Discussion animée
Jacques Berthomeau me fait l'honneur de mettre un commentaire sur mon blog. Ça vaut le coup de faire un billet, au cas où vous ne liriez pas les commentaires ;-)
"Cher Hervé,
A propos de métier de cons j'ai le souvenir d'un certain Lelong, breton
et vaguement Sec d'Etat aux PTT qui avait qualifié le tri de m de c...
Désolé quand je prends le 1ier métro pour gagner une gare y'a beaucoup
de cons dans la rame et en prime ils sont bronzés.
Quand au SMIC quand j'étudie les comptes des viticulteurs ils sont loin
du compte et que je sache l'objectif de faire gagner de l'argent dans
les vignes à partir du raisin n'est pas un crime : nous importons les
alcools pour muter nos VDN, les mouts concentrés et le marché des vins
de base pour mousseux explose... Mais ce n'est pas noble sans doute !
Jean Clavel qui est un sage a raison, je trouve facile de se faire
mousser auprès de lecteurs convaincus par avance il est bien plus
difficile d'aller convaincre les présidents de caves coops et la
fameuse base.
Moi j'essaie, en pure perte sans doute, mais même si je me fais traiter
de suppot de BK je tente de sortir la région de son pessimisme.
NB. Hervé tu devrais aller visiter la coop de Florensac dans l'Hérault pour voir s'ils font un métier de cons...
Amical souvenir"
Réponse de HB : Mon cher Jacques, le "métier de con" dont je parle, c'est celui que prône l'ami Kessler : corvéable à merci d'un négoce international géré par des cols blancs sortis d'une école de commerce de province, dans une agriculture productiviste digne de l'après-guerre, entièrement mécanisée, peu soucieuse des conséquences de ses actes sur l'environnement et la société, pourvu que le "marché" soit content, produisant des "vins boisson" interchangeables, aussi interchangeables que ceux qui les produisent, dont le cours fluctue en fonction du déplacement d'El Nino, à 2 euros chez Lidl, en pensant que c'est la solution pour que le consommateur boive plus...
Oui, c'est facile de donner des conseils : ce métier là, tu le prendrais, toi ? Moi, non, sans hésitation. Je préfère le tri ;-), au moins, on n'est pas seul toute la journée.
Quand à vouloir me monter contre les caves coop, c'est petit. Car non, ce n'est en aucun cas le modèle actuel des caves coopératives, où, que je sache, chacun est propriétaire de son outil de travail (et co-propriétaire de l'outil collectif) et responsable de la qualité de ses raisins. A refuser d'élire à leur tête des commerciaux, qui, certes, auraient sans doute gagné plus d'argent qu'eux mais leur en auraient fait gagner beaucoup et permis de rester libres et indépendants, ils ont (et préfèrent toujours) continuer à produire sans se soucier du marché. A eux alors d'assumer les conséquences de leurs actions (ou de leur non actions : combien de coopérateurs passeront-ils cette année un samedi dans le rayon vin d'un Hyper, fier de présenter la production de sa cave ?).
La solution, tu la connais comme moi : il suffisait d'élire à la tête de l'INAO un "grand dictateur" qui, enfin, dirait aux vignerons, en tapant sur la table : l'AOC, tu l'aimes, tu la respectes, ou tu la quittes ! Et à nouveau, on respecte les règles, qu'il était inutile de changer, parce qu'excellentes. On mettait les contrôleurs dans les vignes (en supprimant le label, on en aurait eu de reste), accompagné des douaniers en pré-retraite depuis Schengen, et tous ceux qui n'étaient pas conformes : vin de table. Et si pas content, c'est pareil. Et l'AOC, elle aurait retrouvé vite fait qualité, couleur, prix et crédibilité, le vin Français aussi. Mais non, on en remet une couche, le tout avec un Champenois à la tête de l'usine à gaz INAO, qui, une fois qu'il aura augmenté de manière scandaleuse l'aire d'AOC de la Champagne, ira couler une retraite heureuse. Et personne moufte. On est des moutons. J'ai honte pour mon ancien métier de journaliste. Vous avez dit AOC ? Vous avez dit Terroir ? On est ridicule aux yeux du monde entier... On est d'ailleurs ridicule aussi parce qu'on dépense de l'argent public EN MEME TEMPS pour dire aux français : "buvez moins, le vin, c'est un poison" et aux étrangers : "buvez plus, le vin français est un nectar" ! Et tu me parles de cohérence ? Tu me fais bien rigoler. La "base", il faudrait peut-être que les politiques commencent à lui dire qu'ils la respecte et que la viticulture, ils l'aiment d'amour et de plaisir. Le président, qui s'insurge parce qu'on ne lui dit pas boujour à la télé, en tête. C'est quand la dernière fois qu'on a invité un grand vigneron français dans un voyage présidentiel, au fait ?
Oui, il faut sans doute du vin industriel. Mais comme le dit un commentaire fort juste, dans quinze ans, avec l'arrivée de la Chine, ce modèle sera à nouveau obsolète. On a toujours un train de retard, je préfèrerai qu'on en ait un d'avance. Toi aussi, je crois.
P.S.: pour voir une cave dynamique, je n'ai pas besoin d'aller si loin, j'ai Embres et Castelmaure à côté, avec les résultats brillants que l'on connait, Mont-Tauch pas loin, qui investit, contrôle et se bouge, et le fruité Catalan, un vrai concept quoi qu'on en dise, en ville, chez les Vignerons Catalans. Et je n'ai pas été le dernier à faire l'éloge des Vignerons Ardéchois ou de Plaimont. Si la coopé n'avait pas oublié ses principes fondateurs, elle serait la reine du monde du vin...
6 commentaires
Salut Human Bomb !
Je ne suis pas toujours d'accord avec toi, mais là je ne puis que t'applaudir. Ci-dessous le texte que j'adresse au blog de Berthomeau.
Chaud, chaud devant ! Et si on laissait le public juger ? Si on laissait le vin se faire : d'un côté les industriels plus ou moins bons et médiocres, de l'autre les vignerons, les vrais, quelques fois bons, souvent grandioses que ce soit dans les Costières ou vers Collioure. Pas les vignerons en col blanc ou chemise lacoste bien repassée. Pas le vigneron fonctionarisé. Pas celui que vous semblez mettre à toutes les sauces. Pas le récolteur apporteur de raisin. À la Bourguignonne, faisons avant tout la simple différence qui s'impose à mes yeux entre viticulteur et vigneron. Revenons aux sources de ceux qui "font" le vin. Bon ou mauvais, cher ou pas cher, le Bon Dieu consommateur saura reconnaître les siens, comme il a toujours su le faire depuis des lustres que le commerce du vin (Messieurs les Anglais...) existe. Plus le vin marchera, plus il y aura de vignes et d'entrepreneurs pour faire tourner la bécane à vendanger et plus il y aura d'amateurs pour décider de trier, de choisir "leur" qualité. Laissons le vin Coca à ceux qui aiment ça. Mais de grâce, reconnaissons qu'il y a plus d'enthousiasme et de gaieté de coeur à produire un vin - fut-il star - qui se boit dans l'allégresse et la considération. Je suis optimiste. Particulièrement pour les vins identitaires, les vins qui respectent leurs terroirs et, tout en les modernisant, les us et coutumes de leurs ancêtres. Prenons une mini appellation comme Château Chalon. Il n'y a rien de plus élitiste et restrictif que ce cru. Sur une douzaine de vignerons (sans compter les viticulteurs de la cave du bas), peut-être moins, seuls 2 ou 3 ont l'outrecuidance de me plaire. Franchement, dans ce cas, je ne regarde jamais le prix. Sauf que je ne suis pas prêt à me ruiner. Car je suis lucide et informé. Je sais très bien que l'on peut écluser à bon prix un jus qui fait du bien par où ça passe. Je bois, je savoure, je me pénètre du sang de la terre. Chez Human Bomb, par exemple (pardon Hervé), je ne cours jamais après la Petite Sibérie. Au restau, je ne succombe jamais au Pétrus. On peut aller loin ainsi, parler de certaines cuvées de chez Huet qui sont divines et qui pourtant ne sont pas les plus onéreuses. Et puis si c'est trop cher, il y a toujours un vigneron dans le voisinage qui frise le talent fou. Et si c'est encore trop cher à Vouvray et ben y'a qu'à aller voir de l'autre côté, à Montlouis. Je veux dire que depuis toujours, c'est le consommateur qui décide. Pas les politiques, n'en déplaisent à certains que je lis en long, en large et en travers dans les blogs. Pas le négociant non plus. Petit rappel : dans les années 50, il y avait plus de blancs à Bordeaux que de rouges. Aujourd'hui c'est l'inverse. Fut un temps où la Champagne crevait de faim. Je suis persuadé pour ma part que le Languedoc (et le Roussillon) est et restera l'un des plus grands vignobles au monde. De grands terroirs autres que ceux expérimentés par Jean Clavel s'affirmeront attirant les plus grands vignerons individualistes de la planète. D'autres stars naîtront. D'autres se maintiendront haut et fort. D'autres disparaîtront provisoirement tel un Condrieu qui a bien failli s'écrouler dans l'oubli et la culture des arbres fruitiers si un Georges Vernay ne s'était pas alarmé puis entêté dans les années 70. Dans ce Languedoc, il y a déjà et il y aura de plus en plus de grands vins nobles et expressifs pour toutes les bourses. Et les plus chers, forcément les plus rares, pas forcément les plus bas rendements (voir dans le Médoc ou un cru bourgeois à 20 ou 30 € dépasse souvent les 50 hl/ha, voire plus) seront autant de rutilantes locomotives semblables à celles du far west. Elles attireront de plus en plus d'amateurs, de bons et de francs buveurs. Et pour une fois le Languedoc sera peut-être le sauveur d'une vraie viticulture identitaire. Déjà le monde entier s'intéresse à nous. Ceux qui n'ont pas assez de sous pour investir en Provence ou à Pomerol cherchent leur cru en Languedoc, la plupart pour s'y enraciner et plonger dans notre culture avec bonheur. Les viticulteurs, je dis bien viticulteurs, Languedociens ont horreur de ce discours optimiste, voire triomphaliste. Tant pis. Par leurs incompétences à vouloir comprendre, par amour des subventions et du gros rouge, ils laisseront leurs terres à d'autres, à leurs fils, peut-être. Laissons donc les comptes se régler, la nature faire les choses, les vignes s'arracher et se replanter, les viticulteurs se désespérer et pleurnicher, les marketteurs élucubrer, les politiciens se disputer, les spécialistes s'époumoner, la France du vin, celle de la différence qu'il y a d'une vigne à l'autre, d'un vigneron à l'autre, continuera à s'illustrer. Personnellement, jusqu'à mon dernier verre, je serai toujours auprès de la vigneronne ou du vigneron qui saura, en goûtant son vin, me faire extraire une larmichette de bonheur. Au diable le marché mondial. Si l'on ne sait pas faire du vin qui se vend, si on ne sait pas en parler pour le vendre, dans ce cas, il vaut mieux faire autre chose. Un dernier point : au risque de me faire clouer au pilori, je reste persuadé que la viticulture la plus propre possible est l'avenir de notre vin national. Et du genre humain. Diantre, j'arrête là. À bon entoneur...
Bravo!
Complètement d'accord avec ce texte très bien écrit. Les vignerons, les vrais, n'attendent pas les mesures d'ici ou les bla bla de là pour tracer leur route et faire des vins de qualité, la recherche de qualité étant la seule démarche satisfaisante et viable à long terme! Les autres, s'ils n'arrivent pas à comprendre celà, et bien...
qu'ils crèvent vitix???Ne t'impatiente pas,il n'y en a plus pour longtemps.Tu auras un peu plus de place pour vendre ta camelote.D'ailleurs,j'ai la désagréable impression que depuis le début de la crise,une certaine partie de notre profession ait pris comme nouvel adage:"laissez les tous crever,dieu reconnaitra les siens" en pensant qu'ils seraient du coté du peuple élu.Il s'avère au fil des mois que certains de ceux-la peuvent se retrouver du mauvais coté de la barrière!Terrible erreur d'appréciation.....Je constate amèrement que le mot "solidarité" n'a plus rien à faire dans ce milieu viticole individualiste aux égos démesurément surdimentionnés....A chaque crise viticole qui passe,ce sont des charettes de viticulteurs ,des hectares de vignes qui se retrouvent cul-par-dessus-tête et les survivants croient à chaque fois que si ils sont restés,c'est parce qu'ils étaient les meilleurs.La crise suivante les ramènera à la réalité.Il y avait un vieux viticulteur du coin qui disait toujours "qu'il fallait tenir ses voisins le plus loin possible".Là ou il est maintenant,en haut du coteau,à l'ombre des cyprès du joli petit cimetière paroissial,il se retrouve cerné de voisins à moins d'un mètre de lui,et il ne peut plus rien dire....
Quand tu dis que"la recherche de qualité est la seule démarche viable à long terme",tu as raison,mais ça ne suffit pas.Je connais à coté de chez moi des vignes de coopérateurs ou tu pourrais manger par terre sur un gazon quasi"wimbledonnesque",avec des palissages nickels,entretenus avec des sommes de travail colossales(dédoublages,effeuillages,vendanges en vert....).Les raisins sont ensuite vinifiés dans une structure ou rien n'est laissé au hasard pour donner des vins qui correspondent au marché.Et malgré tous ses efforts,quand le coopérateur reçoit sa rémunération ,il ne lui reste que les yeux pour pleurer!!!Le problème ne se situe plus au niveau qualitatif,mais plus en aval au niveau commercial.Et il ne faut pas demander au vigneron de s'impliquer plus,il n'en a matériellement pas le temps.Et quand en plus on doit alimenter majoritairement le marché GD ou ces affameurs margent a 60% sur une bouteille de vin(cf l'enquete demandée par le préfet de l'aude),que peut -on faire?Peut -être une solution:je propose que toute la viticulture en crise se rabatte au travers de l'arrachage partiel sur les marchés de niche et de proximité!Ceux qui y sont déjà auront intérêt à bien la garder(la niche)et à montrer les dents!!!!
Amitiés vigneronnes!
Réponse de HB : oui, la soidarité vigneronne a disparu, en premier, souvent, dans les lieux où elle était en théorie gravée dans le code génétique : la coopé. Mais n'est ce pas un phénomène de société, et tous les secteurs ne sont pas t'ils touchés ?
Oui, bien sûr, chacun doit faire selon la capacité de ses terroirs et je ne n'ai rien contre l'irrigation et les vins industriels. Mais si, à la fin, il ne reste comme tu le dis, que ses yeux pour pleurer, alors, mieux vaut arrêter tout de suite et faire autre chose. Ce ne sont d'ailleurs pas toujours les plus idiots qui jettent l'éponge en ce moment, en essayant de sauver les meubles...
Oui, le commerce, le marketing, la communication doivent donner envie aux gens de boire de bons vins. Pourquoi alors n'agir que sur la production, toujours ? Pourquoi pas un grand mouvement vers les écoles de commerces, des aides à l'embauche de jeunes commerciaux, des aides financière pour les voyages ? On y va, sans doute trop doucement et toujours, toujours, de manière tellement complexe que beaucoup se découragent... Peut-être que ce métier est trop compliqué, désormais, pour un seul homme. J'y pense souvent...
Bien sur que commercialement beaucoup est encore à faire,mais faudrait-il qu'en face on puisse nous laisser communiquer en vignerons adultes et responsables.Entre des pouvoirs publics sous influence de lobbies hygiénistes et nos responsables professionnels voulant tirer le vin vers l'excellence(qui a été perçue comme une intellectualisation du vin et a eu un effet repoussoir sur bon nombre de consommateurs),on est en train de faire sortir le vin de sur la table de tout les jours.Et c'est quand même ce vin là qui étanche encore le plus gros de la production! Henri le gascon prônait la poule au pot tout les dimanches sur la table de chaque français;peut-être que nicolas 1er lui aussi ne veut plus que l'on déflaconne le divin nectar d' autres jours que dimanches et jours de fêtes!C'est pas çà qui va faire des volumes et il y aura de la sanquette dans les cohortes vigneronnes!!!
L'autre nuit,j'ai fait un rêve:j'ai rêvé que toute la profession s"était mise à l'unisson,du modeste vin de table au plus prestigieux GCC,de l'indépendant au coopérateur,du vracqueur au bouteillard,du garagiste au quasi industriel,du conventionnel au bio,de l' appelation intimiste a la plus prestigieuse,bref que tout ce beau monde avait mis en commun ses energies et ses moyens pour ne parler que sous une seule et même bannière,celle du VIN .Et en face,nos interlocuteurs,nos fossoyeurs nous prenaient enfin au sérieux.
Mais ce n'était qu'un rêve et un orage nocturne m'a vite ramené aux dures réalités: ce satané midiou allait reprendre du poil de la bête...
Merci pour vos propos pleins de lucidité !
la wine rie , le vigneron pleure . Deux métiers différents , je ne pense pas que soient compatible les deux visions . Le producteur de raisin ne jure que par les kilos et le vigneron par la qualité du vin : l'un est à l'autre ce que le trombone à coulisse est au moteur à explosion . c'est un choc des agricultures !
Ingrid est libre , réjouissons nous !!!
Ca fait plaisir de lire de tels commentaires.
Merci Gus. Je crois que M. Smith et son style lourdingue a besoin d'exister.
Ce milieu élitiste, bobo sur les bords, qui regarde les gens de haut, en croyant savoir dégusté me révulse.
Nous faisons du Champagne, tout départ propriété, 4000 clients, habitués env. 80%, conventionnel, pas bio, Meunier, vin jeune (18 mois), Style fruité, agréable, Apéritif/vin d'honneur; un bonheur, 12,45€. Je ne suis as cité par la RVF, mais nos clients ne le trouve pas assez cher!
La tendance est de baisser les phyto, pour l'environnement, pas pour la com'. Et l'évolution se fera dans le village entier, pas individuellement.
La force champenoise est dans la solidarité. On peut la regarder de haut avec ses rendements, mais l'équilibre est quand même admirable, même si il n'est pas stable et pas acquis; Un négoce qui sait vendre, une production en constante évolution, un kilo cher pour protéger le marché,...