Regrets et remords

Dimanche, 21 h. Je mets en ligne le commentaire de Périco Légase, au sujet de la réforme de l'AOC. C'est à lire, là, à droite, dans "derniers billets". J'en découpe un extrait. Pour les flemmards de la souris ;-)

«Tes propos sont pessimistes, Hervé, mais tu dois te battre, comme tu l'as fait jusqu'à présent, pour défendre cette certaine idée du vin que personne ne nous empêchera d'aimer... et de déguster. Il ne faut rien couper, ne renoncer à rien, mais protester, dénoncer, s'opposer, réclamer, sans cesse, jusqu'à ce que les fossoyeurs du vin lâchent prises. Tous les médias ne sont pas pourris, toutes les institutions ne sont pas corrompues, tous les organismes ne sont pas vendus. Lançons un manifeste et alertons l'opinion. »

Comment ne pas lui donner raison. Pourtant, la semaine dernière, j'ai fait tout le contraire. D'abord, je ne suis même pas allé à la réunion de renouvellement des représentants des producteurs du conseil d'administration de notre syndicat. Aurais-je du y aller ? Voter ? Me révolter ? Sans doute. Mais le résultat aurait-il été différent ? Pour la région "Corbières" (on pourrait appeler ça la Vallée de l'Agly... Passons...), il fallait élire 55 délégués représentant les caves coopératives et... 8 délégués représentant les caves particulières Puis on aurait procédé à l'élection de 10 administrateurs représentant les caves coopératives et... 1 administrateur représentant les caves particulières. Admettons que je me sois présenté. Admettons que mes confrères en cave particulière aient surmonté peur, ignorance et jalousie et m'aient élu. Admettons que je me sois battu pour mes idées, fatalement différentes de celles des caves coopératives de ma région, elles aussi co-propriétaires de l'AOC que je défends, à chaque vote, j'aurais perdu. Un mélange du sketch de la chauve souris de Bigard et d'un "sublime, forcément sublime" à la Duras...

Alors, je l'avoue, j'ai renoncé. A me battre. A défendre mon idée du vin. A protester, dénoncer, réclamer. L'âge ? Sans doute. La re-lectecture de « l'Éloge de la fuite", de Laborie, aussi, dont en vieillissant, à chaque lecture, une nouvelle lumière m'éclaire. Me voilà donc ce soir avec quelques remords...

Des regrets, j'en ai de n'avoir pas eu le courage de laisser encore un week-end ma famille et mes enfants seuls, pour faire 10 heures de voiture et aller à l'assemblée générale de Sève. Pourtant, cette association à laquelle je me contente d'adhérer, avec conviction mais avec passivité, tenait samedi en Bourgogne son assemblée générale et là, j'étais certain d'assister à de vrais débats, menés par des vignerons qui se sentent vraiment concernés par une réforme qui devait les libérer et qui, au final, risque de diluer leurs efforts dans une lecture floue de la médiocrité ambiante. Mais j'ai des regrets, je l'avoue. Aurais-je eu quelques chose d'intéressant, de nouveau à dire, une solution à proposer ? Je crains que non. Alors, je suis resté chez moi.

La réforme est faite. Il faudra s'en contenter. Elle devait donner naissance, dans son esprit premier, à des appellations d'Origine réécrites, indiscutables, basées sur l'excellence et le mérite. Cette réforme là, nous ne la verrons pas. Pour le reste, nous verrons bien.

P.S.: reçu pendant la même période une fiche sur la perception de l'AOC par les consommateurs. Je vous laisse la télécharger ICI, si le sujet vous passionne toujours. Pour ma part, je me fixerai mes propres règles, parce que le "label rouge", je crois pas que ça va être mon truc ;-)

un commentaire

#1. Michel Smith | vendredi 29 mai 2009 - 09:17

Comme je te comprends. Je pense depuis longtemps que la seule appellation valable reste le Vin de Table avec une superbe et très informative contre-étiquette.

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