Qui suis-je pour juger ? - II

Or donc, comme il faut parait-il avoir un avis sur tout, en ce beau début de troisième millénaire, voici mes notes sur 100 pour les crus que j'ai dégusté. Pour les exprimer sur 20, comme me l'explique le cher Winemega,il faut enlever 50 puis diviser par 2,5.

Je plaisannnnnnnte... Pas sur la méthode de calcul, excellente, sur les notes...

Ah, dommage, se lamentent sans doute certains lecteurs en ce moment même... J'attendais les notes de Bizeul pour remplir ma cave... Et bien non, cette année, vous serez livrés à vous même... Mais bon, qui sait, de mot en mot, de lignes en lignes, en regardant entre elles, sans doute trouverez-vous, à défaut de poisson, quelques bonnes techniques de pêche, comme disait J-C, avant ;-)

En 2007, à Bordeaux, il a plu. Pas vraiment beaucoup, mais souvent, voire toujours. Entre temps, de la chaleur étouffante, pas de tramontane (oups, ça, c'est chez nous ;-) et donc, en résumé, c'était ambiance champignonnière. Mais tout le monde a lutté, bossé et, une chose est certaine, ce qui aurait été une catastrophe gustative il y a trente ans se révèle être un millésime joyeux, fruité, délicat, qu'il fallait prendre avec légèreté et optimisme pour le réussir. Bon, c'est pas 2005, LE millésime de notre génération, notre 1945 à nous (si vous n'en avez pas encore, il est temps de vous magner le train...). Mais j'ai beaucoup pensé à mes discussions sur 72 ou à 74, avec Bernard Ginestet (Bernard, tu me manques...), en passant devant sa maison de Margaux. Et aussi à 1987, un des millésimes de Bordeaux que j'avais le plus et le mieux, sans doute, décortiqué à l'époque et du coup beaucoup acheté. Incroyable comme la technologie a progressé. Incroyable aussi combien les grandes propriétés sont prêtes à entreprendre et à risquer pour réussir leurs vins (et donc ne pas diminuer leurs prix...). En fait, quand on y pense, 2007 devra une fière chandelle à 2005 : c'est avec l'argent de l'un que l'on aura sans doute sauvé l'autre... Travaux en verts intensifs, traitements à outrance, sélection minutieuse à la vendange, saignées vigoureuses, déclassements de volumes à la limite du ridicule (plus de 60 % de la production éloignée du premier vin), Bordeaux est à fond dans sa recherche d'excellence, résolument décidé à tenir sa position de n°1 mondial du vin. Et du luxe. Mais, dans l'achat d'un sac Hermes ou d'une montre Blancpain, la météo n'influence guère le résultat. Dans le vin, ce paramètre vient sacrément corser le jeu, le rendant plus difficile et aussi, de fait, bien plus passionnant.

Sur l'effet de la pluie sur les maladies, le mûrissement ou les dilutions, vous savez déjà tout. Où des journalistes bien plus "pro" que moi vont vous l'enfoncer dans la tête ;-). Moi, ce qui m'a frappé, cette année, dans la dégustation de tous ces "embryons" de vin, c'est le ressenti, surtout en Médoc, d'un forte et salutaire acidité, que je n'avais pas goûté depuis longtemps et qui, ma fois, me manquait un peu dans le Bordeaux des dernières années. Les tannins ne sont ni enrobés, ni fondus, et, du coup, il paraissent minces et rares, alors que les analyses prouvent m'a t'on dit le contraire. De belles surprises en perspective, donc, si les élevages sont bien menés. De même, cette acidité, ce léger mordant semble très étrange au regard des pH, très élevés pour ce genre de millésime, et qui n'est pas de ceux qui donnent des vins centenaires... Une histoire de potassium a tenté de m'expliquer mon œnologue favori, le cher Athanase, attéré que je me refuse toujours à progresser en chimie, tout ça pour garder ma naïveté de dégustateur hédoniste ;-)

Il a plu souvent, et donc, les raisins ne pouvaient mûrir comme en climat méditerranéens. On a eu beau saigner, plus qu'on ne l'avoue, osmoser parfois (on le reconnait du bout des lèvres, et pas partout...), de nombreux vins restent un peu fluides, étriqués (et ce sont des échantillons logiquement représentatifs de ce qu'il y a de meilleur dans les chais...), les vins manquent de cette texture sublime à laquelle 2004, 2005, voire 2006 nous avait habitué. En fait, aujourd'hui, même quand ils sont jolis et sympathiques, il manquent un peu de sex-appeal. Le "Mojo", comme dirait Mike Myers, n'est pas au rendez-vous ;-). Alors que chez nous, dans le Sud, on en a un sacré, comme l'illustrait si bien une époustouflante cuvée Violette de la Soumade ou un Notre Terre du Mas Amiel crémeux à souhait, à la dégustation de l'A Grappe, les vins conseillés par S. Derenoncourt. .../...

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