Et si il n'en reste qu'un...
Je serai celui là...
Je me sens, bien seul, les amis, cette semaine, en Roussillon, à commencer mes vendanges sans me presser...
90 % des raisins du département sont bel et bien déjà ramassés. Dans la plaine, notre parcelle de Cabernet-Sauvignon, destinée à une cuvée spéciale de Walden, semble la dernière à afficher fièrement ses raisins magnifiques à... 20 kilomètres à la ronde. Les muscats d'Alexandrie sont les derniers à rentrer, mais il n'y en a déjà presque plus sur les vignes, alors, inutile de chercher les raisins rouge. Plus étonnant encore, des vendangeurs redescendent déjà des haut-cantons et nous demandent du travail au passage...
Bizarre, vous avez dit bizarre ? Oui, j'ai dit bizarre. Car je ne m'explique toujours pas pourquoi tour le monde n'a pas, cette année, pris son temps pour profiter à fond de cette magnifique arrière-saison. La belle pluie de mercredi, annoncée puis arrivée en temps et en heure après six mois de sécheresse, a fait à la vigne et aux raisins un bien fou. Les grappes ont étés lavées des dernières traces de souffre et de cuivre et les raisins sont désormais prêts pour la fête, dans leur robe noire et brillante. Le feuillage s'est refait en une seule nuit. La vigne a redémarré doucement son cycle naturel, interrompu par le manque d'eau, faisant lentement chuter l'acidité de ses fruits, tandis que, tout naturellement, les degrés... descendaient eux aussi. Les raisins, pas mûrs, étaient simplement ridés et confits par le manque d'eau et non par une maturation naturelle. Il fallait donc attendre. Nous vendangerons du coup des raisins magnifiques, parfaitement mûrs, aux degrés acceptables, ce qui n'est pas pour nous déplaire (parce autour de nous, on parle de 16°, 17°, voire 19°...), le tout une semaine environ en avance par rapport à l'année dernière. Couleur stupéfiante, tannins très particuliers, je commence à avoir une idée assez précise du "fil directeur" de ce millésime qui s'annonce très complexe à vinifier. J'ai d'ailleurs une assez bonne idée, désormais, de la philosophie de l'année en cave. Vous me permettrez de rester discret sur la question, j'en suis sûr. Car j'ai mes petits secrets de fabrication, de ceux que gardent pour eux les bons artisans. Sans bien sûr avoir "inventé la fermentation alcoolique", comme me le faisait gentiment remarquer un jour l'un de mes confrère, j'aime cette "patte" toute personnelle que j'essaie de donner à mes vins, année après année, mêlant au peu de chimie que je connais, à la dégustation, à l'écoute de la plante et l'instinct du millésime.
Une chose est sûre, on ne fera pas cette année des vins légers, bien au contraire. Qui s'en plaindra ? ;-)) Pardon de ne pas, chaque jour, vous faire part des victoires de la journée, du genre "j'ai rentré les syrah, oh qu'elles sont belles !" ou "on vendange, regardez ma petite vidéo". Je sais, c'est sans doute passionnant pour vous qui n'êtes pas sur le terrain, mais en pratique, les vendanges, çà ressemble plutôt chez nous à une bande de trousse-jarrets égarés dans la forêt, sales, dépenaillés, fatigués, aux regards un peu fous, qui agitent un sécateur d'un air agressif ;-) Je n'ai pas le talent pour filmer ça. Un jour, peut-être, qui sait.
P.S. : dans mes rêves, les raisins et le moût en fermentation ont remplacé les olives... Il était temps ;-))
2 commentaires
19° ??? C'est pour faire du VDN, pas du rouge ! Si je me trompe, dites-le moi svp !
Cordialement
Je commence aussi seulement à ramasser mes syrah.Il est vrai que je n'ai pas beaucoup de mérite puisqu'il ne s'agit que de rentrer 30hl pour une premiére petite cuvée qui est surtout un test.Cassagnes a bénéficié de 2 nuits de pluie en Septembre.Cela à calmé mes affres...pour quelques jours.
J'attends encore une dégustation de baies pour le carignan avant d'y aller.
Seul ? Non, mais c'est difficile d'attendre.
Bon courage.