Les olives, la tramontane et le pot au lait

Neige, pluie, vent, il ne manquait la semaine dernière à Vingrau que le tonnerre et les éclairs pour se croire dans l'introduction de Dumbo... Ceux qui ont des enfants me comprendront. Les autres chercheront dans leur mémoire ou sur le web ;-)

L'équipe de récolte, jeudi et vendredi, a fait un travail de fou, bravant les éléments, le froid, la neige puis la pluie pour continuer à récolter. Chapeau bas, les gars. Le vibreur enfin réparé après changement de la centrale hydraulique était piloté par Serge et Pierre, l'équipe manuelle - Bruno, Hatch, Kader, François – venant en renfort, à l'olivium et au filet, pour cueillir les arbres dont le tronc trop tourmenté ne permet pas pour l'instant une récolte mécanique. Je l'avoue, j'ai été vraiment fier d'eux, et reconnaissant de toutes les olives qu'ils sont ainsi sauvées.

Car samedi, c'était journée tramontane...

Oh, pas une tramontanette à 60 ou 80 km/h, non, une vraie, à 120. Et là, les olives, au pédoncule fragilisé par le froid, n'ont pas résistées et se sont envolées. Combien en avons nous perdu ? Je ne sais pas . 10 tonnes ? 20 tonnes ? Plus ? Trop tôt pour le dire, avant d'avoir fait le tour de tout. Mais beaucoup.

Sur la partie au nord, la plus sensible à la Tramontane, beaucoup d'arbres avaient perdus 100 % de leur potentiel. Ça ressemble désormais à ça :



D'autres ont perdu 80 %, rares ceux qui n'avaient pas au mois 40 % des olives au sol. Certains les ramassent, parait-il. Bonjour la qualité...

Bon, encore que juste après qu'elles soient tombées, c'est sans doute encore jouable. Après deux ou trois jours, non. Mais comment séparer les olives tombées la veille des olives tombées il y a quinze jours ? Impossible...

De toute façon, à la main, dans le froid, une par une, aucune rentabilité. Et puis on est pas au goulag : pas prêt à faire faire ça à des hommes et de toute façon, personne, je pense, ne voudrait le faire. Enfin, on le faisait, me racontent les anciens, avec des mitaines. Ça devait être quelques chose... Je pourrai appeler Karl, au cas où il en ait quelques paires dont il s'est lassé. Récolter en mitaines Chanel portées par Karl : je trouverai finalement peut-être du monde, qui sait... ;-)

Franck, venu d'Espagne en renfort avec un deuxième vibreur, nous dit qu'il existe même des rouleaux avec des piques, à tirer derrière un tracteur. Bonjour la qualité... De toute façon, dans les cailloux, même pas en rêve.



Bon, il essaie de nous remonter le moral en nous disant que nos picholines sont les plus belles et les plus saines qu'il ait vu cette année. Consolation. Petite. Mais consolation ;-) Le soir, dégustation et assemblage des premières pressées. C'est vrai que cette année, on fait une huile magnifique. La difficulté, le risque, la souffrance, l'énergie, la détermination, tout cela rend-il meilleur le produit final ? Sans doute pas. Dommage. ;-)

Ainsi va la vie du paysan, rappelé à l'ordre par la nature plus souvent qu'il ne le voudrait.

Oh, sans doute ne devrais je pas me plaindre, finalement épargné par rapport à d'autres qui ont sans doute vu leurs oliviers se casser ou se fendre sous le poids de la neige, dans le Vaucluse où les Bouches du Rhône. On en saura plus quand il fera meilleur.

Rentrant dans ma voiture, je repense à un poème que m'avait fait encadrer mon père, de Kipling, "Tu sera un homme mon fils". Vous vous souvenez ? "Si tu peux voir détruire l'ouvrage de ta vie et sans dire un seul mot te mettre à reconstruire...".

Bon, on en est pas là, mais c'est un coup dur. Du coup, je repense aussi à ma mère, fan de La Fontaine, et qui me faisait apprendre "Perrette et le pot au lait", qui "légère et court vêtue, s'en allait à grands pas", au marché, son pot sur la tête, rêvant à des jours meilleurs. "Le lait tombe; adieu veau, vache, cochon, couvée".

Ce soir,  I am feel Perette ;-)

Allez, faut bien finir par une note optimiste. Le coup n'est pas mortel et la récolte globalement et pour l'instant, encore positive ;-)

2 commentaires

#1. Antoine Rambaud | mercredi 13 janvier 2010 - 12:43

Courage Hervé (à force de vous lire je me permets cette familiarité).
Votre huile, qui était destinée au départ à être notre huile de "luxe" pour les mets la mettant la plus en valeur, nous régale tant que nous l'utilisons presque chaque jour. Si son prix doit augmenter un peu pour compenser cette perte nous consentirons probablement à faire un effort.

#2. cédric GC | mercredi 13 janvier 2010 - 16:18

Dans le nyonsais et les Baronnies (Sud -Est de la Drôme) les 40 cm de neige et les -10°C deux nuits de suite, ont "massacré" les olives encore restantes sur les arbres (environ un quart de la récolte totale).
Espérons que les jeunes arbres n'aient pas trop souffert !
Allez courage, l'année prochaine sera peut-être meilleure.

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