Ah, si le nez de Michel Rolland...

J'ai toujours adoré cette citation de Blaise Pascal qui écrivit un jour, parait-il, que « Le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre en aurait été changée ».

C'est enfant, dans Astérix et Cléopatre (eh oui, ma brave dame, à chacun ses références culturelles ;-)), que j'ai découvert cette expression, dont je ne saisissais bien sûr pas tout le « sel », tout gamin que j'étais, ...

L'autre jour, aux primeurs, à Bordeaux, pendant que je dégustais au Bon Pasteur, en écoutant Michel Rolland, en pleine forme, élégant et souriant comme le père Bilbo de retour dans la Contrée ;-)), conter ses dernières aventures, je ne pus encore m'empêcher de penser que, d'une façon toute aussi évidente, si le nez de Michel Rolland était resté dans les Corbières, la face du monde (du vin...) aurait été bouleversée ;-). Je m'explique...

Quelques intimes et de rares initiés (dont je fais partie, na-na-nère ;-) savent en effet que le jeune Michel, l'encre de son diplôme à peine sèche, fit ses premières armes dans ce que l'on appelait à l'époque les « Corbières Supérieures du Roussillon », c'est à dire cette zone aujourd'hui partagée entre les Côtes du Roussillon Villages et Fitou.

Là, entre la cave de Padern et celle de Tuchan, sur les terroirs arides, sous le soleil brillant, le jeune Michel eut la révélation du raisin mûr (bon, je brode un peu, j'y étais pas, à l'époque, je jouais aux billes...). Que ne décida t'il pas de rester dans nos belles montagnes de calcaire... Je vous laisse alors imaginer ce que serait le monde aujourd'hui, dominé de façon écrasante par les vins du Roussillon et des Corbières, encensés par Robert Parker, qui, sans doute, aurait ici un petit Cazot dans les vignes où, avec ses amis, il ferait « griller », comme un vrai Catalan, escargots, saucisses et côtelettes ;-))

Tandis que Châteauneuf-du-Pape végèterait doucement, Vingrau, Tuchan, Tautavel et j'en passe, verraient leurs maisons refaites, leurs garages confortablement garnis de 4 X 4 rutilants, tandis que les tracteurs flambant neufs ronronneraient de bon matin dans les rues des villages. Il faudrait s'inscrire sur liste d'attente pour espérer avoir une bouteille de Maury. Cucugnan verrait son église refaite et son curé revenu ;-). Bref, la façe du monde (du vin) eut été changée.

Las, par attachement aux propriétés familiales et par amour, le jeune Michel choisi de repartir à Bordeaux, ayant appris ici les secrets de la maturité phénolique. Dès lors, il convertit Bordeaux, où, désormais, dès que la climatologie du millésime est semblable à celle du Roussillon, on parle de « millésime du siècle » et de grands vins dits « modernes ». Puis il partit évangéliser le reste du monde avec la parole d'ici, reste du monde où, bien malheureusement, on ne sait même pas où est le Roussillon ;-). Quelle injustice ;-))

Quelques années plus tard, Michel et Dany faillirent à nouveau, irrésistiblement attirés par les odeurs de garrigues, de genêts, et les raisins toujours bien mûrs à point, revenir à Maury, en rachetant le Mas Amiel. Là, encore, le destin de la région aurait pu basculer. Mais, le destin voulu qu'il en soit autrement et, une fois encore, le nez de Michel Rolland et le Roussillon ne se rencontrairent pas.

Cher Michel, Chère Dany, comme on a tous vu « Quand Harry rencontre Sally », on sait que, parfois, une histoire d'amour met longtemps à se concrétiser ;-) Je ne désespère donc pas de vous avoir un jour comme voisins ;-) Et un petit Vin Doux Naturel, ensemble, ça ne vous tenterait pas ? Allez, en attendant, amitiés ! Hervé.

2 commentaires

#1. mauss | mardi 8 mai 2007 - 17:48

J'espère que tu lui as mailé cette belle lettre d'amour ! Sur la terrasse de Fontenil, ce soir, il ouvrira un vin du sud, pensera à toi et se remettra en mémoire quelques beaux souvenirs. Il est vrai qu'actuellement il est dans une grande forme ! Et c'est un euphémisme !

#2. antistar | samedi 9 juin 2007 - 14:19

heureusement que Michel Rolland n'a pas mis son nez boisé et extrait dans le Roussillon…Et le Mas Amiel s'en porte à merveille avec Decel

Note de H.B. : Michel Rolland n'aura supervisé que deux millésimes (ou un ?) du Mas Amiel. Leur œnologue conseil est désormais Stéphane Derenoncourt

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