Redevenons sérieux, please !

Départ pour San-Francisco tôt hier matin.

Dans le taxi, le chauffeur, d’origine Haïtienne et dont francophile, me parle de l’Amérique. Il « hait » Busch, « un crétin», qui « comme les vrais imbéciles, se croit plus intelligent que tout le monde et a ruiné l’Amérique ». Il n’est pas tendre non plus avec Hillary Clinton, « dont personne ne veut comme candidat démocrate et encore moins comme président » au point que s’il elle était désignée, il préférait voter républicain... Il me parle de ces riches, qui sont toujours plus riches  sans même en savoir la raison, et de la pauvreté, de l’autre côté, exacerbée par la crise des subprimes et les expulsions à répétition. Il me dit aimer le vin et me demande quoi acheter. Je lui conseille Walden, assez facile à trouver à NY, enfin j’espère. Je lui dis que je fais quelques vin chers, mais que je suis aussi très fier de faire des vins que j'espère « populaires ». Il me parle de Yellow Taill, je souris en lui disant que je suis environ 10 millions de fois plus petit, au niveau des quantités. Mais c’est vrai que sur le coup, il ne me vient aucune idée en tête d’un vin français produit en assez grande quantité pour être facile à trouver à NY. J’aurais du dire un Côtes du Rhône de Guigal, tiens. Ou un vin des Perrin, de Beaucastel. Tans pis. Ce sera pour une autre fois.

La crise, j’avoue ne l’avoir pas vraiment vue ni ressentie lors de ce voyage à NY. En fait, à vrai dire, il me semble qu'on en parle moins qu’en France, c'est vous dire... Ou mon anglais n’est pas assez bon. La guerre en Irak non plus, d’ailleurs, c’est comme tabou. A l’aéroport, Américan Airlines ouvre son salon VIP aux militaires en transit. Je trouve ça bien. Dans la rue, toujours autant de homeless, bien sûr, dont certains mendient et d’autres non. J’avoue donner souvent et volontiers à ceux qui me le demandent dans la rue. Un cul de jatte, sur son fauteuil, m’interpelle vivement sur Broadway : « Help me ! » crie t’il avec force, sur un ton impératif qui me bouleverse. Je m’exécute de quelques pièces. Je suis de toutes façons un grand "donneur" (de leçon aussi, diront mes détracteurs ;-). Un moyen très personnel de remercier « la Vie » ou je ne sais quoi ou ne je sais qui, de m’avoir permis de faire un métier que j’aime, dans un lieu que j’aime, avec une famille que j’aime et tout ce petit monde en bonne santé. Quand on vit dans la nature, on se rapproche des valeurs essentielles, des basiques, on savoure les trucs simples.

Au fait, vous êtes gâtés, en ce moment. Un billet tous les jours, mazette -). Il faut dire qu’avec six heures de vol à jouer la sardine, j’ai un peu de temps pour alimenter ce blog :-)

En trainant avant hier sur la 5ème, j’ai vu passé plein de modèles de voiture que je ne connaissais pas ; tous les modèles US, bien sûr, peu ou carrément pas importés en France, mais aussi plein de modèle japonais, apparemment spécialement désignés pour le marché américain.

Pendant les temps morts de la dégustation, où tous les vins ne se présentaient pas, au fait, sous leur meilleurs jours, je réfléchissais à ça. Devrais je, comme les industriels de l’automobile, construire des vins spécialement pour le marché américain ?  Les formater, tant au niveau du goût que de l’habillage, pour qu’ils « plaisent » et se vendent par milliers, voire millions de caisses ? C’est un atout de mon importateur aux USA, grand spécialiste des vins espagnols. A l’aide de consultants, de spécialistes du marketing, de son propre goût, très sûr, il « construit » littéralement de nouvelles marques, souvent des vins particulièrement concentrés, si possible à très bas prix au niveau de la production afin d’optimiser les marges, mais toujours plus élevés que ce que donnent d'autres négociants. Certains de ces projets, pourtant récents, dépassent aujourd’hui 100 000 caissses ! Ici, on parle toujours de caisses de 9 litres, soit de 12 bouteilles et cela continue à se développer. Avec mes pauvres 800 caisses de Clos des Fées, et encore pas chaque année, dont quelques dizaines seulement aux USA, je me sens tout d’un coup un peu c.., je l’avoue. Mais, après réflexion, je me rends compte que je suis un c.. assez fier de l’être, assez libre, aussi, qui aime bien l’idée de faire un vin qu’il aime PUIS de chercher des amateurs pour partager son goût.

Un peu arriéré, sans doute, comme comportement, et sûrement aussi voué à la disparition dans les années d’extrême mondialisation qui arrivent à pas de géant. On verra bien. En attendant, en sirotant un fond de verre de Clos des Fées 2005, qui s’ouvre peu à peu, change, évolue et dévoile impudemment ses charmes (et il y en a, croyez moi….), je me dis que j’ai choisi la bonne voie, que tant pis si je ne suis jamais millionnaire en dollars ou sur la couverture du Wine Spectator. Je me contenterai d’être fier, en paix et en harmonie avec mes convictions.

un commentaire

#1. marsha | samedi 19 avril 2008 - 20:21

Les chauffeurs de taxi expriment librement leurs opinions en Amérique du Nord. J'imagine qu'ils écoutent National Public Radio toute la journée pendant qu'ils travaillent car ils sont toujours au courant. C'est marrant qu'il t'a parlé de Yellow Tail ;-).

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