le Terroir : more than human

Les plus qu'humains

More than human, c'est le titre d'un livre de Theodore Sturgeon. Il n'est pas d'hier. J'ai l'édition en poche, de 1970, dans la collection "J'ai Lu", mais le roman date de 1956. J'ai bien dû relire ce livre une dizaine de fois, depuis qu'enfant, j'ai été frappé par la passion de la Science-Fiction, passion qui, depuis, ne m'a plus quittée. J'ai souvent pensé à démarrer un petit blog sur le sujet. Mais ce ne serait pas raisonnable, n'est-ce pas ? ;-). Je me garde cette possibilité pour mes vieux jours, si vous le voulez bien.

Suite à mon article sur le génotype, phénotype et terroir, qui me semble vraiment d'actualité et que je me permets de vous conseiller de lire, j'ai beaucoup réfléchi à la meilleure façon de définir et d'expliquer ce qu'est le terroir. Ce livre peut vous aider à comprendre. D'abord, c'est un bouquin formidable, qui n'a pas vieilli d'une ligne et qui, à l'époque, était d'une originalité incroyable. Ensuite, il aide à comprendre à ceux qui pensent encore que la Science-Fiction, c'est des trucs du genre "la guerre des étoiles" ou "Alien vs Predator" que sous le vocable se cache des romans de toute nature, y compris psychologiques, dont l'aspect "fiction" n'est qu'un ressort.

Bon, vous l'avez compris, achetez et lisez ce livre si vous voulez comprendre le terroir ;-) Car dans ce livre, j'ai découvert la notion de "Gestalt" et, au fil du temps, je suis intimement persuadé, aujourd'hui, que le "terroir", et bien c'est un "Gestalt" un peu particulier. C'est un peu difficile pour moi de décrire ce que j'ai l'impression de ressentir à défaut de le comprendre vraiment, et de plus, je ne voudrais pas dévoiler le ressort romanesque de l'œuvre. Mais je vais essayer...

Je pense qu'il faut lire, sur le concept de Gestalt, l'article de Wikipédia, ICI. Après.. Et bien après, on le relit une deuxième fois en essayant de tout comprendre ;-) Puis une troisième, quand on a pas un QI très élevé, comme c'est mon cas, mais en pensant très fort à ce que l'on sait du terroir (pour toi, Philippe, une fois suffira, je pense. Et tu te reconnaitras ;-) Fin de la private joke ;-). Et normalement, vous devriez, comme moi, voir un début de concept en méditant, en particulier, sur les principales lois de la Gestalt...

Le terroir est une forme de Gestalt parce qu'il donne une forme perceptible à une communauté de choses fort différentes (un sol, un climat, un cépage, un millésime, une histoire, un homme, une vinification, etc.) qui, d'un seul coup, par un plus petit dénominateur commun, par un lien – la vigne –, devient une "forme" perceptible. Bien sur, il y a un vin. Mais derrière ce vin, il y a une "structuration de forme" qui ne doit rien au hasard et qui est intelligible pour qui est attentif. "Le tout est différent de la somme de ses parties" explique la Gestalttheorie. Ses lois, effectivement complémentaires mais parfois contradictoires, peuvent tout à fait s'appliquer à la culture de la vigne et à l'élaboration du vin, voire même à la notion d'AOC, si difficile à expliquer et à comprendre...

En quelques mots, le terroir est une communauté de moyens, dont chaque membre est plus ou moins important, dont l'importance de chacun varie en permanence sans qu'il soit possible de savoir qui est essentiel ni à quel moment il l'est, chacun devant "œuvrer" ensemble pour donner naissance à un tout qui est supérieur à la somme de chacune des parties, ce tout n'existant pas si l'un des membres du Gestalt défaille.

Bon, en fait, je sais pas si tout cela est bien clair. Dites moi ce que vous en pensez, on essaiera ensemble de préciser les choses...

3 commentaires

#1. laurentg | mardi 18 novembre 2008 - 12:17

Passionnant, Hervé.

Gestalt et complexité, transdisciplinarité.

"Donc toutes choses étant causées et causantes, aidées et aidantes, médiates et immédiates et toutes s'entretenant par un lien naturel et insensible qui lie les plus éloignées et les plus différentes, je tiens impossible de connaître les parties sans connaître le tout, non plus que de connaître le tout sans connaître particulièrement les parties."
(Pensées in Oeuvres Complètes, p.527, Seuil, 1963)
Voilà ce qui inspire Edgar Morin, dans son étude de la complexité (La Méthode).
Pascal plus que Descartes (je pense donc je suis, comme si l'existence se réduisait à la simple pensée).

Nous sommes loin des visions simplistes du genre : le goût acide est au fond, à gauche de la langue.

Un sit majeur, que je connais bien : http://nicol.club.fr/ciret/index.ht...

#2. mauss | mardi 18 novembre 2008 - 21:22

Un peu le principe d'incertitude d'Eisenberg…

#3. Hervé Lalau | lundi 1 décembre 2008 - 08:02

Ls Italiens parlent de vini d'autore, de vins d'auteur. Cela confine à l'art, mais en est-ce?
L'art est le plus souvent contestataire, iconoclaste, en rupture, alors que le vin viserait plutôt à rassembler, non?

Le vigneron me semble plutôt artisan qu'artiste, ce qui ne lui enlève rien pour moi, bien au contraire.

Ajouter un commentaire


Merci de bien relire vos commentaires avant tout envoi. Une formulation claire et grammaticalement correcte sera appréciée.

Les commentaires sont légèrement modérés. Merci d'éviter le hors-sujet, tout commentaire inapproprié sera supprimé.

Les commentaires ne reflètent pas nécessairement la pensée ou le point de vue de l'auteur du site. Si vous décidez de commenter des articles de ce site, vous acceptez d'assumer l'entière responsabilité de vos écrits.

Soyez libre d'exprimer votre pensée, mais toujours dans le respect des autres.

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.