Le beau temps...
Lundi 19 février 2007, grosse journée de travail au Clos des Fées.
Toute l'équipe est réunie à la Cresse, une des parcelles « historiques » du domaine, achetée sur un coup de folie un beau mois de mai 1998. L'état ? Abandonnée ou moribonde, je vous laisse le choix de l'adjectif ;-). Pour vous dire à quel point, sachez que le premier banquier consulté, avait, à l'époque, refusé de me prêter le moindre sou pour l'acheter, malgré le prix, ridicule. Devant mon « business plan » pourtant assez pragmatique, il m'avait même annoncé, d'un air goguenard, ma faillite certaine si je me lançais dans la grande aventure de la cave particulière, le Roussillon n'ayant pas, à son avis de « vieux routard de l'agriculture », « vocation à produire des vins chers » ;-). Pour le business, on peut dire qu'il avait du nez, le brave homme ;-). Pour le terroir, on peut dire qu'il avait l'œil car des bons vins, on peut dire qu'on a aura sorti de cette satanée parcelle...
« Qui l'a vu et qui la voit » est une des expressions typiquement vingraunaise que je préfère. Elle signifie, vous l'avez compris, que la vigne est, comme on dit aussi ici, un « bon malade », qui, quelque soit son état, accepte volontiers de retrouver la santé pourvu que l'on s'occupe bien d'elle. Qui a vu cette parcelle au mois de Mai 1998 et la voit aujourd'hui a de quoi, je le pense en toute modestie, se pincer très fort pour croire qu'il ne rêve pas. Je me souviens très précisément (je n'avais malheureusement à l'époque ni APN, ni caméscope), de l'état de délabrement généralisé de ces magnifiques coteaux. Pendant tout l'été, n'ayant pas un sou pour faire venir des gros engins de débroussaillage, nous avons dégagé peu à peu chaque rang de vigne des herbes hautes et des... petits arbres qui l'encombraient. A la pioche, à la débroussailleuse, au motoculteur, Yves, Lionel, José et moi avons peu à peu redonné vie à ces vallons. Puis, au cours des ans, nous avons refait les chemins, arraché une partie des vignes, remodelé quelques terrasses au bulldozer, replanté deux hectares et demi de syrah et de mourvèdre, tous sur échalas individuels, soit au bas mot 15 000 piquets d'un mètre quatre vingt de haut, plantés à la barre à mine et au marteau. Un travail de fou... Mais quel résultat aujourd'hui !
Le travail n'est pas fini, ne le sera jamais, sans doute. Mais aujourd'hui, tout le monde est sur le pied de guerre. Miétec débrouissaille les abords, histoire de confiner les herbes folles dans leur territoire et de nettoyer les fossés d'écoulement des eaux. Yves (toujours là!) nettoie le tour des pieds à la piquette, enlevant les jeunes ronces qui adorent s'entortiller autour des souches : la terre est ramollie par la pluie et les jeunes ronciers s'enlèvent sans peine, avant qu'ils ne soient trop vigoureux. Ce sont des heures et des heures de travail que l'on gagne ainsi, en faisant le travail en temps et en heure. Tiens, il faudra que j'en reparle. Édouard change les échalas cassés, approvisionné par Corinne. Serge, Fabien et Bruno taillent les plantiers, encore minuscules à cause de plusieurs années de sécheresses successives, mais désormais solidement enracinés. Tout le monde a le cœur à l'ouvrage. Je suis fier d'eux, de leur bon esprit, de leur courage et de cette peine, qu'ils ne ménagent pas, tous fiers, je l'espère, de travailler dans les règles de l'art. Je devrais sans doute le leur dire plus souvent...
Je ne resterai malheureusement que peu de temps avec eux, une montagne de papiers m'attend au bureau, plus des échantillons à faire, la cave à ranger pour une visite de groupe demain, j'en passe et des meilleures. Dommage, je serais bien resté, le Canigou majestueux, enfin couronné de neige, étant bien plus agréable à regarder que mon écran d'ordinateur... Une autre fois, j'espère.

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