Trois petites leçons de « cohérence à la Française »...

Leçon n° 1

Je reçois de mon comptable les tarifs horaires de mes vendangeurs, dans le cadre du contrat vendange (excellente chose, au passage, qui permet aux fonctionnaires de faire les vendanges s'ils le souhaitent - ils sont rares - et aux vendangeurs de toucher pratiquement le salaire brut, soit 20 % de plus que d'habitude).

8,71 pour les coupeurs... plus DEUX LITRES de vin par jour. 8,88 pour les porteurs, TROIS LITRES de vin par jour. Avec 10 % de plus de bonus en prime s'ils font toutes les vendanges avec nous et les heures suplémentaies défiscalisées, les vendanges deviennent un métier pas si rebutant que ça. Fatiguant, mais rémunérateur...

Mais si je donne DEUX ou TROIS litres de vin par jour à des saisonniers dont certains sont plus ou moins en détresse sociale, plus ou moins teufeur et plus ou moins vivants dans un camion, il vont les boire. S'il un de mes vendangeurs boit trois litres de vin un soir et s'il se plante en voiture ou, plus  grave, écrase quelqu'un j'irais sans doute en prison. Si je ne les donne pas, j'irais sans doute un jour ou l'autre au prud'homme... S'il se coupe un doigt, mal dégrisé un matin, j'irais en correctionnelle...

Leçon n° 2

Depuis quelques mois, je reçois de mon syndicat de vigneron tout plein de propositions de subventions et aides diverses (je vous rassure, les dossiers sont si lourds et les conditions d'attributions si tatillonnes et les pourcentages d'aide si ridicules que je ne les remplis que rarement, ce en quoi j'ai sans doute tort...), dont, c'est nouveau, des aides pour aller prêcher la bonne parole à l'étranger et convaincre le monde entier de la joie et de l'intérêt qu'il y a à boire du vin français. Ceci bien sur avec mes, vos, nos impôts.

Au même moment, des dizaines de millions d'euros de ces MEMES impôts sont utilisés en France pour faire la chasse au vin et convaincre les français de ne plus en boire. Et maintenant, même internet s'y colle et est dans le collimateur. Comment justifier cela à un client étranger qui revient choqué de ses vacances en France ?

Leçon n° 3

A la dernière réunion des douanes (10 réformes en 10 ans, enfin, c'est l'impression que j'ai), tout le monde semble se réjouir de la future "dématérialisation" de toute l'administration. Bientôt, encore plus de contraintes, mais même plus de fonctionnaires humains à qui se plaindre et avec qui résoudre les problèmes. Vous avez dit progrés ? Je suis le seul à me révolter pour souligner de graves dysfonctionnements et incohérences. Non, en fait, on est trois, sur 150, à dire que ce qu'on nous annonce est impossible à mettre en place. les autres ? Grand silence... Tans pis.

Bon, à part ça, un douanier m'annonce que pour Walden, je n'ai plus besoin, en pleines vendanges, de faire des DAA chaque jour et à chaque apporteur, puisque j'achète du raisin sur la même appellation et dans le même canton. Joie. Une semaine après, on me rappelle pour me dire que finalement, je dois continuer. Peine.

Bon. Le problème, c'est qu'il n'y a pas de DAA à la douane. Trop chers à imprimer. Et pas de budget (sic.). On les distribue donc au compte goutte, cinq par cinq. Et trente kilomètres à chaque déplacement. Je dois donc, aussi, entre Walden et mes exportations, y aller tous les jours. "Exportez, c'est l'avenir", m'encourage t'on à la dernière réunion... des Douanes ! Encore faut-il pouvoir.

On me dit écrivez. J'écris. Mon bureau local se vexe. NON, pas question, on vous en donnera pas plus. Je réécris. On me dit qu'ils sont disponibles. J'y vais, pour la troisième fois en un mois. Ah, mais on nous a envoyé des DSA, pas des DAA. On vous rappelera.

Si j'attends les papiers pour vendanger, mon vin ne sera plus conforme à l'attente de mes clients. Encore une fois, me voià (momentanément j'espère...), sans solution, malgré ma bonne volonté et ma bonne foi. Bon, heureusement, il y a encore un être humain au bout du fil. On cherche une solution pour être en conformité et ne pas gréver le budget de l'état ;-). On la trouve. Ouf, sauvé. Heureux de trouver une écoute au sein de l'administration. Je vais enfin pouvoir remplir des papiers que, sans doute, personne ne lira jamais. Mais tout ce temps, ne l'aurais je pas mieux occupé à dévolopper mon entreprise ou à m'occuper de mes clients ? Là est la question...

3 commentaires

#1. mauss | vendredi 5 septembre 2008 - 15:37

Copie à emailer impérativement au Ministre et directement à Sarko.
Hallucinant de lire ce genre de rapport : de quoi se tirer des balles !

#2. cyra | vendredi 5 septembre 2008 - 16:27

vraiment très étonnant cette histoire de litres de vin en complément du salaire ! le temps des cigarettes en complément de la solde militaire est lui révolu depuis longtemps... un oubli du "diktat hygieniste de service" ou la défense d'un droit acquis par les syndicats agricoles sous peine de représailles ?

#3. Baz | samedi 6 septembre 2008 - 12:40

Rien n'oblige à donner les litres de vin chaque jour me semble-t-il... cet avantage en nature peut être donné en fin de vendanges non ?

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