Naked in Hong-Kong

Bien, ca y est, nous y sommes.

Je vous passe les aéroports et les taxis, hein ?

Pourquoi suis-je à Hong-Kong, déjà ? Ah, oui, pour faire une master Class "Clos des Fées" avec Bettane-Desseauve dans le cadre de l'International HK wine fair.

Le salon est à deux pas de l'hôtel, c'est bien pratique, (merci Claudine!). Un immense centre de congrès, avec en même temps trois "conventions". Dont une de dentistes et une de je sais pas quoi mais médical aussi. Des prothèses ? Dépaysan. Tiens, j'ai pas fait exprès, mon clavier a fourché (juré promis, c'est vrai) mais c'est exactement ça, ce genre de ville et d'endroit : c'est dé-paysan ;-) J'aurais voulu la faire, j'y serai pas arrivé. C'est comme le "gonflé à blog" de l'autre jour : s'il y avait pas eu cet amusant commentaire, je ne l'aurai pas vu. Ne pas dormir, la fatigue, le décalage vous fait il travailler le cerveau différemment ? 

Bon, on fait un petit tour sur le salon : il y a bien 300 ou 400 exposants du monde entier et, comme d'habitude, je prends un coup au moral. Quelle est ma légitimité d'être là ? Comment exister au milieu de ces milliers de bouteilles dont beaucoup aux habillages magnifiques et aux vins sans doute bons ? Australie, Nouvelle-Zélande, Chili, Argentine, Afrique du Sud, le monde entier est là, avide de conquérir le marché Chinois. La veille, j'ai rencontré Erst, qui vend des montres et qui m'a dit : "tu sais, je viens en Chine depuis dix ans. Il y a plus de cinquante villes de plus de 10 millions d'habitants. Tu connais combien de noms ?" Euh. Ben Pékin, Shanghaï. Et... Fin du jeu. Merci Hervé, vous repartez avec le dictionnaire offert par Larousse ;-) Et vous ? Allez, un petit concours en commentaires, sans tricher, sans google et wikipédia ? ;-)

Je me dis que je peux, que je DOIS pratiquer davantage la méthode Couée, sinon, je vais m'enfuir en courant : si les chinois de Chine Pop (c'est comme ça qu'on dit, ici à HK, la "Chine Pop"; je trouve ça limite méprisant; j'avais jamais ressenti ça à Shanghaï) se mettent à boire du vin, on va... en manquer. Ça c'est positif, non ? C'est vrai qu'avec mes 120 bouteilles de petite Sibérie (allocation Hong-Kong), je vais pas les désaltérer, c'est sûr. Bon, personne ne me connait, personne ne me regarde. Je vais bien, tout va bien...

Enfin, je retrouve des têtes connues et/ou amies. Ça me rassure un peu. Sacha Lichine, impérial et rieur, comme toujours, avec son humour dévastateur et aussi de bons vins, des habillages créatifs et beaux, m'offre un – petit – verre du rosé le plus cher du monde ;-) A côté, des lignes de vins de cépage produits à plus de 1 million de bouteilles, très intéressantes, faite à Limoux. Il vient ici depuis vingt ans. il n'a pas de complexes. Il a raison. Autour, on va dire que la plupart des stands français sont plus, comment dire, artisanaux... Y a pas a dire, y a des trucs qu'on sait faire, d'autres pas encore. Espérons qu'on va apprendre...

Bernadette me saute dans les bras. C'est agréable ! Oh, n'allez pas, s'il vous plait, croire "des choses" comme disait ma grand mère. Bernadette, elle m'a présenté ma femme, alors... Elle me trouve en un tour de main Thierry Desseauve et Michel Bettane. On s'embrasse (être loin de la mère patrie rend les français très câlins... ;-) et on fait le point sur le Tasting du lendemain : vins bien arrivés. Pour le reste, on verra.

Désolé, il faut QUE JE DORME ! Parce que j'ai pas pu le faire dans l'avion, en plus. Vite, douche et au lit.

Deux heures et - encore ! - une longue, longue, longue douche plus tard, diner léger et passionnant avec Benoît, qui vit ici et vend du vin (du grand, du beau, du tatoué, du "demandé", quoi. Du désiré, même. Et puis du culte. De l'introuvable. Bref, tout que je ne suis pas ;-).

Au troisième étage d'un building de bureaux, "Bonheur" est un restaurant où tout le monde apporte sa bouteille. Enfin, ses bouteilles, parce qu'en Chine, on suce pas des glaçons quand on a soif, si vous voyez ce que je veux dire (pas remis des 17 bts de la veille, le Bizeul ;-). Cuisine d'un bon niveau, excellente pièce de viande de Black Angus. Sur les tables, le meilleur (un Raveneau, un Barolo culte dont j'ai oublié le nom, désolé) côtoie le pire (mauvaise étiquette, mauvais millésime...). On s'échange quelques verres avec la table d'à côté et puis on parle du marché, un peu, des vignerons qu'on aime, beaucoup. Tant qu'a faire, on a apporté du Clos des Fées, ben tiens. Le 2007 est top. Riche, crémeux, sensuel, mais aussi frais et long. Il aime. Je suis content parce que j'ai l'impression qu'il partait avec un apriori légèrement négatif. Ne t'en fais pas, Benoît, je suis habitué ;-) Il accroche moins sur la Petite Sibérie. Il a la franchise de le dire. C'est bien. Pas de compromis. J'aime.

Dans le taxi, une expression me vient, comme ça : "Mano a mano". Finalement, quoi qu'en pensent beaucoup de mes confrères ou de mes clients fidèles, douze ans après avoir commencé à presser mon premier jus dans une toile à beurre, Claudine à un bout, moi à l'autre, Yves tenant au dessous la bassine pour recueillir le vin, je n'ai pas beaucoup d'avantages : c'est toujours un verre à la main, les yeux dans les yeux que se fait la rencontre. Et que se déclenche ou non l'émotion. Combien d'amateurs me reste t'il à convaincre ? Combien aurais je la force de convaincre ? Bon, je crois qu'il est temps de rentrer, de tenter de reprendre un rythme normal. Demain, première "master class" de ma vie, et bien sûr en anglais.

Surtout, ne pas y penser...

un commentaire

#1. Phil | dimanche 8 novembre 2009 - 17:27

Dépaysant et intéressant, ce message Hervé...

Eh oui ! Si tous boivent du vin, on en manquera sauf s'ils augmentent la production chinoise déjà existante...

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