Dîner au château ou «merci Maman... »
« Tiens toi droit »; « Ne mets pas le coude sur la table »; « Ne fais pas de bruit en mangeant ta soupe »; « Le couteau, ce n'est pas fait pour pousser... ». J'ai beaucoup pensé à ma chère Mère, ce week-end. Trop tôt décédée pour voir son « bon à rien » de fils faire, finalement « le paysan », elle aurait été surprise de me savoir, pas plus tard que mardi soir, en smoking, au vieux château royal de Stuttgart, reçu en « grande pompe », à diner, par le Prince de Bade et le Duc de Wurttemberg réunis, accompagnés pour l'occasion du Minester President du Länder...
Oh, cela ne lui aurait bien sûr pas suffit pour regretter que j'aie choisi de mettre les mains dans la terre après les avoir mis longtemps... dans l'eau de vaisselle. En choisissant, à 15 ans, de devenir garçon de café avant de faire l'école hôtelière, je lui ai, à l'époque, porté un sacré coup au moral, pour ne pas dire brisé le cœur. Elle rêvait pour moi d'un autre avenir, genre « fait ce que tu veux dans la vie, pourvu que tu sois médecin ou notaire... » ;-). Comme bien des mères, finalement ;-). Une chose est certaine, devant la multitude de couverts soigneusement rangés de chaque côté de mon assiette et bien que légèrement « boudiné » dans un smoking trop rarement sorti de son armoire, j'ai, grâce à elle, « assuré » au niveau de la politesse et du savoir vivre ;-). Merci maman, tes efforts n'auront pas été vains ;-)
« Est ce que vous vous tiendrez comme ça, quand vous serez invité à la table du président de la République ?», nous répétait-elle souvent en grondant. Et oui, à l'époque, le fin du fin était d'imaginer ses enfants reçus à la table du général De Gaulle, un jour, pour une remise de décoration quelconque ou pour honorer une entrée à l'Académie Française ... (ça compte, le blog, pour rentrer à l'Académie ? ;-)) Ma chère mère, si tu me vois de là où tu es, tu seras, j'espère, heureuse d'apprendre qu'à défaut de la Légion d'Honneur, j'ai déjà le Mérite Agricole, et, qu'à défaut d'être reçu à l'Élysée, le Clos des Fées est déjà sur la carte des vins de Matignon. C'est déjà pas mal, enfin moi je trouve. Bon, je sais, je sais, ça ne remplacera pas un beau cabinet de généraliste ;-) Mais je suis heureux, et c'est l'essentiel...
Donc, ce préambule étant terminé, voyage éclair, vendredi, à Stuttgart pour le colloque « ArtVinum » sur les régions viticoles et leur devenir dans un courant mondial de globalisation ». Intéressant. Bon, un peu bizarre d'être le matin en short dans les vignes et le soir en smoking dans un parc majestueux, mais intéressant ;-) On y a parlé de « l'Europe des régions viticoles » et j'avoue que j'aime bien l'idée de dépasser un peu la notion de pays pour s'engager dans celle de « territoires » à taille plus humaine. On y a écouté des tyroliens, des bordelais, des badewurttinbergiens (je ne suis pas sûr qu'ils se nomment comme ça entre eux ;-) et bien d'autres clamer leur amour du terroir, de leur bonnes spécialités gastronomiques, de la beauté de leur paysages sculptés par la vigne, du confort de leurs Chalets, de leurs Châteaux ou de leurs Mas. Des échanges que nous pourrions mettre en place. De notre « identité européenne », assez floue en ce moment mais que l'on peut facilement comprendre : il suffit de faire un bon gueuleton, que chacun apporte ce qu'il y a de mieux chez lui et, de boudin en jambon, de terrine en pâté, on verra que le porc, qu'il soit blanc ou noir, français ou allemand, une fois transformé, rassemble les hommes, permet à tout le monde de se retrouver et éloigne les conflits de tout ordre. Le salut de l'Europe, c'est la bonne bouffe, le bon vin, la vue sur la mer, la campagne ou la montagne, selon la région. Si nos politiques ne l'ont pas compris, ceux du Bade-Wurttemberg l'ont fait, et ils cherchent résolument à ancrer l'image de leur belle région dans celle du « bon-vivre » et du « bien manger » sans oublier le « boire avec large soif ». Il ne leur manque que Jean-Pierre Coffe ;-)
Bon, au milieu, il y avait quelques personnages étranges, dont un journaliste prophète qui nous a annoncé l'urgence de commencer à prévoir le réchauffement climatique, inéluctable selon lui, et ce quelques soient nos efforts. Selon lui, les « grands terroirs » de pinot noir, c'est vers la Norvège qu'il faut désormais les chercher, tandis que c'est l'Angleterre qui part « outsider » pour faire « oublier » le Champagne, et ça dans moins longtemps que nous voulons bien le croire. Catastrophé ;-), je n'avais malheureusement pas le niveau en allemand pour lui expliquer que moi, j'avais déjà les cépages les plus tardifs, ceux que l'on allait selon lui planter bientôt en Bourgogne et que donc, je n'avais plus qu'à me crever les yeux dès maintenant pour ne pas voir mon malheur, ou, au pire, dès que le désert et ses vents brûlants auraient desséchés mes pauvres vignes ;-))

Bon, tout ça m'a plutôt réjoui et, le soir, après le colloque, en allant de l'hôtel au château en compagnie de Stéphane Derenoncourt (toujours aussi révolté, sincère, passionné et passionnant...), je me disais qu'en attendant le déluge, on allait sans doute boire plutôt bon, ce qui n'a pas manqué, le bon François Mauss étant responsable de la sélection des vins...
On a donc bien bu (et on a aussi été un peu déçu, parfois, mais restons polis, après tout, on était invité ;-). A chaque table, un vigneron d'Europe et un de la région du Bade-Wurttemberg, ce qui démontrait la large ouverture d'esprit des vignerons de la région et de leurs responsables politiques. On est pas près de voir ça en France.
Que vous dire sur les vins du Bade-Wurttemberg, justement ? Et bien qu'ils sont comme les autres et vont du banal au sublime et que le prix est en fonction. Que les rouges ont fait en 20 ans des progrès considérables, voire à peine croyables, qui en font aujourd'hui une alternative légitime à 90 % des Bourgognes rouges (faites-moi penser à vous raconter un jour mon année à Berlin, avant la chute du mur, dans une des plus belles caves du monde...). Que les produits sont bons mais qu'au niveau de leur cuisson, on peut encore s'améliorer.
La petite Sibérie se goûtait "impec" (Non ? Si si ;-)) (il fallait que je la place, désolé ;-)), ce qui tombait bien parce qu'il y avait plein de gens dans la salle qui m'attendait au tournant. Sans rancune les gars ;-)). J'ai fini la soirée en sirotant, à mon rythme, un solide verre de la Mondotte 98 (sublime, forcément sublime) en rigolant comme une baleine avec certains membres réputés du grand jury européen, en grande forme ce soir là (c'est off, désolé ;-).
En essayant de ne pas tomber dans les bassins (les douves ???) du parc, pendant que je rentrais, fort tard, de cette belle soirée, je décidais donc, enfin, de céder aux propositions lancinantes du Comte de Neipperg, illustre badewurttinbergien s'il en ait, et de lui échanger, quelques « Mondotte » contre quelques « petite Sibérie ». Il n'est pas encore au courant, j'espère qu'il va apprécier ;-))
P.S. : Bon, heureusement, on a pas valsé...
P.P.S. : ça n'intéresse personne, mais je regrette de n'avoir pu ramener quelques bouteilless de vins du Bade-Wurttemberg, en particulier un Ahkarrer Schlossberg Grauburgunder du Dr Heger qui m'a marqué. Désolé pour les autres, pour une fois, j'ai pas noté. Il faudra que j'y retourne, j'ai bien aimé ce petit pays là...
6 commentaires
Non, le smoking ne boudinait pas trop. Oui, le Baluburgunder de Huber (pinot noir) était mieux que bon. Oui, nos amis teutons avaient mis les petits plats dans les grands et , oh que oui, la petite Sibérie, dégustée à la table du Président, était à température parfaite et magnifiée dans son velouté impressionnant.
Je peux comprendre Mr le Comte, jamais perdant dans ses échanges. Voilà une tractation de grande élégance.
Et il faudrait parler de la prochaine Porsche d'Hervé, son choix préférentiel - et justifié - pour le Panzer 450, et son regard en coin quand il parle anglais à un allemand qui connaît plus le nom de Victor Hugo que celui de (mettre ici un poète anglais hors Shakespeare).
Oui Hervé, tu t'es très bien tenu. 8/10 !
Réponse de HB : ah, cher françois, c'était pas un bon de commande, c'était juste un prospectus, pour Porsche... :-) Et puis le Cayenne, ça consomme trop. Ceci dit, c'est vrai que la mercedes 450 avec les sièges massants à l'arrière, c'était pas désagréable :-) Mais bien loin de mes moyens. Pour l'instant, je "dépense de l'argent" comme un grand cru, mais je ne "gagne pas de l'argent" comme un grand cru, nuance ;-) Qui sait pourtant ce que l'avenir nous réserve ? ;-) En tout cas, ca m'a bien dépaysé...
Vos belles manières feront sans doute que vous serez réinvités, ce qui nous donnera l'occasion à nous lecteurs de voyager à moindre frais. Pour ce qui est de vos idées de menu pour rassembler les peuples, pensez tout de même à une alternative au porc car nos amis musulmans pourraient du coup rester sur leur faim. Et franchement ce serait dommage que tout le monde ne puisse pas profiter du banquet. On peut éviter le porc et boire quand même du vin !
Merci pour cette amusante excursion dans le Duchesseland !
P.S: le Duc si j'ai bon souvenir a une stature tout à fait remarquable mais je pense qu'il a un smoking à sa taille ! Pensez-y, c'est moins onéreux qu'une berline ! Sans smoking on ne pas assister à certains dîners par contre on peut toujours emprunter un taxi !
Je suis un lecteur assidu de votre blog et j'ai apprécié votre récit, le rêve absolu pour le jeune étudiant que je suis... "et on verra bien que le porc..." elle était préparée celle là? Magnifique ;-)
Je vous rassure Isabelle : il y avait aussi du boeuf de Hohenlohe (une AOC) et un agneau local de très belle tenue !
Les mères sont toutes pareilles avec tous ces enfants sauvages. ;-)
Ceci dit, comme les musulmans boivent pas de vin, s'il n'y a que du cochon, c'est pas tres grave ;-))