Pourquoi ai-je autant d'amis biodynamistes ? - Chap. 3

Alors, mes chers amis vignerons bio-D et chers lecteurs, serai-je un jour en bio-dynamie ?

Franchement, au jour d'aujourd'hui, j'en doute. La "certification", telle qu'elle est faite, même si j'en comprends les raisons, ne m'attire franchement pas. D'autant qu'elle permet l'utilisation de toute la chimie du monde dans la cave, sauf signature d'une "charte volontaire" qui, à un ou deux détails près, correspond d'ailleurs à mon mode de vinification.

Oh, loin de moi cependant l'idée de critiquer la bio-dynamie telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui dans le monde viticole. Simplement, pour moi, que je sois pour ou contre, que j'y crois ou non, ce n'est tout simplement pas de la bio-dynamie. C'est autre chose. Car pulvériser quelques préparations dynamisées ne suffit pas à se dire bio-dynamiste, en tout cas si j'ai bien lu et bien compris ce que pensait et préconisait l'ami Rudolph. D'un autre côté, bien souvent, la bio-dynamie est la seule voie un tant soit peu "structurée" qui permet à ceux qui, comme moi, refusent un itinéraire agricole et viticole sans "conscience", qui ne mène de tout façon à rien de bon et surtout pas à la qualité, de s'inscrire dans un itinéraire balisé plutôt que de chercher à tracer son propre chemin. Tous les grands vignerons du monde ont senti ou sentent que l'agriculture intensive, déconnectée de ses sols, de ses plantes et surtout des hommes, n'était pas une voie d'avenir.

Et donc, sans du tout retenir en ce qui me concerne la vision ésotérique de la bio-dynamie, qui suffit pourtant à certains pour justifier les fantaisies les plus farfelues et qui, au contraire, moi, me repousse, je tente d'organiser mes vignes dans une direction très personnelle qui, finalement, aurait plu, nul doute, au cher Rudolph, tant que l'on aurait parlé "quotidien" et pas "spirituel" : je les entoure patiemment de haies, de bois, de céréales, d'amandiers, de figuiers, de cerisiers, de lavande et d'oliviers. Pourquoi pas, un jour, quelques hectares de fruitiers, pour revenir à une polyculture passionnante ? J'espère un jour y sédentariser un troupeau de moutons ou de chèvres (il y en avait cinq, à Vingrau, au début du siècle...). Je mets en repos des vignes pour 10 voire 20 ans, pour désintoxiquer puis restructurer et revitaliser les sols. J'entretiens et/ou je cultive, de ce fait, deux fois et demi l'équivalent de ma surface de vignes en production, en landes, bois et terres pour les entourer d'un biotope protecteur, tout en réouvrant les fossés et remontant les murets. J'ai bon espoir, dans les trois ans, de faire mon propre compost, avec les ressources du territoire qui est désormais le mien, ce qui me permettrait d'abandonner tout amendement exogène. Peu à peu, j'espère réussir à faire tourner les cultures, de graminées en légumineuses. Et patiemment, parcelle après parcelle, je reviens, à mon rythme, au travail modéré du sol, en fonction de MA géologie, de MES températures et de MES ensoleillements. Pas d'un "programme" fait par on ne sait qui quelque part en climat continental et pas du tout adapté à mes terres. Pas non plus en fonction des révélations d'un ange ou du déplacement de galaxies du fond de l'univers, à 14 milliards d'années lumières d'ici, là où m'a t'on dit, parait-il, il s'arrête ...

Finalement, quand on enlève tout le fatras religieux, 95 % de ce qu'on appelle la bio-dynamie en 2008 (et de ce que cette dernière cherche à truster...), c'est du bon sens paysan...

Je sais, au niveau viticole, il n'y a sans doute qu'en Roussillon que cela est possible, grâce au faible coût du foncier et au climat, béni des Dieux, qui nous facilite la tâche. Comme d'ailleurs au niveau des traitements ou l'on peut raisonner précisément et au plus juste les intrants, qu'ils soient biologiques ou issus de la chimie moderne, bien différente de celle de l'après guerre, pour les réduire au maximum, en les adaptant aux climatologies si différentes chaque année. Prendre ce qui me convient, ce que je crois bon pour mes vignes et mon vin, dans chaque chapelle, sans en suivre aveuglément aucune, voilà qui me semble "raisonnable" et "bon", alliant ainsi science et conscience. Désolé si parfois je fais un peu dans le mélo ;-)). Je suis comme ça... ;-))

Reste donc la démarche "spirituelle". M'y engagerai je un jour ? Dans celle de Steiner, j'en doute, vu tout ce que ce bonhomme passablement allumé a raconté sur l'univers, ses différents Dieux et autres "forces invisibles" qui, soit disant, nous gouvernent... Dans une autre, et bien j'ai souvent l'impression que j'y suis déjà...

Dans la recherche d'une compréhension plus grande de la plante, il y plusieurs chemins. Dont un, pavé d'humilité, nous rappelle qu'après tout, nous ne faisons que du vin ;-). Dont un autre, à l'opposé, fait que certains bio-dynamistes, totalement "aware", parlent le Jean-Claude Van Damne dans le texte, en pire ;-) Dont beaucoup de voies qui passent par la science, plus que par la croyance, mais refusent trop souvent l'instinct, l'intuition, le savoir-faire et récusent le risque, qui donne pourtant tant de valeur aux choses. Je vais en tout cas tenter de continuer à construire mon chemin, loin des gourous et des augures, tout en écoutant et respectant ceux qui suivent un autre chemin, tentant de vivre avec des questions qui resteront sans doute à jamais sans réponse. Finalement, et si, comme disait krishnamurti, "la vérité était un pays sans chemins"...

Au final, pourquoi tout cela, pourquoi mettre en œuvre tant de choses, me dirait vous ? Pour faire un bon vin, tout simplement, un vin qui donne le sourire, aide à la communication entre les hommes, rend gai, parfois mélancolique, en tout cas rêveur et exacerbe le désir, dans tous les sens du terme. Y arriverais-je ? Je n'ai aucune garantie que tout cela soit lié et je ne saurai jamais, au final, laquelle de mes décisions ou de mes choix a été décisif. C'est ça qui est dur. Mais c'est ça qui est bien, qui rend ce métier unique et si enrichissant. En attendant, une telle vie est passionnante. Elle oblige à participer à une communauté humaine, ce qui n'est pas toujours facile de nos jours. Elle "remplit l'être humain dans sa totalité et le lie de multiples façons à son environnement social et culturel". Quand il se contentait de parler de la terre et des hommes qui la cultive, Rudolph disait parfois des choses emplies de bon sens... ;-)

Bon, voilà, finalement, finalement, j'y suis arrivé, à écrire ces billets. Je crois que j'ai trouvé, et vous aussi, pourquoi j'ai tant d'amis bio-D ;-). La question n'était pas si bête que cela ;-)

P.S. : cela fait longtemps que je voulais signaler un blog récent, mais plein de passion et de sincérité (un vrai blog, quoi ;-), celui de Corinne Comme du Château Champ des Treilles, au fin fond du Bordelais. Corinne et son mari Jean-Michel, par ailleurs régisseur de Pontet-Canet et honnête homme, vivent leur bio-dynamie sans doute aucun, avec une sincérité et une conviction qui forcent le respect. Encore que je ne vois pas comment on peut se dire bio-dynamistes en refusant tout ésotérisme, on l'a vu, mais bon... (on en reparlera un de ces jours, Jean-Michel ;-). Leurs problèmes quotidiens sont terrorisants pour le vigneron encore bien fragile, financièrement parlant, que je suis; les risques qu'ils prennent me semblant, je l'avoue, insensés, surtout dans des années difficiles comme 2007 ou 2008. De même, beaucoup de leurs convictions me donnent envie de bondir tant elles font réagir ma fibre scientifique ! Mais je respecte et admire leur volonté, qui crée, je l'espère pour eux, un chemin. Avec la Foi, tout est, paraît-il possible. Je leur souhaite de tout mon cœur de réussir. Au fait, leurs vins sont très bons et ont autant de personnalité qu'eux ;-) Et le blog de Corinne fait partie désormais de mes favoris.

3 commentaires

#1. franck PASCAL | mercredi 4 juin 2008 - 14:31

A propos du calendrier, saches que rien n'est fixé à l'avance dans les interventions; sinon tout le monde ferait la même chose le même jour :-))
Tu comprendras tous ça le jour où tu feras un essais.
Tes a priori s'envoleront alors...
Continue de produire de grands vins.
A+
Franck



Réponse de HB : Franck, on doit pas lire les même calendriers bio-d. Je savais pas que Maria Thun en faisait un par région... Dis moi vite ou je peux trouver celui du Roussillon ;-) Bon courage dans cette année difficile au niveau climat et qui ne vas pas être simple pour les bio-d du nord, ceux qui sont en première ligne... Amitiés, hervé

#2. gus | mercredi 4 juin 2008 - 23:20

Bravo Mr Bizeul pour cette leçon de "bon sens paysan"qui déserte de plus en plus nos campagnes!Entre les progrès de la viticulture récente et les connaissances empiriques ,vous avez su faire un mix(en remuant dans le sens des aiguilles d'une montre ou inversement?)que vous arrivez à dynamiser magnifiquement au travers de votre blog!
Encore merci.

#3. jerôme Prevost | vendredi 5 septembre 2008 - 21:05

Je me suis égaré ce soir sur ton blog que je trouvais ultérieurement assez chiant...on ne sait comment...mais bravo pour cette lucidité questionnant finement et profondément "la biodynamie"(absente du dictionnaire)...Je sympathise avec l'écho.
Avec le préssentiment d'une connivence,une phrase -trouvée en coîncidence-donnée en pâture à l'homme cultivé clairvoyant:
"LA VIE EST DE BRULER DES QUESTIONS".Antonin Artaud
Avec les souvenirs de bons moments.
JP

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