Définitivement décalé
Ce qu’il y a de bien, dans un vol transatlantique, c’est qu’on a le temps de réfléchir. Moi, hier, j’ai réfléchi à l’évolution de mon métier. Bizarre de penser qu’alors que je fais du vin dans le garage d’un petit village du Roussillon, région totalement inconnue de 99 % des habitants de cette terre, je réussis à le vendre dans une vingtaine de pays, sans compter les Iles des mers du Sud… Et que me voilà au Texas, dans un hôtel ultra-moderne, en train de tenter d’évangéliser quelques amateur éclairés (enfin j’espère…).
Cette notion de mondialisation, de rapidité des échanges, de facilité de transport à bas coûts, de communication instantanée avec des groupies du monde entier à travers le blog, tout cela n’a pas fini de m’étonner. C’est le fameux « village mondial ». Dans le monde du vin, une des conséquences directes de cette évolution des mentalités est l’augmentation exponentielle des demandes des amateurs du monde entier de rencontrer le vigneron himself. Mais aujourd'hui, c'est lui qui doit faire le voyage. J’en parlais avec une vigneronne de Châteauneuf ce matin, au petit déjeuner. Il y a vingt ans, un voyage comme celui que je suis en train de vivre était réservé à quelques vignerons bordelais, bourguignon ou à quelques commerciaux de grands négociants champenois. Et rares étaient ceux qui les faisaient chaque année… Aujourd’hui, pour quelques centaines d’euros, on part à l’autre bout du monde. Et avec le change favorable, le voyage est vraiment à la portée de tous, alors qu’il était autrefois réservé aux « élites » du vin ou au plus grandes sociétés. Pour autant, est-ce bien le rôle du vigneron d’être en permanence sur la route ou dans des avions ? Je vous l’avoue, j’en doute un peu. D’abord, tout le monde n’en a pas envie. Vivre et travailler dans la nature, par tous les temps, ce n’est pas vraiment la meilleure formation pour courir les mégapoles et émerveiller par sa faconde commerciale… Ne parlons même pas des langues étrangères, que bien peu de vignerons, dont moi, je l’avoue, maîtrisent.. Et puis, pendant ce temps, qui cultive, vinifie, met en bouteille ? Voilà une question que personne ne me pose jamais. Comment font ceux qui sont seuls sur des micro-domaines, sans collaborateurs ? Le monde change, le métier change. Un seul homme pourra – ou voudra— t’il tout faire ? Et sa famille acceptera t’elle ce nouveau rythme, bien éloigné de celui de nos grands parents... Eux ont surmonté la révolution de la mise en bouteille à la propriété, à nous de surmonter la mondialisation….
Bon, voyager me rend décidément philosophe. Me revoilà — déjà ! en plein ciel, grand bleu, à remonter du Texas vers N.Y. C’est la vie…
J’ai beaucoup aimé le Texas où j’aurai quand même passé… 18 heures. J’y retournerai, c’est promis. Bon, je n’ai vu que l’hyper centre de la fenêtre de ma chambre d’hôtel, ce qui n’est sans doute pas vraiment représentatif ;-) et l’entrée de la ville juqu’à l’aéroport. Et en 18 heures à peine, j’ai quand même réussi la performance de rater le concert de Bruce Springteen hier soir, à 100 m de là où je dormais… Mais bon, j’ai été bluffé par la gentillesse des gens, qui n’ont, pour ceux que j’ai rencontré du moins, rien d’impitoyable ;-) et par l’architecture… Je ne sais pas s'il y a ici une pépinière de jeunes talents ou si l’argent du pétrole attire des architectes talentueux, mais la moindre construction, de l’échangeur d’autoroute au building à peine terminé en passant par les centres commerciaux semble « pensé » sur le plan esthétique. Bon, c’est plutôt clean, propret et bobo républicain (ça existe, ça ? ;-), mais c’est franchement joli à voir. Beaux matériaux, très divers, toujours de l’esprit, il y a une comme une « Texas » touch qui m’a sauté aux yeux.
Les Texans sont charmants, je l’ai déjà dit, et je m’inquiétais, victime de préjugés ridicules, de leur accent, alors qu’en fait, j’ai tout compris. Enfin, ni plus, ni moins que d’habitude, c’est à dire à peu près la moitié, ce qui est déjà pour moi un énorme progrès. Ah au fait, c’est la première fois que je vois dans un tasting, autant de dégustatrices professionnelles de sexe féminin, de tout âge et de toutes les branches de la distribution : au Texas, les femmes aiment le vin au point d’y travailler, ce qui est moins courant qu’on ne le croit, en France en particulier. Toujours aussi peu de personnes de couleur, en revanche, c’est étrange… Les amateurs de vin sont souvent blancs, asiatiques, hispaniques, mais rarement d’origine Africaine, même aux USA… En France, au fait, je ne connais ni sommelier, ni vigneron, ni négociant, ni personne de noir dans le business. Quelques clients, c’est tout. Bizarre. Il faudra que j’en parle un jour avec eux. Et que je fasse un billet, un jour, là dessus. Le Clos des Fées est depuis peu distribué au Gabon, et un des fidèles lecteurs de ce blog est souvent en déplacement au Rwanda. Le débat est ouvert.
Minuit, je suis enfin à l'hôtel, sur Broadway, prêt à (tenter) de dormir. Allez, à moi la grande pomme !
PS : un lecteur de ce blog a t'il une idée où je pourrais diner demain soir à N.Y ?
8 commentaires
pour NY, un forum français très actif et très bien renseigné : http://www.forumny.com/
rubrique "bonnes adresses"... ;-)
Bonjour Hervé,
C'est bien parce que c'est vous ! ,'()
Nicolas Cantrel est un excellent chef français, qui a ouvert son restaurant à New York. Vous aurez quelques informations le concernant sur le site Cuisinerenligne.fr, où il présente une recette.
Je ne peux que vous inviter à vous rendre chez lui, voici ces coordonnées:
181 W10th Street, New York, NY 10014, 212 488 2626
Bon appétit ! ,'()
Emmanuel D
Sinon le Gramercy Tavern http://www.gramercytavern.com/ ou Nobu http://www.noburestaurants.com/ ou a Brooklyn The River Cafe http://www.rivercafe.com/
Vous pouvez essayer le
blue hill (www.bluehillnyc.com) ou
landmarc (www.anvilny.com/wine.html)
deux restos où le vin a toute sa place...
(sur les conseils d'un ami)
Café Gray
Je n'ai pas d'adresse à New-York, mais si votre séjour au Québec est assez long, puis je vous suggérer une adresse pour un déjeuner sympathique: Le Bistrot à Champlain, ça se trouve à Sainte Marguerite du lac Masson, déjà le nom évoque un bon moment, c'est à une bonne heure de Montréal. le propriétaire est un "Très grand Amoureux " des vins français, il possède une cave qui pourrait faire rougir quelques uns de nos grands restaurants. Et sa cave personnelle que j'ai eu la chance de visiter est un "Trésor".
Bon séjour chez nos cousins d'Outre atlantique!
Cordialement.
Stéphane
Réponse de HB : merci pour l'adresse, Stéphane. J'y suis allé il y a cinq ans et, effectivement, c'est une adresse incontournable que tout amateur de vin se doit de connaître... Sa collection de grands format est unique et son caribou délicieux. J'ai déjà dit que j'adorais le Caribou ? Voilà, c'est fait ;-) Bon cette année, ce sera pas possible, dommage.
Moi je vous recomande de sortir de NYC. A 30 minutes de manhattan, allez faire un tour a Greenwich Connecticut, Au restaurant de Thomas Henkelman. SVP m. Bizeul, faite les, je vous promet que vous ne serez pas decu. L'homme fait une cuisine de perfection, et les vins, les vins, que dire. il a ete recompense du prix de la meilleure carte des vins. J'y ai travaille, ma premiere experience de commis, donc n'oubliez pas de dire que vous venez de ma part. Vous ne regretterez pas le voyage.
J'ai oublie de vous dire, le nom de l'hotel est le Homestead Inn et en plus, le chef parle francais.