Activité réduite
Sur ce blog, en tout cas. Parce qu'ailleurs, comme toujours, c'est la course. Devrais au jour le jour raconter ma vie sur ce blog ? C'est une question que je me pose souvent. J'y vois un intérêt ethnologique certain : que ne donnerais je pas pour avoir un récit quotidien de certains vignerons de l'ancien temps... Mais je serais bien incapable de me tenir à une telle discipline. Et puis un tel journal devrait, pour être vrai, rester intime et donc être légué aux générations futures. Vous n'en profiteriez donc pas... ;-)
Bon, en novembre/décembre, à Vingrau, on fait quoi, au fait ?
- on termine lundi la récolte des olives à huile. Dans une tramontane glacée qui rend problématique l'installation des filets. Juste après, une bonne bouillie bordelaise fera le plus grand bien à nos olviers qui, peu à peu, revivent. Une récolte précoce, cette année, avec de bons rendements en huile grâce à aux efforts de tous dans le verger. Mais peu d'olives, donc, peu d'huile. On progresse. Le fera t'on assez rapidement pour rester sur la Chique ? Vu la conjoncture, c'est de plus en plus incertain. Mais à chaque jour suffit sa peine. Ce métier exige que l'on ait parfois une vue à long terme. Mais parfois, il faut surtout pédaler, la tête dans le guidon, sans trop s'occuper du reste. Pas facile, pour rester dans le cyclisme, d'arrêter parfois le petit vélo qu'on a dans la tête...
- on met en place la troisième et dernière étape de remise en état de l'oliveraie. Que tailler ? Quand tailler ? Comment tailler ? Programme de fumure. Débrouissaillage de la partie abandonnée. Début de remise des arbres en mono tronc. Brûlage des racines des parties défoncées. Remise à plat. Un énorme chantier en perspective. Trouvera t'on les budgets ? Les hommes ? On est déjà d'accord sur l'objectif et la stratégie. On verra en février pour le reste...
- on essaie de décompacter les sols de la Chique, avec un nouveau tractoriste, plein de bonne volonté, mais qui rigole quand on lui dit qu'on a vraiment, vraiment beaucoup de cailloux... Un aller retour plus tard, il faut aller chercher chez notre ami Mittal, vous savez, le mec de l'acier qui débauche ;-) de gros et coûteux morceaux de métal pour changer la moitié du cadre. Une belle journée de soudure en perspective...
- on termine le changement du ballon de la pompe à chaleur. Merci Monsieur Daikin. Trois ans, déjà en rade. Garantie ? Vice caché ? Vous plaisantez, monsieur ? C'est pour votre pomme...
- on en profite pour changer la platine du lave verre. Cour- circuit. L'orage, peut-être bien. Le seul qu'on ait eu en six mois... C'est vraiment l'année des réparations. Ah, le portable du comptable a explosé ? Ah, mon écran fait des lignes bizarres ? Drôle d'année, où tout ou presque tombe en panne et entraine des dépenses qui, mises bout à bout, fond peur...
- en tente de mettre les étiquettes sur les premières bouteilles d'huile. Elles ne collent pas. On perd des heures, des jours, on se dispute avec son fournisseur.
- on commence la taille, dans une tramontane glacée. On finit d'attacher les baguettes des premières syrah en cordon. On démarre doucement le reste. On en profite pour tester le nouveau broyeur à sarment hors sols, qui devrait permettre de rendre à la vigne un peu de sa matière orginique. Ca marche. C'était le bon choix. On débloque le prêt. Encore un... On en profite pour décider de changer les tracteurs, au printemps. Est-ce vraiment une bonne idée de continuer à investir dans la conjoncture actuelle ? Pas de réponse à ce genre de quesstion. On verra bien.
- on termine les diverses déclarations. De récolte pour le Clos des Fées. De production pour Walden. On teste le nouveau portail "pro-douane", qui veut, à très court terme "dématérialiser" la douane. Bon, y a encore un peu de boulot. Quand ça marche pas, on pouvait toujours discuter avec le douanier. Avec la machine, ca va être plus difficlle. Exemple, on se bat pour être payé dans les temps d'une grosse facture qu'une grosse machine veut nous payer en janvier alors qu'elle aurait dû la payer en novembre. Quand tout sera "dématérialisé", malheur aux faibles...
- en regardant sa déclaration de récolte, 295 hl de vin rouge au CDF, on se dit : tout ça pour ça. Tant d'énergie, tant d'efforts, tant de peine, tant de questions, tant d'argent, tant de problèmes résolus. Et au final, 295 hl de vin. Ca laisse pensif. Mais bon, on est garagiste ou on l'est pas...
- on écrit. Aux clients locaux, pour les inviter à notre petit noël privé de dimanche, à Vingrau (cinq places à qui est par là et me les demande en commentaires - non publiés ;-) où Christian Peyre va nous éblouir par son talent de cuisinier. Je sais, j'ai fait la répétition lundi ;-). Aux clients du grand tasting, pour leur envoyer leur commandes. Aux clients virtuels, qui veulent une petite mise à jour du site Walden. A des importateurs présents ou futurs qui veulent des informations, des photos, des fiches techniques. Dieu merci, je sais écrire et je tape à la machine !
- on essaie de comprendre la nouvelle réforme des AOC. Plus de label. Mais des cotisations inchangées ??? Qui serviront à un organisme de contrôle (aie, certains croient que pour ce genre de truc, le privé, c'est mieux que les fonctionnaires. Ils vont vite déchanter...) qui dégustera quand même et se fera un malin plaisir de continuer à fixer les règles de la "typicité" dont tout le monde se moque. L'AOC est morte. L'AOP arrive. Le roi est mort, vive le roi ! Tout ça, c'est bonnet blanc et blanc bonnet et, au final, le système sera entièrement cassé et de toute façon incompréhensilble. Même les producteurs y comprennent rien. Alors les buveurs, bon courage... Faudra que je fasse un billet sur le sujet, un jour de colère...
- on soutire les vins après malo, qui se sont faites parfaitement et sans intrants couteux, inutiles et pourtant de plus en plus utilisés. On fait les près- assemblages pour Walden et les Sorcières. On est content du résultat sur les petits comme sur les grands vins, les deux m'emplissant de la même joie et de la même fierté.
- on envoie un petit mail de remerciement au scénariste qui a fait boire du Clos des Fées à Clara Sheller, la semaine dernière, sur France 2. On a un peu de mal à le trouver, mais vive le WWW. On lui envoie même une bouteille, pour qu'il voit bien que c'est un Roussillon, pas un Languedoc, et que, verrre en main, il voit qu'il ne s'est pas moqué de son public.
- on met fin à l'offre primeur 2007, désormais close.
- on, on , on bref, on chome pas...
2 commentaires
Un des avantages que tu as, Hervé, c'est un métier à taille humaine, avec un résultat net et concret au bout, une boisson-aliment ...
La petite fourmi du complexe spatio-technologique que je suis vit un métier moins chaud, moins concret, moins palpable ...
Alors, avec l'argent gagné, je m'achète aussi du vin, pour me faire plaisir en le buvant et en le partageant avec des amis.
Pour plonger mes pieds dans le sol et porter ma tête vers les étoiles.
Bonjour cher confrère,
Tout à fait d'accord avec ton analyse sur le nouvel agrément. Une usine à gaz à étages multiples, vive la simplicité. Tu as de la chance, chez toi les coûts d'agrément non pas augmenté, chez nous si (une nouvelle cotisation est créée pour les négociants conditionneurs qui rentrent désormais dans le système, mais lorsque c'est le vigneron qui conditionne, il paie bien sûr la nouvelle cotisation en plus de l'ancienne...).
Un point me met particulièrement en colère : à l'intérieur du territoire français, les échanges de vins AOC en vrac ne pourront se faire qu'entre opérateurs "habilités". Les "manquements" relevés par lors des divers contrôles pourront faire perdre "l'habilitation" au producteur comme au négociant français. Par contre, à l'export aucun souci, l'opérateur habilité français peut expédier du vrac AOC en citerne, en Flexi Tank de 24 000 litres ou Plastic Drums de 230 litres à n'importe quel importateur en Europe comme à l'autre bout de la planète, seul l'expéditeur sera contrôlé. "L'INAO n'a pas les moyens juridiques d'imposer des contrôles hors des frontières" (sic).
Scandaleux ou irresponsable ?