutin espiègle et tout à la fois attentif et détaché. Elle goûte, passionnée, comme un petit oiseau vient voler des miettes sur la table de votre petit déjeuner. La dégustation se termine. Elle revient vers moi et prend à deux mains la bouteille de petite Sibérie, dont elle n'a jamais entendu parlé avant aujourd'hui. "I want a bottle of THIS wine. How mutch is it ?". Ma pauvre Célia, j'ai une mauvaise nouvelle pour vous : 200 euros. Tout le jolie visage de Célia exprime en quelques instants la surprise, la déception puis la décision définitive : "tant pis, je sais pas comment je vais faire, mais j'en veux une ! I'am a true girl !

Merci chère Célia. Tu ne le sais pas encore, car je vais te laisser, si tu veux bien, un peu dans l'incertitude demain – parce qu'il n'y a rien de mieux que l'attente, tu le découvriras en vieilissant - puis bien sûr, je vais te laisser une bouteille de petite Sibérie, gratuitement. J'en ai ouvert bien d'autres à des gens qui n'avait pas ta passion, ton instinct, ton enthousiasme.

Voilà pourquoi je suis venu, pour ce type de rencontre, d'évidence. Tu m'auras donné bien plus que ce que je te donne. Tu me dois rien, crois moi.

MAJ : ce matin, j'écoute par hasard (mais y a t'il un hasard ?) en me rendant au symposium, le journal de France Inter. Un gars a écrit sur le bonheur,un livre que je vais acheter. Il dit que le bonheur, au final, c'est la rencontre de l'autre. Je repense à Célia et à la joie qui va être la sienne, qu'elle communiquera à un ou une autre et ainsi de suite. Il dit que le bonheur, c'est se sentir "d'humeur Champagne", citant Rosa Bonheur. Génial. Comme c'est vrai. Ca va faire pétiller ma journée. Il donne aussi sa devise, celle qu'il a découvert en faisant le livre est qu'il a fait sienne, d'un poète Persan : "ne me donnez pas d'eau, donnez moi la soif..."

S'il te plait, mon Dieu, fais que je garde la soif, l'envie de la rencontre de l'autre...

3 commentaires

#1. Françoismb | dimanche 6 juin 2010 - 15:48

Merci Hervé pour ces quelques lignes qui me font un peu moins douter de l'humanité.
Merci pour ce moment de partage

#2. Jérôme B. | lundi 7 juin 2010 - 09:20

Je me joins à François pour te remercier pour ce billet plus émouvant qu'à l'acoutumée. Quel est le nom du livre et de l'auteur ? Il faut que tous tes admirateurs le lisent pour pouvoir partager leurs impressions avec toi :)

Tu as de la chance d'avoir rencontré Célia et elle a de la chance de t'avoir rencontré. Et tu as surtout de la chance d'avoir rencontré Claudine qui te connaisse suffisament pour ne pas avoir peur lorsque tu encenses une charmante demoiselle sur ton blog ;)

Réponse de Claudine Bizeul : j'ai de bons arguments!

#3. Pascal | vendredi 11 juin 2010 - 19:32

Plus proche de nous que le poète persan, notre poète belge à nous chantait : "qu'on me donne l'envie, l'envie d'avoir envie". Et Dieu sait que notre poète belge connait plus la soif que l'eau. ;-))

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