Savoir perdre avec grâce...
Chers amis, comme prévu, j'ai perdu. Enfin, mon vin n'a pas gagné. Enfin, gagné, perdu, vu le niveau des vins de la « finale » et leurs différences de cépage, de climat et d'origine, c'est en soit un peu ridicule. Disons que ce jour là, un vin a donné plus d'émotion au jury que la petite Sibérie. Mais nous avions été nominné, donc, et surtout, surtout, pas un instant de regret, bien au contraire, c'était déjà inespéré pour un vin roturier, qui n'a pas deux siècles d'histoire et qui reste un vin "gorgé de soleil", ce qui n'est pas aussi « tendance » qu'on voudrait le faire croire ;-))). Comme dit Pierre Lurton, « le plus dur, pour un grand vin, ce sont les 200 premières années ». Allez, bientôt dix de passées pour le Clos des Fées ;-). Plus que 190 à tirer ;-))
Je n'ai qu'une chose à ajouter, et c'est vraiment ce que j'ai pensé toute la soirée : « un petit pas pour le Domaine du Clos des Fées, un grand pas pour les vins du Roussillon » ;-)Dans l'ensemble, je dois dire que j'ai passé une très bonne soirée, je vous rassure. A côté d'un Corse amoureux fou du vin, devant un diner qui s'est avéré l'un des pires des vingt dernières années, indigne d'une salle d'une beauté à en perdre le souffle (Le grand Hôtel, à l'Opéra), au point qu'il valait mieux le prendre au deuxième degré, c'est à dire avec humour. Il en fallait, je vous assure, parce que j'avais drôlement faim... Bon, par politesse, je ne parlerai pas ici de certains vins servis, en particulier du Latour 86. Aucun vigneron n'est à l'abri d'une erreur, moi en premier, bien sûr. Mais si je ratais ainsi un vin, franchement, Bacchus, dans ta grande magnitude, donne moi s'il te plait la lucidité pour ne pas le servir à un diner qui regroupait certains des plus grands vignerons de France. Impossible de vous dire tout ce que je pense ou tout ce que j'ai entendu ce soir là sur ce vin... Parfois, j'aimerais être un simple amateur ayant la liberté totale de parole... Bon, on va dire que c'était la faute du nuage de Tchernobyl... Latour reste pour moi un vin culte. Ne serait-ce pas ça, d'ailleurs, un vin culte ? Un soir il vous fait un numéro indigne, vous trompe, vous déçoit, vous spolie, et, pourtant, vous continuez à le considérer culte... Latour, ne t'en fait pas, je sais pardonner, je t'aime toujours ;-)
Le lendemain, journée de folie sur le Grand Tasting. Je trouve un instant pour féliciter le gagnant. Vous savez pourtant que mon vin préféré n'est pas le Bourgogne, trop déçu que j'ai été par la médiocrité de tant et tant de bouteilles aux noms qui me faisaient, dans mes jeunes années, tant et tant rêver. Mais il faut être bon joueur. Grand seigneur, Philippe Daluyn me sert un petit verre de Clos de Tart 2006 puis dépose sur mon stand, à l'heure du déjeuner, alors que je suis parti à la recherche de quelque chose à manger, une demi-bouteille de 2005, le gagnant de la veille. Divine surprise. Je ne sais pas si le Pinot Noir est le meilleur choix pour accompagner les sushis ;-), mais je sais que ce vin a illuminé une heure de ma vie et que, franchement, je ne peux que m'incliner devant tant de fruit, de grâce, de longueur, de raffinement et de précision dans la puissance. Devant un tel vin, on ne peut pas perdre, on ne peut que s'incliner avec modestie et remercier le ciel de pouvoir y tremper ses lèvres. Alors en boire deux grands verres, si vous voyez ce que je veux dire. ;-) Égayé et requinqué (c'est ça aussi, le grand vin ;-) pour tout l'après midi, j'avais le sourire au lèvre et l'envie de parler comme maître Yoda pour ma toute jeune sagesse montrer ;-). Pas à dire, le Bourgogne, quand c'est grand, c'est grand. C'est rare, mais c'est grand ;-)
Philippe Faure-Brac s'arrête peu après en coup de vent sur mon stand. Philippe fait partie de mon soi-disant « réseau », ce réseau qui fait fantasmer tant de mes voisins, qui croient encore que l'on réussit par piston et non par mérite. Philippe était dans ma classe et c'est sans doute un peu à cause ou grâce à ma passion pour le vin qu'il a choisi la voie où il a réussit si brillamment. Il était parmi le jury. Je le chambre gentiment « alors, c'est ça les amis, même pas tu m'as fait gagner... ». Il me dit que ce jour là, indiscutablement, le Clos de Tart avait une sorte de « grâce » qui, heureusement, a grandement facilité la décision d'un jury qui se voyait déjà enfermé pour de longues heures de discussions sans fin. Dans mon ventre, le Clos de Tart m'illumine encore, mais, cette fois-ci, « de l'intérieur ». Allez, Philippe, je ne t'en veux pas. Même que je comprends. Le stand est à nouveau littéralement pris d'assaut, pas le temps de vraiment discuter, dommage. Il faut faire goûter, expliquer, échanger : vive le vin !
4 commentaires
Ah, tout de même... une 1/2 bouteille, heureux fripon.
Du coup je comprends mieux pourquoi il n'y avait plus de clos de tart à goûter dès 14h. Bon, en tout cas merci pour l'accueil ! Ce fut vraiment très chouette ! Et vivement la cloche l'année prochaine ;-)
Vraiment dommage pour vous, car j'ai beaucoup apprécié votre discours.
Et dîtes vous que les lecteurs de ce blog qui vous décernent chaque jour la récompense de partager votre passion, ont pour la plupart lu ce discours.
La satisfaction est là aussi!
Je salue votre très grande sportivité de reconnaître la victoire du Clos de Tart, certains auraient accusé l'arbitre, le terrain, la météo, la presse......
Pas vous!
Bravo.
Un Latour en pleine déréliction ; une cuisine indigente ; un prix manqué de peu. Et quel vacarme ! Rarement aura-t-on autant témoigné son mépris de toute forme de discours et de proclamation : est-ce parisien ? Dommage... Suis passé à ton stand le lendemain. Sans succès.
magnitude: de Richter bien entendu! avec toute ma mansuétude.