Un peu de pragmatisme

Quatre ou cinq fois par an, je suis régulièrement contacté par des inconnus qui veulent devenir vignerons.

Il y a de  tout, je l'avoue, le pire côtoyant le meilleur, il faut bien l'avouer.

Le pire, c'est une personne d'un certain âge, n'aimant pas particulièrement le vin, avouant avec une candeur désarmante ne pas en boire souvent, n'ayant aucune idée de la différence entre un cep et un poirier, ayant eu une activité sédentaire toute sa vie, 100 % urbaine, bien sûr, et sans gros moyens financiers. En résumé, c'est : je vends ma maison et je m'installe !  "On m'a dit que les 50 000 premières bouteilles, c'était facile à vendre"... J'essai alors de conseiller de tenter de faire d'abord un cycle complet, avec un vigneron, pour voir si on est vraiment fait pour ce métie ...

Le meilleur, c'est un jeune passionné, BTS viti-œno, 6 à 10 ans d'expérience dans trois ou quatre domaines dans différentes régions viticoles, costaud, avec des paluches commak, polyvalent vigne-cave-commerce, qui ferait 50 mètres sur les mains pour tremper ses lèvres dans un vin culte qu'il ne connait pas, amoureux fou du grenache bien que marié avec une femme au moins aussi passionnée que lui ;-), ayant solide boulot à côté (et qui entend bien le garder jusqu'à que cela marche, c'est à dire longtemps).

Qui réussira ? Qui échouera ? Nul ne peut le dire. Ils me demandent des conseils. Je les écoute, patiemment, pour tenter de saisir ce qui les motive, ce qu'ils aiment, ce qu'ils veulent faire, quel est le but final. Et j'essaie, le plus gentiment du monde, de dissuader certains de se lancer dans le vin, comme d'encourager les autres à le faire, en leur donnant des clés, des idées, des stratégies, en leur indiquant aussi les erreurs à ne pas faire, en ayant moi même fait beaucoup. Mais ce n'est qu'un avis...

Peu m'écoutent. Enfin, peu m'entendent, devrais je dire. Ils veulent de toute façon creuser leur propre sillon, alors que je pense pour ma part que la vie est trop courte pour faire toutes les conneries soit même, et que l'on peu s'enrichir des erreurs des autres. Écouter, les autres vignerons, les consommateurs, la nature, la vigne, voilà pourtant bien l'une des clés de ce satané et passionnant métier.

L'autre jour, chez Nature et Découvertes, j'ai trouvé ce livre passionnant. Je le conseillerai désormais à tous mes nouveaux visiteurs attirés par la lumière des grands  crus. Lors de leurs premières et longues journées à la vigne, bien loin des commodités du monde urbain, sa lecture leur rendra de fiers services ;-)

6 commentaires

#1. Vincent | dimanche 6 juillet 2008 - 13:17

Voila un article intéressant, mais... je reste complètement sur ma fin. Quel rapport entre ce livre et se lancer dans le vin ?

#2. gus | lundi 7 juillet 2008 - 08:19

De nos jours,la viticulture fait beaucoup fantasmer dans certains milieux .Début des années 70,il était de bon ton d'aller élever des chèvres sur le Larzac ; de nos jours,le must est de posséder un vignoble.Il sera bientôt plus chic d'avoir son nom sur une étiquette ronflante de vin que dans le who's who!Combien en avons nous vus arriver dans nos vignobles:qui des argentés venus faire du vin avec de l'argent,qui des plus modestes réussissant avec force courage et abnégation.Mais beaucoup d'autres sont venus se briser sur les écueils de la réalité...
Si tu sais dénicher le bon terroir, exploiter au mieux son potentiel,impliquer ta "moitié" dans le projet,t'intégrer au pays et t'allier ses habitants(du moins ne pas te les "braquer"),ne pas avoir peur du travail sans compter les heures,communiquer efficacement et prospecter intelligemment, avoir un minimum de baraka,et bien alors,tu seras vigneron mon frère !!!
Mais bon,n'est pas HB qui veut!

#3. Cab33 | mardi 8 juillet 2008 - 09:11

"Peu m'écoutent. Enfin, peu m'entendent, devrais je dire. Ils veulent de toute façon creuser leur propre sillon, alors que je pense pour ma part que la vie est trop courte pour faire toutes les conneries soit même, et que l'on peu s'enrichir des erreurs des autres."
A l'image de la photo qui illustre le billet suivant, peut-être n'ont ils pas le bon cheval pour creuser leur propre sillon! Un changement de vie, une reconversion professionnelle est toujours un choix difficile, souvent dicté par la passion, malheureusement la passion fait qu'on oublie de prendre les précautions essentielles, et qu'on se lance sans avoir su ou pu anticiper....
Quelques mois voire plus d'apprentissage en toute humilité ne font de mal à personne, et peuvent éviter bien des drames, humains et financiers.
N'est pas vigneron qui veut, même bardé d'€.

#4. Charles TRAONOUËZ - Terroirs & Châteaux Advisory | mardi 8 juillet 2008 - 10:42

Même en période de crise, l’investissement viticole demeure l’un des investissements les plus prisés et le rêve de nombreux entrepreneurs à la recherche d’un nouveau défi.

Malheureusement, beaucoup de postulants au statut de vigneron n'envisagent que l'aspect "cadre de vie" et "mode de vie". Pour beaucoup, devenir vigneron c'est simple, il suffit d'enfiler une veste Barbour et des bottes aigles. Or, la viticulture c'est autre chose et ce n'est pas si différent des autres secteurs d'activité qui réclament audits prévisionnels (du terroir, des ressources humaines qui font le vin, du portefeuille clients...) et plan d'affaires prévisionnels.

#5. Bil | mercredi 16 juillet 2008 - 22:13

Est-ce le deuxième tome - plus détaillé - du fameux Walden ? Ceci explique peut-être cela... ;-)

#6. marsha | dimanche 20 juillet 2008 - 21:38

Ils te demandent au moins ton avis. Dans mon métier tout le monde se prend déjà pour architecte et n'hésite pas à nous donner leurs opinions. Donc, je suis bien contente d'être une humble consommatrice de vins :)

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