Pourquoi ai-je autant d'amis biodynamistes ? - Chap. 1
Voilà la question que je me posais l'autre jour en regardant le tracteur poudrer.
Noël Pinguet, Léonard Zind-Humbrecht, Gérard et Lionel Gauby, Jean-Michel Comme, François Perrin, Sophie Armenier, André Ostertag, Michel Chapoutier, j'en oublie, bien sûr, et qu'ils me pardonnent.
On ne peut-être que fasciné par le développement de cette religion, car c'est une religion avant toute chose. En quinze ans, la biodynamie est devenue pour le grand public, qui, la plupart du temps, ne connait et ne comprend aucun de ses principes fondateurs, une sorte de super-bio, de garantie de naturel et, parfois, de qualité.
Pourtant, lorsque l'on regarde les statistiques, les biodynamistes certifiés par Demeter ne représentent que quelques propriétés purement viticoles en France, sans doute à peine 50 ou guère plus (si quelqu'un a le chiffre précis, je l'indiquerai volontiers). D'autres, plus nombreux, pratiquent une biodynamie "maison", sans parfois avoir jamais lu la moindre théorie. Disons, pour être gentils et en oubliant ceux qui font cela pour tenter d'exister, que ce sont des chercheurs sincères.
Je me suis toujours demandé comment l'on peut pratiquer la biodynamie sans avoir étudié, tenté de comprendre et appliquer les théories de Rudolph Steiner. Un simple regard sur Wikipédia est édifiant. La biodynamie n'est pas un système de culture. C'est une théorie globale de fonctionnement de l'Univers et de l'Homme. Dérivée de la Théosophie, l'Anthroposophie, un "chemin de connaissance", qui cherche justement et avant tout à relier le spirituel de l'homme au spirituel de l'univers. Et, au passage, au spirituel de la plante. La vigne, notons le, ne l'a jamais préoccupé plus que cela. Dommage, on y verrait plus clair ;-). Avant tout, c'est une théorie basée sur l'existence de Dieu – un Dieu Chrétien étant "conseillé" même si toutes les religions sont accueillies et intégrées – incarné dans Jésus-Christ, mais qui rajoute à cela la croyance en la métempsycose et dans le Karma, c'est à dire à la réincarnation de l'âme, dont le cheminement suit un chemin secret, influencé néanmoins par ses actions passées, par son Karma.
Certains, qui me croient "ennemi" de la biodynamie, pensent ici que je me moque. Non, chers amis, bien au contraire. Jusque là, j'aime bien l'idée d'un cycle sans fin de réincarnations qui, sans garantir que je ferai du vin dans une prochaine vie ;-), me donne au moins l'espoir de continuer à manger des bonnes choses,-)) De plus, Steiner est l'un des seuls qui permet de coupler cela avec les dix commandements et quelques autres principes chrétiens, qui, au final, me semblent être un système de vie en commun qui me convient plutôt bien.
Passionné de science-fiction, j'avoue que j'aime bien aussi l'idée du refus du dogme kantien, purement scientifique, et l'idée que tout être humain possède la capacité à se connecter à un monde spirituel invisible, à un univers "suprasensible" qui n'est ouvert qu'à ceux qui dépassent la réalité matérielle. Mon domaine s'appelle le Clos des Fées, après tout, et j'aime garder l'espoir qu'un jour, qui sait, j'en verrai une voleter dans un rayon de soleil, sous mon grand chêne.
Ésotérisme petit bourgeois, occulte très en vogue, le début du siècle fut une époque mouvementée... La science commençait à expliquer bien des choses et les gourous de toutes origines connurent des temps prospères, puis difficiles au fur et à mesure que la science progressait. De la pensée de Steiner, j'aime aussi et surtout l'idée qu'il faille garder et développer "une pensée souple et intuitive", qu'il faille lutter au quotidien pour tenter de rester sur le chemin de la clairvoyance, dans un questionnement sans fin. De même, les modes d'enseignement et les matières enseignées par les écoles Waldorf-Steiner me semblent être une voie intéressante pour un fils de vigneron qui voudrait prendre la suite de son père : matières artistiques, temps pour se construire, réfléchir et créer, encouragement de l'instinct, tout cela me semble primordial pour un futur vigneron dont la tâche, dans vingt ou trente ans, ne sera pas aisée et bien différente de celle des ses grand-parents. Même si l'enseignement est un peu trop "libertaire de base" à mon goût, très inspiré du romantisme allemand et donc peu propice à la rigueur de la conduite d'une exploitation viticole au quotidien, tout cela me semble autrement utile que la bourrage de crâne sur la "chimie-reine-du-monde-du-vin", enseignée à l'heure actuelle dans les écoles d'ingénieurs agro actuelles. Dommage, d'un autre côté, qu'il y ait tant de "pseudo-sciences" et de croyances résolument religieuses dissimulées sous des termes quotidiens. Mais la religion "Steinerienne" maitrise à merveille un des principes de base des sectes : vous faire croire qu'il n'est pas nécessaire de "croire", mais qu'il suffit "d'appliquer" les préceptes et les dogmes du "Maître" pour en tirer un "bénéfice"; dans le cas de la vigne et du vin, il suffirait de suivre ses "recettes".
Inspiré par ce mode de pensée ou simplement un tant soi peu "conscient", il est évident que le vigneron ne peut que remettre en question la direction choisie par l'agriculture et la viticulture au lendemain de la guerre, c'est à dire le productivisme à outrance et le "tout chimique" idiot, à forte dose de tout et de n'importe quoi, à cadences mathémathiques, tendant à réduire l'agriculteur à une machine sans réel pouvoir de décision, sans aucune réflexion sur les conséquences de ses actes pour l'homme (et le consommateur...) ni pour la planète. Et surtout, tout aussi grave si l'on y pense, sur le goût et la qualité de sa production.
A suivre...
2 commentaires
Voilà un sujet qui, en général, mène à des débats houleux mais passionnés (et passionnants)... bon courage. Je suis impatient de lire le chap. 2.
J'ai fait la découverte d'un des seuls domaines en biodynamie de Sauternes. Le domaine Rousset-Peyraguey. Le vigneron nous a montré la façon dont-il travaillait, ses préparations. Tous ça m'est un peu étranger encore, en tout cas une seule constatation: ses vins sont excellents !