Bon, et bien voilà

Bon et bien voilà. Mon ami Didier est dans la terre. Ce ne n'est pas comme si, bien sûr, il vivait près de moi ou si j'avais travaillé avec lui. Mais je ne lui enverrai pas, comme je l'avais prévu, quelques bouteilles à Noël, en le remerciant de quelques adresses qu'il m'avait données pour étendre notre distribution en Angleterre. Je vais avoir un importateur en commun, oui, mais, voilà, lui ne sera plus là pour le voir. Bon, c'est idiot, ce que je dis. Je les enverrai à Suzy...

Je n'ai pas de nouvelles de son enterrement. Je n'en demanderai pas. Je déteste les enterrements, de toutes façons. Mais qui aime ça ? Repose t'il au cimetière ? Sans doute aurait 'il préféré reposer dans ses vignes.  Moi, c'est ce que j'aimerai. Enterré à même la terre. Donner mon corps à une terre à qui j'ai déjà donné une large part de mon cœur et de mon cerveau, cela aurait bouclé la boucle. Bon, on peut pas, je sais. Mais me décomposer doucement à même la terre me semble une meilleure fin que de pourrir entre quatre planches, sous une dalle de marbre.

Bon, je sais, c'est pas très gai. C'est la dernière fois que j'en parle. Après, on se remettra à la routine, je vous parlerai des vendanges, de ce millésime, qui commence à émerger du chaos ambiant. Moi, bien sûr, je vais continuer à penser à Didier. Mais je vous saoulerai plus avec. J'y penserai quand je ferai la purée, qu'il faisait au batteur électrique, avec de la crème alors que je ne la conçois qu'au moulin à légume, un Tellier, bien sûr, et au beurre. Ou l'année prochaine, quand je referai ma confiture d'abricot, une autre de ses passions, qu'il faisait avec un juste soupçon de sucre, à l'instinct, puis qu'il congelait pour l'avoir toujours fraiche et au plus proche du fruit. Au plus proche du fruit... Voiià qui l'aurait bien fait rigoler. Bon, et p.... de vie, j'y penserai chaque fois que je gouterai un Sauvignon qui n'arrivera pas à la cheville des siens...

Bon, mon Dider, voilà l'image que je vais essayer de garder de toi : celle d'une homme rieur, jouant comme un gamin sur son enjambeur ou avec ton Jackl sur la pelouse, parlant toujours avec la même passion de ce Sauvignon, qui faisait un peu partie de toi, que tu aimais tant même s'il t'en faisait voir de toutes les couleurs, "pourrissant de peur" comme tu disais... Ah, une dernière chose. Un jour ou l'autre, je croiserai bien tes enfants. Ils sont encore petits. Ils seront curieux. Compte sur moi pour leur parler un peu de toi.

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