Il faut sauver la planète...

Bon, bien sûr, ça, vous le saviez ;-). Donc, il est inutile que je vous en parle. Non, la « Planète » dont je vous parle, c'est une vigne, un lieu-dit qui s'appelle comme ça.

Nous venons d'y acheter deux hectares et le travail de remise en forme commence. Bon, je sais, je vous avais annoncé que je n'achèterais plus de vignes ;-)). Mais celle là, c'est spécial...(comme d'habitude... chantonne ma femme!).

Cette année, cela fera 10 ans que je suis installé dans le Roussillon (eh oui, comme le temps passe..). En 1997, lors de mon premier vrai et long séjour, j'ai passé un bon mois à me balader, sur les routes goudronnées d'abord, sur les chemins de terre ensuite, sur les chemins de randonnées enfin. J'ai sillonné, je crois, toute la vallée de l'Agly ou pas loin, en long et en large, m'imprégnant peu à peu de la formidable diversité géologique des villages pourtant distants de seulement quelques kilomètres. J'ai foulé les schistes de Maury, je suis tombé amoureux (avec les conséquences que l'on connait ;-) des falaises de calcaire bleu du cirque de Vingrau, j'ai sali mes bottes dans les terres noire de Cases de Pène et puis, un jour, au détour d'une vallée perdue, j'ai été fasciné par les étonnantes arènes granitiques de Lesquerde.

Un terroir vraiment incroyable que celui de ces sables décomposés, brillants et glissants comme du verre, de couleur rose à brun-rouille, qui semblent presque stériles et qui proviennent de la décomposition d'anciens massifs granitiques. Au détour des parcelles, quelques gros amas de rochers rappellent... la Bretagne. Dans le sous sol, d'immenses et souterraines mines de Feldspath, exploitées sur plus de 10 niveaux dans d'immenses grottes tenues par des piliers monumentaux... Impossible des les imaginer alors même que l'on passe à côté.

A 600 mètres d'altitude, je repérai vite un grand coteau de plusieurs hectares, orienté plein sud. En en parlant quelques jours plus tard à mon ami Bruno, franchement amusé et quelque peu moqueur de mon projet de faire des grands vins dans le Roussillon, j'évoquai ce coteau fascinant qui me rappelait le haut des plus grands coteaux de l'Hermitage.

– « Tu étais vers les Bordes Vieilles, c'est ça ? » s'exclama t-il tout d'un coup d'un air attentif.

– « Oui, je crois. J'ai passé à bon moment au bord d'une carrière abandonnée, remplie d'eau, en me promettant d'aller m'y baigner un jour » lui répondis-je.

– « Et c'est une sorte de grande langue de terre, le plus grand des coteaux, plein sud, séparé en plusieurs parcelles en courbes de niveau ? C'est ça ? Avec de la Syrah dessus » me demanda t'il ?

– « Oui, exactement. »

- « Ah, Ah ! A coup sûr, c'est de la « Planète » dont tu me parles. Et j'y ai des vignes » me répondit-il en souriant... »

Bruno et son épouse sont vraiment devenus des amis. L'aventure du Clos des Fées a suivi son cours et souvent, au fil des ans, en allant déjeuner chez eux ou en les recevant chez nous, nous parlions en riant de ce terroir que je pensais exceptionnel, sachant que jamais je n'aurais de vignes là haut, Bruno m'ayant assuré qu'il ne souhaitait pas vendre. Et comme pour moi, c'était sa parcelle ou rien, (c'est la plus belle, la mieux exposée, au milieu exact du coteau, sur une veine de granit ou abondent et brillent des paillettes de quartz et de mica...), je me fis rapidement une raison : je ne vinifierai jamais de vin sur granit.

Comme disait ma grand-mère (et la vôtre, j'en suis sûr ;-), « il ne faut jamais dire, Fontaine, je ne boirai jamais de ton eau...» Et donc, quand, l'année dernière, il m'annonça qu'il avait décidé de... vendre et qu'il m'en parlait en premier, mon cœur marqua une seconde d'arrêt...

Bon, je vous avoue que j'ai quand même réfléchi. C'est à 30 ou 35 kilomètres de la cave et il faut plus de 40 minutes en roulant bien pour y arriver en voiture. Soit rès d'une heure et demie en tracteur... C'est difficile à mécaniser. Il faut refaire tout le palissage. Je ne sais même pas comment nous allons pouvoir nous occuper de ce nouvel OVNI. Mais, et vous le comprenez, il m'était vraiment difficile de dire non. La Planète sera donc la 124 ème parcelle de vigne de la propriété, éclatée dans toutes les directions autour de Vingrau. Ce n'est pas raisonnable, je sais. Mais la « vigne de votre vie », c'est comme la « femme de votre vie » : lorsqu'elle vous trouve, alors, il ne faut pas hésiter et plonger, plonger, sans se poser de questions, même pas celle de savoir où l'on va trouver l'air pour respirer ;-))

Donc... Donc, je continuerai demain mon incursion dans le monde fascinant (et glissant) du granit décomposé, parce que il faut vraiment que j'y aille... Bonne journée à tous, les amis...

3 commentaires

#1. cyra | mercredi 7 mars 2007 - 16:06

j'ai bu une cuvée planète de séguéla. elle est issue de ce terroir ?

#2. Franck PASCAL | mercredi 14 mars 2007 - 14:12

Hervé,

quand je te lis, j'ai le sentiment qu'on vit la même chose: l'amour de la vigne et du vin...
Tes récits, quand tu parles de vigne sont de purs poèmes provenant du fond du coeur.
Je me sens moins seul sur mon nuage quand je te lis :-)
Aucun doute, tu y feras un très grand vin! Bon, je lis la suite et je me remets au travail.
Bon courage toi!
A+
Franck

#3. Michel | dimanche 18 mars 2007 - 21:59

Pour se préoccuper de la planète (celle de votre choix) et aussi de l'économie (pas seulement celle de la vigne) voici un petit article qui me fait réfléchir, sur la fin progressive du pétrole
travail-chomage.site.voil...

Bon, qu'allons nous faire s'il faut réduire de moitié ou plus notre consommation d'énergie d'ici 20 ans ?

Ajouter un commentaire


Merci de bien relire vos commentaires avant tout envoi. Une formulation claire et grammaticalement correcte sera appréciée.

Les commentaires sont légèrement modérés. Merci d'éviter le hors-sujet, tout commentaire inapproprié sera supprimé.

Les commentaires ne reflètent pas nécessairement la pensée ou le point de vue de l'auteur du site. Si vous décidez de commenter des articles de ce site, vous acceptez d'assumer l'entière responsabilité de vos écrits.

Soyez libre d'exprimer votre pensée, mais toujours dans le respect des autres.

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.