Higgledy-Piggledy
Et, oui, je traîne, je traîne et j'apprends des nouveaux mots ;-). Est-ce que j'emploie cette expression anglaise à bon escient ? Ca serait bien la première fois ;-) il y a bien un prof d'anglais qui me lit et qui va me le dire, non ? Le dico me donne comme traduction : Dessus-dessous, pêle-mêle, upside down, quoi, en plus chic : voilà qui reflète bien ma journée qui s'achève à N.Y.
Pas de musée, désolé, mais un bon restaurant, et vous avez raison si vous en déduisez que je préfère les nourritures terrestres aux autres. On ne se refait pas. Bon, j'ai quand même fait une petite halte à la cathédrale St Patrick, sur la 5ème, où la Pape va, paraît-il, si j'ai tout compris, passer le 19. J'aurai donc raté le Pape. Mais au fait, j'avais oublié de vous le dire, mais j'ai vu Mathieu Ricard, le traducteur du Dalaï Lama en Français, à l'aéroport. J'ai pas osé lui serrer la main, je le regrette. D'abord, j'aime bien les tibétains et j'en ai beaucoup fréquenté, dans ma jeunesse. Ensuite, j'ai de l'admiration pour leur combat. Mais bon, j'ai pas osé. Cela aurait pourtant bien confirmé ma théorie qu'on est souvent à une ou deux poignées de main des c...... d'un personnage célèbre, comme je l'avais expliqué un jour dans mon billet sur Singapour où j'évoquais l'empereur du Japon ;-) Et oui, sur ce blog, y a des trucs qu'on peut comprendre que lorsque on lit tout. La fidélité est parfois récompensée, parfaitement.
Donc, las de lire les agapes de nos amis du grand jury à Tokyo, j'ai décidé sur un coup de tête de frapper fort dès le déjeuner : l'Atelier de Robuchon, au Four Seasons, sur la 57 ème, s'il vous plait mesdames et messieurs. Hé ben, les amis, j'ai bien fait, et cela méritait bien que je fasse un petite prière de remerciement envers le grand architecte, trois heures plus tard, sur le banc d'une église, et à genoux, s'il vous plait. ;-)
Un repas parfait, lumineux, rythmé, doux et chaleureux, comme on les aime. En plus, il y avait Joël. Oui, LE Joël en personne. A NY, quand on dit Joël, c'est Robuchon. Et Daniel, c'est Boulu, Ca, je savais pas, mais j'ai vite compris. L'Atelier, c'est sympa, parce Joël, quand il est ici, il est détendu, il dit bonjour à tout le monde et il vous touche volontiers l'épaule, comme s'il vous connaissait de longue date. Joël, c'est un tactile. Ca se sent dans sa cuisine. Et maintenant, c'est presque mon copain ;-). Bon, il y avait aussi mon vieil ami Philippe, là par le plus grand des hasards, et qui travaille avec lui. Alors, j'ai été gâté. Je vous passe la description des plats, parce que je suis pas sadique et que Claudine, qui corrige les fautes et qui est restée à la maison, va m'en vouloir à mort parce que je vis des moments comme ça sans elle. C'était pas prévu, ma Chérie, tu sais bien ;-). Mais c'était justement ça qui était super, du Carpaccio de langoustine avec plein de fleurs, au dessert au thé, à la chartreuse et à l'ananas, en passant par une coquille saint-jacques du Maine cuite à la perfection à même sa coquille ou à un morceau de poisson japonais, de l'amedai (aucune idée de comment ça s'écrit, help me), que je n'avais jamais mangé et qui, servi croustillant dans un bouillon parfumé m'a consolé de n'avoir pas été invité au Japon par ces égoïstes du GIE ;-)
Ce qu'il y avait de formidable, en plus, dans ce déjeuner impromptu, c'était la qualité des vins servis. Merci à Stéphane Coling pour ce choix sans faille, aussi original que brillant. Je retiendrai la révélation d'un Chenin/Viognier d'Afrique du Sud, littéralement renversant par sa précision et sa puissance retenue. Une découverte pour moi, sans doute une porte ouverte pour d'autres, mais cette cuvée Saskia 2006 de Milles Mossop m'a bluffé. Si c'était pas si loin ou si j'avais du temps et/ou un Falcon, voilà un petit gars que je serai parti rencontrer sur l'heure... En plus, il a une bonne tête. Et oui, je me suis contenté d'une petite rencontre sur Internet... C'est lui, LA. Depuis ma révélation des vins de Thornbreck, à Singapour, il y a trois ans, j'avoue que j'avais pas eu un tel choc.
Bon, ça, c'était le côté doux. Il y aussi le côté aigre...
Me suis arrêté, en trainant dans Manhattan, dans deux ou trois wine shops... Ouhhhh. N.Y. est vraiment le carrefour mondial des bons vins et s'il est évident que c'est le paradis pour un jeune sommelier qui cherche à se former, c'est un chemin de croix pour un vigneron qui cherche à émerger... Comment ai-je la naïveté de penser que j'ai ma place dans ce maelström de vins (et de bons, et de grands...) du monde entier ? Mon moral a pris une nouvelle fois un coup de froid, comme chaque fois que je passe ici. Enfin, haut les cœurs, demain est un autre jour et on verra bien.
Finalement, en remontant la 5ème, je me disais que c'était ça les bons et les mauvais côtés de la mondialisation. D'un côté, on mange un poisson japonais dans un restaurant français, à NY, en buvant un vin de Stellenbosh. D'un autre, comment trouver sa place dans ce monde si mouvant, si rapide, dans ce marécage où tout bouge à toute vitesse ? Terrifiant et terriblement attirant. Bon, il y avait quand même des Sorcières au verre au Four Seasons, ça m'a un peu rassuré :- ). En fait, je vous l'avoue ce soir, je me sens plus proche de tous ces vignerons du monde qui démarrent de rien que de mes racines françaises, de ces traditions pesantes, de ce pathos AOC si limitant. C'est avec eux, ces hommes libres, que j'aimerais former un groupe et voyager, avec Thornbreck, avec Mossop, avec les Maurau Veglio, un formidable couple dont les Barolo m'ont vraiment excités à Vienne, ou avec toi, vigneron de je ne sais où, que je ne connais pas encore... Mais en aurai-je le temps et surtout l'énergie, pensais je en sauçant soigneusement ma coquille saint-jacques pleine d'un déliceux bien que fort peu diététique beurre fondu des familles...
Bon, voilà pour la journée d'aujourd'hui. Quoi d'autre, avant d'aller au lit ? Ah oui, ce qu'il y a de bien, quand on mange seul, c'est qu'on se fait des relations, en tout cas à NY où, au bar, tout le monde est curieux de ce que vous faites. Jamais ce genre de truc m'arriverait en France ! Mon voisin de droite viendra me voir en septembre, en rentrant de Barcelone. Ma voisine de gauche a de la famille du côté de son mari à Quillan... Le monde est si petit, madame Michel... Et un grand sommelier qui passait par là (l'ancien de Daniel qui-vous-savez) et qui a eu la politesse de faire comme si j'étais un grand vigneron m'a promis de passer me voir demain au Tasting d'Enrique et Katel. Pour ça, l'Amérique, c'est unique.
Donc, certes, bien sûr, évidemment, le monde est désormais petit, me disais je en remontant la 44 ème vers Broadway. Mais la vie est courte. Finalement, tout cela est une question d'attitude et il faudra bien faire des choix. Sur un panneau, dans une vitrine, la photo en pied d'un homme souriant et décidé, aux dents bien blanches, qui a apparemment écrit un livre, m'interpelle pour tenter de me le vendre, d'une phrase définitive :" dans la réussite, le désir est aussi important que le talent". C'est bien américain, ça. Mais ça aura bien plu à ma grand mère. Allez, la viande dans le torchon, demain on bosse...
P.S. : j'ai bien l'impression d'avoir croisé Bill Gates, dans le hall du Four Seasons (remarquable mosaïque de marbre au sol, dans le hall), mais j'étais pas sûr et j'ai pas osé lui demander pourquoi pour quitter Windows, il faut faire "démarrer" ;-) Encore un grand mystère qui ne sera jamais résolu ;-)
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