Vinexpo ? Une bouillabaisse molle !
J'aime beaucoup Salvador Dali. J'aurais bien aimé le connaître. Enfin, c'est une manière de parler. Qu'il soit mort ne change rien à la chose. S'il ne l'était pas, il vivrait certes à moins de 100 kilomètres de chez moi mais ignorerait mon existence. Alors, pas de regrets ;-)
« La pensée de Dali, aussi loufoque que tragiquement lucide, n'a pourtant jamais été aussi actuelle », pensais-je, en cherchant vainement un sandwich dans les allées de Vinexpo, mardi vers 13 heures. Concentré sur la pensée du grand homme (enfin, ce qu'un cerveau de demi-intellectuel comme le mien peut en comprendre et en retenir ;-), je pris conscience d'une évidence qu'il aurait pu faire sienne : Vinexpo est une bouillabaisse molle ;-)
A voir tous ces stands, tous ces vignerons, toutes ces cuvées, toutes ces façons si diverses d'appréhender le vin, j'eus soudainement la vision d'un assez joli plat en terre, empli d'une soupe de poisson, au fumet délicat, où flottaient des poissons de toutes formes, de toutes tailles, aux goûts différents. Certains à mon goût, d'autres moins, vous l'aurez deviné ;-) Bon, j'avais pas mal dégusté depuis le matin, j'avais 10 km dans les jambes, j'avais faim, tout cela peut expliquer cette soudaine poussée surréaliste qui enflamma un instant mon cerveau.
A ce moment précis, au milieu des allées, l'aspect surréaliste de ce salon 2007 était évident, je vous l'assure, même s'il est, vous l'imaginez bien, difficile à retranscrire. Par exemple, comme dans un de ces romans de science-fiction où les êtres évoluent dans des univers parallèles, il m'est apparu comme une évidence que les visiteurs vivaient dans des dimensions différentes. Acheteurs de centrales, patrons d'hypermarchés; étudiants en commerce international, apprenties œnologues en jupette; importateurs de pays émergeant ou de marchés matures: vignerons égarés venus en spectateurs passifs; amateurs de vins ayant subtilisé un badge « pro »: journalistes... tout ce petit monde se croisait, en s'ignorant copieusement, tous mûs par des buts différentes. Certains regardaient avec un mépris non dissimulé les stands gigantesques des grandes marques internationales alors que d'autres ne voyaient qu'eux. Et vise versa pour les petits vignerons indépendants, invisibles aux yeux des uns, adulés par les autres. Étrange que ce monde du vin d'aujourd'hui, où l'on peut être un vigneron mondialement connu en produisant 50 000 bouteilles alors que d'autres, produisant 500 000 caisses, sont inconnus chez nous...
En vérité, ce Vinexpo, je l'ai trouvé un peu étrange. Un Vinexpo de « transition », dans un monde du vin qui bouge, évolue, s'étend par ici, se rétracte par là. De Vinexpo, je retiendrai cette année, en vrac, et dans une sorte de cabinet des curiosités que Dali aurait aimé :
- ma première dégustation de Fat Bastard et de Los Tres Bandidos, les vins de Gabriel Meffre qui font un carton aux Etats-Unis. Le marketing est parfait, certes, mais les vins sont aussi bons, simples et fruités, faciles à comprendre et à boire. Rien à dire. Justement, je voulais le dire.
-Un cours de Marketing donné par mes amis des Vignerons Catalans, qui sortent une gamme « Terroirs » qui parle de la vallée de l'Agly et cherche à montrer l'influence de la géologie sur le goût des vins. Et l'AOC en vedette sur l'étiquette, sous forme de label compréhensible – enfin – alors que plus personne ne semblait s'en soucier en France... Et merci pour le sandwich, même si j'avais pas commandé « pâté »...
- Un (petit, faut pas gâcher ;-) verre de « Garrus », le rosé « le plus cher du monde » élaboré par Sacha Lichine au château d'Esclans (72,60 euros TTC quand même...). Sacha fait du télé-achat et prend les commandes sur son site ;-))) Je vous laisse juge ce cette initiative destinée aux hyper-riches qui aiment le rosé et pensent que la vie est vraiment trop courte pour boire des vins bon marché ;-) Le marché est étroit, mais il existe. Ca manquait, Sacha l'a fait. J'adore la vidéo, le montage, la musique, l'arrivée de Michel R., détendu, sur le canapé, avec Patrick Léon, qui a l'air de s'éclater dans le rosé, en forme comme jamais... Sacré Sacha... Ah, honnêtement, mais vraiment honnêtement, j'adore le vin, super super bon. Si je venais de me commander un A 380 pour mes petits voyages, je remplirai le frigo avec ça pour mes barbecues de l'été. Pour le reste, on a pas fini d'en parler ;-). C'est moi qui commence ;-)
- un morceau de foie-gras au chocolat avec un délicieux vin argentin sur le stand de la famille Rolland au grand complet (Michel est désormais dans Wikipédia, il ne le sait sans doute même pas, mais ça, c'est la gloire ;-), tous formidablement chaleureux et accueillants, dans les nouveaux verres œnologues de Cristal d'Arques, dans la même matière que les mikasa dont j'ai oublié le nom (quaz ? Wartz ? quawz ?). Le vin, un 2003, était très bon, mais j'aurais bien aimé surtout la recette du foie-gras, qui donnait l'impression que le vin se « redressait » pour se tenir bien droit. Ca pourrait servir, moi qui fait des vins du sud ;-))
- une belle dégustations de vins de cépages chez mes amis de Dourthe, en provenance du Château de Sérame, leur propriété en Minevois/Corbières. Des vins de cépages sensationnels, à prix très doux, tous très bons, une vraie personnalité en plus. Peut-être les meilleurs rapport qualité-prix du salon, inutile donc d'aller chercher son bonheur à l'autre bout du monde, il est dans le pré, à côté de Carcassonne. Mais bon, j'ai pas tout goûté, c'est vrai.
- la montée en puissance et en qualité de l'Espagne. Venus en force cette année à Vinexpo, stands magnifiques, étiquettes somptueuses, vins ambitieux, nos amis Espagnols sont décidés à jouer dans la cours des grands. Les italiens, cette année, étaient bien discrets, où alors, je ne les ai pas vu.
- une belle soirée qui commençait pas terrible (fatigue, froid, connait personne...) et où, par miracle, j'ai croisé Marcel Guigal. Marcel se demande un peu, à chaque fois qu'il me voit, qui je suis ;-). Soyons honnête, je n'ai pas l'impression qu'il sait que je fais désormais du vin, qu'il s'appelle le Clos des Fées et que d'ailleurs, on peut, peut-être faire des grands vins en Roussillon. Mais il est toujours charmant, passionnant et passionné; c'est toujours mon idole, un de mes « pères fondateurs » alors, je m'en moque qu'il n'ai jamais bu de mon vin (et se soit si possible extasié ;-). Pendant quelques minutes, nous avons parlé de tout et de rien, comme le feraient deux vignerons. Ouahhh, c'était bien. Après, je lui ai laissé le dernier morceau de homard en gelée qui passait sur le plateau. Un, c'est normal. Deux, on est groupie ou on ne l'est pas ;-).
- une belle dégustation organisée par le tandem Bettane-Desseauve. C'est bien beau d'être cité dans leur livre « les plus grands vins du monde ». Après, il faut assurer. Au milieu d'une trentaine de vins mythiques (Dom Pérignon, Comte Lafon, Sociando-Malet, Valandraud, etc) et de vignerons légendaires (Ramonteu, Deiss, Guyffens, etc.), il faut VRAIMENT assurer. ET bien ça c'est bien passé, chers amis et j'étais très fier de mon 2005, juste mis en bouteille. Au vu des réactions, apparemment, le vin était à sa place, moi aussi, et tout « vilain petit canard au milieu des cygnes » que nous étions, lui et moi, on est sortis de là la tête haute. Non mais !
- 10 minutes de bonheur, à la suite, en remontant les allées de Vinexpo avec Michel Bettane, avec qui, par hasard, nous avions partagé la voiture d'un ami pour rentrer. J'aurais été avec Adrianna Karambeu que ça aurait fait moins d'effet sur les vignerons qui nous lorgnaient depuis les stands ;-). Merci, Monsieur Bettane, pour ce bref mais intense moment de pur bonheur. Je me suis presque senti sexy ;-).
- une horizontale des crus de la famille Perrin, absolument parfaite, où chaque terroir de la vallée du Rhône sud était mis en valeur, tout en gardant une véritable identité de vinificateur. Encore un exemple, dont on ne parle pas beaucoup et un succès mondial pour une entreprise performante animée par une famille passionnée.
- une magnifique dégustation chez la famille Brunel, dont les vins sont au Top. Ah, Châteauneuf-du-Pape, ses galets, ses vignerons... Je comprends que Bob soit fan de cette région aussi attachante par ses vins que par les gens qui y habitent. Parfois, la Provence, où j'ai passé mon enfance, me manque. La cuvée "Peur Bleue", sans souffre, m'a presque donné envie de tenter l'expérience. A goûter absolument.
aucun commentaire