Mon cher Michel

Merci d'intervenir sur ce modeste blog. C'est ICI pour ceux qui ne lisent pas les commentaires... Permets moi d'utiliser un billet pour te répondre, ce sera plus facile d'accès pour mes chers lecteurs.

Rassure-toi, je ne suis pas paranoïaque ;-) Je fais simplement, du mieux que je peux, des vins du Roussillon, « gorgés de soleil », comme tu le dis si bien, chose dont je suis fier. En cela, il me semble, ils sont fidèles à un terroir qui produit ce type de vin depuis au moins deux siècles. Pour faire ce type de vin, inutile, ici, contrairement à ailleurs, de forcer le trait ou d’employer des artifices.

Je ne peux, au passage, m’empêcher de rappeler que ces vins ont été longtemps bien utiles à certaines autres régions viticoles, à l'époque où il n'y avait ni la chaptalisation, ni l'osmose inverse…

Je n'ai donc pas l'intention de me mettre à faire des vins « océaniques », pas plus d'ailleurs que des « septentrionaux », pour plaire au marché, à la mode ou à la critique. Comme dit l’autre, « I am what I am ». On a les références culturelles qu'on peut, je sais. Mais c'est quand même plus fun que Kierkekaard. Encore que le Banquet, j'en ferais bien un un de ces jours ;-)

Je sais, pour te côtoyer depuis longtemps, que ce type de vin n’est pas de ceux que tu aimes ranger dans ta cave. Je sais aussi que, pourtant, tu les apprécies à leur juste valeur, que tu leurs mets des notes élogieuses quand ils sont bons. Tu fais en cela un véritable travail de critique, critique qui sait (et doit…) dépasser ses goûts et respecter ceux des autres. Je suis très reconnaissant d’avoir eu un de mes vins sélectionné par Thierry et toi ce soir là. C’était inespéré, mais cela, permets-moi de le dire, n’a rien à voir avec le débat ni ce que tu induis dans ton commentaire : un vin pas très bon aujourd’hui sera fabuleux dans 20 ans. Le mien, délicieux aujourd’hui, ne tiendra pas la distance; je serais « jaloux » des premiers crus de Bordeaux.

Cher Michel, Vouloir « comparer » un Cabernet-Sauvignon, même produit dans un millésime aux caractéristiques typiquement méditerranéennes comme 2005 à Bordeaux, et un pur Grenache, la chose ne me vient même pas à l'idée… Pas plus d'ailleurs que d'imaginer bâtir la réputation de mon travail sur la destruction de celui des autres d'ailleurs. Ce n'est pas comme cela que je fonctionne et, de toute façon, nous le savons tous les deux, ce n'est pas la bonne méthode.

Que l’on puisse un jour considérer que la petite Sibérie soit l’égal d’un de ces vins mythiques me semble d’ailleurs relever du fantasme, et, je l’avoue, j’aurais été très mal à l’aise que mon vin gagne ce soir là. Il doit encore faire ses preuves, et, fort justement subir l’épreuve du temps, la seule qui puisse dire si, en sélectionnant la petite Sibérie, vous aviez raison ou tort ;-) A vrai dire, j’aurais préféré que, comme à l’école des fans, tout le monde soit, ce soir là,  « ex-aequo » et que l’on puisse en boire, de ces meilleurs vins du millésime… Si on me l’avait demandé, moi, j’en aurais offert d’ailleurs avec plaisir… Note le pour l’année prochaine, au cas où j’aurai encore réussi mes 2006 (plus frais, ils devraient t’enchanter ;-). Et si tous ces vins avaient été là en dégustation, tout le monde aurait été heureux de payer le prix demandé pour les boire…

Ceci étant, le fait que, justement, tous les grands millésimes de Bordeaux aient été produits en climat méditerranéen, me laisse à penser que mes vins n’auront aucun problème à bien vieillir, c’est-à-dire à révéler avec temps des qualités insoupçonnées et non simplement à résister à l’entropie qui nous guette.

De même, ma chance est d’avoir derrière moi une petite expérience d’amateur de vin, « culture » qui date de 30 ans et qui m’a amené à boire, plus souvent qu’à mon tour, de vieux, voire de très vieux millésimes de vins, dont un certain nombre à majorité de Grenache ou de Grenache pur. Cela me permet alors, très sereinement, quand je pense à des Rayas 45 ou 47, à des Beaucastel 47 ou à bien d’autres, de relever le gant avec plaisir.

Rendez vous donc dans 20 ans, autour de nos bouteilles de 2005, non pas pour savoir lequel est le plus « grand », ce qui ne veut en soit rien dire, mais lequel de ces vins nous procurera le plus d’émotion, de complexité, de nuances, de sensations, bref, de plaisir. Du plaisir charnel, du vrai, du tatoué, pas du plaisir intellectuel, basé sur des concept philosophiques, moralistes ou religieux. Mais peut-être faudrait il préciser ce qu'attend chacun d'entre nous deux du vin, au fait ;-).

Tout en oubliant pas que, entre temps, 95 % des bouteilles ce ces deux vins auront été bues depuis longtemps, ce qui enlève un peu de sens et de sel à ce défi, tu l'avoueras, même, si comme moi, tu le déplores j'en suis certain, je mets de ce pas 3 bouteilles de côté (on sera vieux, mais on aura encore des amis, voire des lecteurs, je l’espère ;-) et te remercie de ce beau salon, qui, j’en suis sûr, l’année prochaine frôlera la perfection…

Amitiés, hervé

P.S. : j’ai produit cette année mon premier Cabernet-Franc. Je suis certain que tu seras curieux de le goûter, puisque tu sais d’où viennent les bois ;-). Laisse moi s’il te plait quatre ou cinq ans pour affiner ma compréhension du lieu, pour comprendre comment ce raisin veut être vinifié et surtout élevé, et, alors, je relèverai volontiers quelques défis que tu ne manqueras pas de me lancer. Nous verrons alors qui, entre la Vallée Nord de Vingrau ou d’autres « terroirs » plus prestigieux, est le lieu le plus à même de produire de grands Cabernets de garde. Et cela sans artifices chimiques ou physiques.

P.P.S. : nous devrions discuter plus souvent sur internet. Je suis certain que ca intéresserait des gens ;)

4 commentaires

#1. Emmanuel | vendredi 7 décembre 2007 - 07:54

Effectivement, ce genre de débat est très intéressant à lire car, bien souvent, les simples "dégustateurs" n'ont pas accès à ce qui se passe "de l'autre côté". On ne sait pas ce qui peut se dire entre un critique et un vigneron, et j'ai déjà beaucoup appris sur ce sujet par ce court échange. Ca permet de se rendre compte de l'aspect humain, de casser la barrière entre ceux qui font le vin, ceux qui nous en donnent un point de vue et, bien souvent, en font le prix, et nous-mêmes, qui achetons et buvons la bouteille.
Merci.

#2. mat77 | vendredi 7 décembre 2007 - 09:51

Quel bonheur de vous lire. Vos billets sont réellement passionnants.
Merci pour le temps que vous nous accordez pour nous faire partager toutes ces émotions.
Cordialement.

#3. Cab33 | lundi 10 décembre 2007 - 11:38

"Rendez vous donc dans 20 ans, autour de nos bouteilles de 2005, non pas pour savoir lequel est le plus « grand », ce qui ne veut en soit rien dire, mais lequel de ces vins nous procurera le plus d’émotion, de complexité, de nuances, de sensations, bref, de plaisir. Du plaisir charnel, du vrai, du tatoué, pas du plaisir intellectuel, basé sur des concept philosophiques, moralistes ou religieux. Mais peut-être faudrait il préciser ce qu'attend chacun d'entre nous deux du vin, au fait "

Vous mettez là le doigt, la main.... je m'arrête avant d'éveiller des esprits mal tournés, donc vous pointez dans ce billet, le grand décalage, le fossé, que dis-je la fracture qui semble de plus en plus s'instituer entre la presse spécialisé et ses classements, top 50 et autres classifications et les véritables motivations des lecteurs qui sont aussi de vrais amateurs de vins.

Pourquoi chercher à savoir qui est le plus grand, qui est le plus fort, ou qui le restera au fil des années, on dirait un bataille de cour de récréation dans une école primaire!!!!

Le vin est comme vous le soulignez, un moment d'émotion, de plaisir, de sensations ressentis au moment où on le déguste.

Moment bien souvent associé à un instant, un environnement, une compagnie particulière. Pourquoi oter le charme de ses moments déterminant qui est le plus "grand".

Et dernier point non négligeable: chacun se fait son propre goût, chacun forge son palais....

Le vin est trop affaire de personnalité pour vouloir le ranger dans un tiroir...

On peut comparer deux automobiles concues pour les mêmes catégoeires de conducteurs, mais pas deux vins issus de terroirs, de traditions, de savoir-faire différents.

#4. Dub94 | lundi 10 décembre 2007 - 19:19

Bonjour,
Oui Oui Encore !! Merci de cet échange si bien écrit en plus, ce qui ne gâche rien au plaisir.
Tiens je vais m'ouvrir un petit clos de fées ce soir car entre ce post et votre menu, je ne tiens plus.

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