Plus de peur que de mal
Faut-il, dans un blog, n’évoquer que les bonnes nouvelles ? N’indiquer que ses récompenses, ses succès, ses réussites ? Je me suis posé la question, hier, pendant un bon moment, et puis, bien sûr, j’ai répondu non.
Un blog de vigneron, c’est la « vie » d’un vigneron et, comme dans toute vie, il y a des bons et des mauvais jours. Oh, bien sûr, il ne faut pas tomber dans le style « blog des lamentations », encore que, j’en suis presque certain ce genre de blog aurait vite fait de générer un sacré trafic sur la toile. Mais passer sous silence les mauvais jours serait malhonnête.
Bon, vous avez compris, hier, c’était un jour sans. Oh, rien de grave, rassurez vous, mais ça aurait pu. Pierre, notre nouveau tractoriste, s’est renversé avec le Fendt dans un coteau où pente et dévers se conjuguent dans un passage que l’on pourrait qualifier de « trialisant ». Excès de confiance dans le matériel, le meilleur de sa catégorie pourtant. Il a beau être un tractoriste expert et un homme aussi sensé que prudent, quelques tours de moteur en trop, une pierre glissante et mal placée, quelques centimètres de trop ou de pas assez, et, en, tournant, le cadre lourd au cul, il s’est renversé, pouf, comme une feuille. Pas une égratignure mais beaucoup d’émotion et d’adrénaline. Il y a des jours comme ça où l’on se félicite d’avoir la chance de pouvoir acheter (grâce aux fans du Clos des Fées, merci tous - ;) le meilleur des tracteurs, le plus sûr, le plus solide, le plus sécurisé. La cabine n’a même pas bougée, mais que se serait-il passé sur un tracteur plus ancien, juste muni d’un arceau de sécurité qui, peut être, n’aurait pas résisté ? Oui, le métier de vigneron est un métier dangereux et je ne connais pas de collègue qui n’ait, dans son village ou son appellation un parent, un collègue qui ait perdu un doigt d'un coup de sécateur ou d'un écrasement, eu un pied broyé dans une pompe à marc, ou qui soit mort, affreusement écrasé par son tracteur renversé, atrocement seul. Et ne parlons pas des asphyxies au fond des cuves, encore trop fréquentes. Rien qu’à Vingrau et dans les villages alentours, il me revient en mémoire trois, quatre accidents graves de ce genre. Brrrr...
Planter en coteaux, choisir des vignobles extrêmes, c’est aussi prendre des risques « physiques ». En buvant votre verre de vin, ce midi ou ce soir, je propose que, silencieusement, dans votre tête, vous ayez une pensé pour tous ces vignerons passionnés disparus ou diminués dans leur chair.
Bon, j’aurais aimé finir sur une pirouette, mais je trouve pas. On a fini la matinée à redresser le tracteur avec des sangles et un tractopelle, à ré-enclencher les sécurités du moteur, qui est reparti au quart de tour. On en est quitte pour une vitre brisée et un rétroviseur, mais il y a des factures comme cela qu’on a plaisir à payer, quand on pense à ce qui aurait pu arriver.
2 commentaires
Ce sont toujours des moments difficiles de la vie d'une exploitation viticole!
Je me souviens d'une vendange en Corbières en 2005, où on reçoit un appel à la propriété, un chauffeur qui sortait d'une parcelle avec une remorque pleine n'a pas vu une auto qui arrivait bien plus vite que la vitesse ne l'autorisait à cet endroit, le choc fût violent.
Le tracteur à été couché sur le côté, la remorque n'a pas bougée!
Aucun blessé, mais une très grosse frayeur pour le jeune tractoriste, et le conducteur de l'automobile!
Juste de la tôle et du verre!
Un autre tracteur pour récupérer le raisin et l'amener au conquet!
Le tractoriste à mis longtemps avant de retourner dans cette parcelle!
Bonjour Hervé, il est arrivé le même genre de souci à l'un des salariés de l'exploitation :
http://blog.chaigne.fr/post/20-un-i...
Là aussi, heureusement sans conséquence grave...
Notre métier est dangereux pour de multiples raisons, en particulier les travaux sont très variés et saisonniers. Heureusement, les matériels ont évolué, même si cela ne résout pas tout.