Hello and Goodbye San Francisco
Mon Dieu comme c'est joli ! Voilà la pensée qui ne peut qu'envahir un honnête citoyen en se promenant dans les rues de San Francisco. Ciel bleu, fond de l'air frais, petite brise, je retrouve un climat de février à Vingrau et donc, mon organisme frétille et reprend vie comme un poisson dont on a changé l'eau de l'aquarium. Il faut dire que NY, c'est un peu gris et bruyant pour moi. Manhattan en tout cas.
Hôtel magnifique, idéalement placé, quelques heures pour trainer downtown, prendre le cablecar et voir de loin Alcatraz : me voilà touriste moyen à mes heures. Je me rends compte que, en vieillissant, je suis de plus en plus sensible à l'architecture. Une nouvelle passion serait-elle en train de naître ? Tous les dix mètres, je m'arrête presque bêtement devant une vieille maison historique dont j'admire détails, intelligence de conception et, souvent, coquetterie. Une chose me fascine : toutes sont différentes et, pourtant, toutes ont un lien commun. Elles forment alors un tout architectural, donnant ainsi un rythme fou à la ville. N'est ce pas la définition même de l'AOC : une architecture "commune", mais qui respecte les différences ? Il faut dire que sur ma boîte mail, j'ai trouvé une lettre de Patrick Baudoin qui m'a beaucoup fait réfléchir sur le sens de l'AOC. Si j'ai un moment, je vous en parlerai.
Soirée sympa, dans un restaurant vietnamien-fusion. J'adore les raviolis vietnamiens. Et Joana, la responsable des vins, adore le Clos des Fées. Elle est surprise de me voir là et ses compliments me font rougir... Bonne adresse, ça s'appelle Ana Mandara, merci Jean-Olivier, un ami de vingt ans qui vit à San-Francisco et qui, bien sûr, a choisi d'aller faire un peu de business ailleurs juste le jour oû j'y suis. Damned ;)
Très belle dégustation le lendemain à l'Hôtel Fairmont, sur Mason. J'adore les palaces, surtout les anciens où l'architecte prenait son temps est ses aises pour concevoir de grands salons, des hauteurs de plafond, des galeries, des couloirs, bref où le concepteur pensait à ceux qui allaient vivre dans son œuvre et y intégrait de ce fait des "vides" et du confort. L'hôtel est merveilleusement refait, les lits d'un confort absolu (des matelas Seely, j'en suis sûr, mon rêve pour la maison...), et, finalement 30 % moins cher que celui de NY où j'ai failli demandé un grand chausse pied pour rentrer dans la chambre :-)
Il y a là tous les clients de mon distributeur national qui sont donc mes "ambassadeurs" dans la plupart des états américains. Il n'y a que leur nom sur leur badge, donc, impossible de vraiment savoir qui est qui et qui est où. C'est rythmé, intense, les vins (tous les vins du tasting, d'ailleurs) se goûtent mieux qu'à NY. J'ai pas regardé la lune, tiens, je devrais pourtant. A Montréal, d'où j'écris ces lignes, elle me semblait bien ronde hier. Juste pleine ou peut-être un peu en descente. A moins que ce soit les pressions barométriques. Quel climat super, San Francisco, j'adore ! Pas étonnant que les gens soit positifs.
Début du tasting. On demande ce qui caractérise mes vins, quel est mon but ? Si je le savais, ma brave dame ! Ma philosophie se résume en une citation "puisque ce mystère nous dépasse, feignons d'en être l'organisateur". Allez donc traduire et expliquer ça en anglais, à des gens qui, pour la plupart d'entre eux considèrent que mon métier est un business comme un autre, voire une industrie, et tentent d'y appliquer des recettes de marketing qui ont fait leur preuve dans les petits pois... J'essaie d'expliquer avec mes quelques mots disponibles qu'en 2003/2004, j'ai eu l'impression d'avoir trouvé mon "style" et que, depuis, j'essaie simplement de faire en sorte, et c'est compliqué, que mes vins aient cette "bizeul touch". Il faut dire que j'en ai profité, pendant les vols, pour me faire une petite orgie de vieux films comme je les aime sur le portable (merci Eric) et que la Lubitsch touch m'est, encore et encore, apparue comme quelque chose de miraculeux. Dommage que j'ai pas le portable et de réseau pendant le tasting, car le soir, je trouve sur internet la parfaite définition du cinéma du maître :
"The Lubitsch Touch" is a brief description that embraces a long list of virtues: sophistication, style, subtlety, wit, charm, elegance, suavity, polished nonchalance and audacious sexual nuance." -- Richard Christiansen (Chicago Tribune)
On enlève la sexual nuance (encore que ;-) et voilà décidément une fort acceptable description de ce que je cherche à avoir dans mes vins ;-)
Certains semblent comprendre la notion de "style". C'est difficile à expliquer avec des mots, mais facile à comprendre avec sa bouche, parce là, il y a deux millésimes en //, les dernières bouteilles de 2004 et les dernières de 2005, sur les trois cuvées. Et pour finir, la petite Sibérie met tout le monde d'accord... Le soir, dans le photobook de l'hôtel, je trouve une citation d'Yves Saint Laurent : Fashion fade, Style is eternel". Voilà. C'est ça. Rien de plus, rien de moins...
Passion, style, classe, je retrouve tout cela le soir dans un restaurant... Grec. Il s'appelle Kokkari. J'y suis invité pour fêter, avec tous les vignerons, la fin de mon US TOUR 2008 ;-). Ambiance feutrée, lumière tamisée, cheminée, bois, tout est simple, beau, évoque un chalet, dans les rocheuses, mais des rocheuses qui serait au bord de la mer méditerranée. Une dizaine de canard sont en train de rôtir paisiblement, gente Tupina. Je m'y sens tout de suite bien et, malgré le bruit (c'est archi, archi, complet), ça ne loupe pas. A peine assis, c'est grosses olives, petite salade de poulpe grillée au feu de bois (la meilleure depuis toujours), friture d'un genre d'éperlan, légère et croquante avec une sauce tartare fraîche et parfumée, tarama aérien, purée d'aubergine comme à la maison, le tout avec un pain pita moelleux cuit au feu de bois et, enfin, dolmathes, vous savez, ces d'habitude immondes feuilles de vignes fourrées au riz, qui... sont un délice. Ah, je comprend, c'est ça, des dolmathes, enfin. j'en goûte de vraies, de fondantes, finement parfumées aux fines herbes et aux pignons. Au niveau des dolmathes, enfin, depuis hier, je peux dire "je sais, je sais" ;-)
Tout est à vrai dire parfait. D'une simplicité désarmante, mais parfait. Autour de moi, beaucoup de mes collègues semblent soit indifférents, soient déçus. L'un deux, sans doute habitué au Tarama industriel, boufis de gras et coloré artificiellement, ne reconnait même pas le mets et pense que c'est de... l'oumous ! Tans pis pour lui. Le reste est à l'avenant : côtes d'agneau fondantes, poisson juste grillé, salade fraîche et dessert de grand-mère :Galaktoboureko, fines cigarettes de pâte filo fourrées d'une sorte de crème de semoule à la vanille. "Mégabon" dirait Gaspard s'il était avec nous ;-)
Je me lie d'amitié avec mon voisin — nous sommes sur un longue table d'hôtes — dont le ventre replet et la l'attention qu'il met à manger me laisse à penser que lui aussi a compris combien ce genre de moment était rare. Dès l'ouverture, me dit il, le restaurant n'a pas désempli et, selon lui, c'est un des cinq meilleurs de S.F. Je suis d'accord, bien sûr. En partant, il me laisse un petit mot charmant : "si vous revenez à SF, appelez moi, on dinera ensemble". Il n'y qu'aux USA qu'un tel truc peut se produire...
Dans le taxi, conduit par un fou furieux, qui grimpe les "étages" de la ville à fond, et ou je crie pour l'encourager en espérant arriver à sauter ;-), je me dis que ce restaurant avait du style, tout simplement.
P.S. : vive la cuisine grecque (sauf le café, mais il était turc ;-).
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