Labour dans les fleurs

Enfin un moment pour remonter sur le viti-plus. il était temps...

Dimanche dernier, en passant récolter le romarin en fleur du lapin de lundi ;-), je croise au même endroit, presque exactement, deux marcheurs qui ramassent des (mes ;-) asperges et observent les oiseaux.

Ils me félicitent sur ma culture «bio»... Désolé, chers amis, même si je n'en suis pas loin, je ne suis pas bio, et sans doute ne le serai-je jamais « officiellement ». Et ne comptez pas sur moi pour faire semblant. Ils semblent étonnés. Ils connaissent mes vignes (elles sont carrément reconnaissables en ce moment ;-) et les trouvent pourtant très bio au niveau du look ;-). Je leur explique mon problème de murets et de fossés, plus de 10 km tout cumulé, et mon obligation d'utiliser encore quelques litres de désherbant chaque année, faute de solution concrète sur quelques vignes où aucun tracteur ne passe. Et donc l'impossibilité totale pour moi d'espérer avoir un quelconque « label » dont je comprends d'ailleurs mal les règles, règles qui changent de pays en pays et ne prennent de toute façon pas en compte le travail dans la cave et autres pratiques œnologiques.

Ils semblent mal comprendre. Je leur explique que nous sommes déjà 8 à travailler dans la vigne pour 25 ha en production, que je me demande déjà comment ça tient le coup au niveau économique mais qu'aller plus loin, c'est faire faillite, tout simplement. Que je veux bien entretenir murets et fossés mais ne peut le faire à la débroussailleuse et à la pioche. Je leur explique aussi que c'est une des raisons – en plus des rendements ridicules liés à la politique de sauvegarde des vieilles vignes – et de la qualité qui, je le crois, est vraiment là, pour laquelle je demande un certain prix pour mes vins. Tout d'un coup, à l'évocation de prix élevés, leur envie de m'acheter du vin semble un peu s'atténuer...

Nous sommes au cœur de la contradiction de ces amoureux de la nature : ils sont d'accord pour que j'entretienne des micro-parcelles de 5 ou 6 ares, les coteaux, les murets, les fossés, les fleurs, les arbres et que je permette ainsi la réintroduction de certaines espèces animales qu'ils viendront photographier pendant leurs RTT. Mais ils semblent moyennement d'accord pour participer au projet en payant quelques euros de plus pour une bouteille de vin. On se quitte quand même amis. J'ai appris des trucs sur les rapaces et sur une variété de corbeau « crieur » qui habite d'après eux la falaise que vous voyez en face. Désolé, j'ai oublié le nom. J'espère qu'Alain Bougrain-Dubourg me pardonnera. (Alain, si tu me lis ;-)).

Bon, les fleurs, c'est sympa, mais on est pas loin d'être débordé. Les plantations, la reprise en main de la nouvelle parcelle de Lesquerde, les palissages, les assemblages, les labels, les mises en bouteilles, les bilans, il ne reste pas beaucoup de temps pour labourer ni pour écrire ce blog. Enfin, deux jours et demi à labourer avant la pluie, ce n'était quand même pas mal. Sauf... que deux jours de pluies, certes nécessaires et attendues avec impatience, vont nous obliger à tout recommencer... Les herbes les plus tenaces, en particulier le Ray-gras vont se ré-enraciner à la vitesse grand V, la tramontane et le soleil n'ayant pas eu le temps de les dessécher. Bon, on ne peut pas tout avoir et il faut ce dire que le temps que nous venons d'économiser de fait sur l'arrosage des plantations, nous pourrons je l'espère le déplacer vers le labour.

Ce qu'il y a de formidable et en même temps d'épuisant dans ce métier, c'est le changement permanent de stratégie et de planning. On croit, le lundi, avoir le planning de la semaine bien ficelé et le mardi, il faut tout rechanger. Parfois, je me dis que ce ne sont pas des cours de physiologie de la vigne qui me manquent, mais des cours de stratégie militaire ;-)).

MAJ : juste après avoir écrit ce billet, je trouve dans ma boîte aux lettres un petit mot accompagné d'une brochure sur « l'Avifaune des Corbières Orientales et des Fenouillèdes » Ce sont mes deux amoureux des oiseaux qui sont repassés par là et ont pensé à moi. Merci, « Yves », j'ai apprécié. Et à la prochaine. Au fait, le corbeau, je crois que c'est le Crave à bec rouge...

un commentaire

#1. Baraou | mardi 17 avril 2007 - 19:00

Quelques euros de plus pour sauver l'homme, pour sauver la planète, pour sauver les artistes !

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