Thérapie (un peu brutale..) à Vienne
Remise de l’Ego à zéro... Voilà ce qui arrive au vigneron émergeant lorsqu’il voyage dans un nouveau pays où personne n’a jamais entendu de ses vins... Comme à Bad Ragadz, il y a six ans, j’ai l’impression de repartir à la case départ, voire à la case prison, sans toucher la prime du grand monopoly du vin ;-). Au milieu de marques légendaires de Bordeaux (l’Angélus, Figeac, Canon, la Mondotte, etc). Les visiteurs furent hier sans pitié. Ils passaient devant ma petite table avec un regard vide, même pas critique : pour eux, le Roussillon, au niveau des vins, cela n’existe même pas, il faut bien se l’avouer... D’ailleurs, chez les quelques cavistes visités dans la ville, en se baladant, pas un vin du Sud. Bon, la configuration du lieu, une cave incroyable et magnifique, une ancienne casemate, longue et étroite, fait que certains restent même quelques minutes devant votre table, attendant simplement que la queue pour un cru classé se résorbe, en refusant — poliment — de répondre à votre invitation à goûter votre petit grenache du sud ;-).

Bon, on va garder le moral, on a déjà connu ça et le vent a souvent tourné. On a beau se consoler en voyant que certains Espagnols ou Italiens légendaires dans leur pays et ailleurs dans le monde sont logés à la même enseigne, une chose est certaine, en Autriche, le chemin sera long et dur pour le Clos des Fées…
J’ai donc eu le temps de cogiter, hier, pendant cette après midi de dégustation « pot au noir ». Pour la première fois depuis longtemps, j’ai à peine réussi à vider une demi-bouteille; voyons là à moitié pleine, si vous le voulez bien, et disons nous que c’est toujours cela d’économisé.
Bon, à part ça, les autrichiens sont vraiment sympa. Un petit pays, 8 millions d’habitants, 3 % de chômage, une culture ancienne, une ville magnifique, et partout, le vin mis à l’honneur. Beaux verres, belles tables, belles cartes des vins, l’impression d’un pays d’esthètes se confirme le soir, lors du diner de gala qui a pour thème les vins du Sud. La table est vraiment jolie, alors, je fais une petite photo avec l’iphone à qui il manque un flash, c’est clair. Enfin, non, justement, c’est pas clair, mais je n’ai pas pu faire mieux ;-)

Bon, le nom du repas ne correspond pas vraiment au thème du repas d’ailleurs, parce que le sud, ce sera ce soir un triangle entre Lyon, Pau et Perpignan. Un melting-pot de Côte-Rôtie, de Châteauneuf, de Languedoc, de Roussillon et de Madiran. C’est vraiment le grand Sud ;-) J’ai la chance d’avoir une voisine restauratrice, parlant parfaitement français et de plus traduisant à merveille mes élucubrations, alors, la soirée rattrape la journée. Je l’interroge sur le pourquoi de l’intérêt étonnant des Autrichiens pour leur vins et leur passion pour le vin en général. Elle m’explique et me raconte que c’est la conséquence directe du scandale de 86, vous vous souvenez l’histoire terrible de l’anti-gel dans les liquoreux… Le pays a vécu alors un énorme électrochoc, tout le monde s’est mis au boulot, en direction de la qualité, au niveau du vignoble tandis que les habitants ont pris conscience de la valeur de leur patrimoine viticole et de l’importance de sa préservation, de l’importance du vin au niveau culturel et social… Je ne peux m’empêcher de penser qu’un peu d’anti-gel dans les vins doux naturels aurait peut-être changé les choses… Qui sait ;-)
Allez, on va remettre la tenue d’explorateur, prendre son sac à dos, sa machette pour ouvrir un chemin dans la jungle, les tables de la Loi du Grenache dans l’autre ;-) et on va continuer à tenter d’aller évangéliser quelques mécréants au soyeux des textures, à la subtilité du fruit frais et à la sensualité des vins du Roussillon ;-) Haut les cœurs !
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