De l'importance des «trains » et des « robinets » dans l'élaboration d'un vin

Exposé des faits :

Vous êtes un vigneron du Roussillon engagé dans une démarche d'excellence. Votre entreprise est récente et donc très endettée. Vous manquez cruellement de trésorerie à cause d'un manque de capitaux de départ qui aurait dû vous interdire tout développement. Attaché à votre patrimoine régional (de vieilles vignes très morcelées plantées « à l'étroit » et donc difficilement mécanisables), vous vous êtes engagé de plus dans un programme de plantation ambitieux qui vous a amené à planter en pente, de petites parcelles, à forte densité et sur échalas.

Après un hiver très sec, doux, ensoleillé, deux belles pluies ont permis un démarrage parfait de la végétation. Les vignes poussent vite, très régulièrement. Mais l'herbe aussi et le labour devient urgent. Pourtant, vous vous refusez à tout labour quand la terre est humide. Depuis quinze jours, le vent souffle de manière presque permanente. Or, comme vous le rappelle « jojo Lapin » dans un commentaire narquois, au delà de 19 km/h, impossible de traiter ;-). En fait, c'est beaucoup moins et inutile d'avoir un anémomètre sous les yeux : ici, dès que ça souffle, on ne traite pas. Point.

Sachant que vos vignes sont extrêmement morcellées; que, étonnamment, certains matins, un secteur peut-être venté alors que l'autre ne l'est pas; que vous avez à gérer quatre écartements différents de vignes; que chacune d'entre elle nécessite un matériel différent, voire une intervention manuelle à la machine à dos ou à l'atomiseur; sachant que les quatre cépages demandent un programme de traitement différent, de part leur sensibilités particuliières à une maladie ou à une autre...

Problème :

Sachant que la météo de la semaine prochaine est exécrable, que les jours fériés de Mai vous bouffent un jour de travail chaque semaine, que vous employez déjà 7 permanents et 9 saisonniers (ce qui est déjà quelque peu suicidaire, mais bon, c'est votre choix...), vous devez :

- trouver une stratégie d'intervention qui vous permette d'arriver à la vendange avec des raisins sains (planning, matériel, personnel, produits utilisés)

- faire des choix (et les justifier...) et indiquer les vignes sur lesquelles vous prendrez cette année le risque de ne pas vendanger...

- expliquer comment, au milieu de cette situation de « guerre », vous trouverez le temps, les moyens et les ressources pour mettre de plus en bouteilles l'excellent millésime 2005, poser la confusion sexuelle sur 16 ha tout en partant en dégustation à l'étranger dix jours.

- donner un moyen simple et efficace de dormir la nuit à côté d'un bébé de 7 semaines ;-)

- tenter d'expliquer, en conclusion, en quoi cette panique générale, finalement et dans l'ensemble, vous plait ;-), même si elle vous angoisse un peu, en ce moment...

6 commentaires

#1. Titx | lundi 14 mai 2007 - 10:29

Une question me taraude : mais comment trouvez-vous le temps de bloguer au milieu d'un tel emploi du temps?

#2. tchoo | lundi 14 mai 2007 - 10:42

et tenir une chronique régulière sur un blog!

#3. Iris | lundi 14 mai 2007 - 14:13

il doit y avoir encore un jeu de mots qui m'échappe (je ne vois pas où interviennent les "robinets")... pour le reste, à ma petite échelle (et donc avec moins de bras), je partage les même problèmes (le bébé aussi en moins) - et parfois, quand on piaffe dans l'écurie pendant que vent et/ou pluie se déchainent dehors, cela peut aider, de se défouler sur son blog!

Bon courage, cela devrait changer jeudi!

#4. gus | lundi 14 mai 2007 - 20:45

et vous omettez la dernière reglementation concernant le delai de réentrée dans la parcelle apres tout traitement phyto qui est de 2 jours!!!L'idéal pour celà est de mettre à profit le week-end:
vous traitez le vendredi(qu'il pleuve,qu'il vente ou qu'il neige...)et le lundi matin,tout le monde par la vigne...

#5. Hervé Bizeul | lundi 14 mai 2007 - 21:34

Cher tous, merci de vous interroger sur le moment où je blogue :-). Franchement, je trouve que je ne suis pas très productif, en ce moment et, vu le nouveau projet dans lequel nous nous lançons, ça ne vas pas s'arranger, je le crains.

Ecrire est pour moi un moment de détente, à la fin de la journée ou le dimanche soir. Les sujets auxquels j'ai pensé dans la semaine ne manquent pas et, en fait, ils sont souvent presque écrits dans ma tête lorsque je me met au clavier.

De plus, l'école hôtelière, en plus de cuisiner honorablement et d'être capable de nettoyer n'importe quoi parfaitement, m'a permis de suivre ce que l'on appelait à l'époque des "cours de dactylo". Madame Grosso, quelle soit ici publiquement remerciée, m'a alors obligé à taper sans regarder mon clavier, ce qui, sans doute, est l'une des choses qui m'est le plus utile aujourd'hui. Ah, si j'avais le temps, j'en aurais des choses à dire. Mais bon, du coup, ce blog, que je pensais éphémère, a peut-être des chances de durer ;-)

Ah, Iris, les robinet et les trains, c'est en références aux vieux problèmes de certificat d'étude des années 30, méprisés aujourd'hui, et qui consistait à calculer le temps qu'il fallait à une baignoire pour se remplir ou à calculer l'heure de croisement de deux trains partis à heures différentes de destinations opposés. Ah, la règle de trois, les proportions, deux des secrets d'une organisation efficace...;-))

#6. Jojo Lapin | mardi 15 mai 2007 - 13:27

A Gus : les 48 h c'est le maximum ! Sinon ça peut débuter à 6h pour les produits les moins toxiques pour l'utilisateur. Ils ne sont pas si à l'ouest que ça à la PV quand même... Entre nous, je ne trouve pas ça si débile ce décret sur les délais de réentrée. La profession viticole est une des plus touchée par les maladies professionnelles dues aux produits phyto, ainsi les cancers évités par ce décret ne seront pas à la charge de la société. CQFD...
PS : je n'ai aucun lien avec la PV ou quelque organisme publique que ce soit ;-).

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