Voyage à Londres

Séjour express à Londres à l'invitation d'un de nos fidèles clients. Au Restaurant St John, on sert du Clos du Fées depuis les débuts (du domaine, pas du restaurant...). On y est fidèle, ainsi qu'à quelques autres producteurs à forte personnalité (eux et leur vins, cela va presque toujours de pair ;-)), dont quelques amis que je retrouve là- bas non sans plaisir. Autour de la table, les discussions se font vite techniques et je ne vous apprendrai rien en vous révélant que quand un vigneron rencontre un autre vigneron, ils se racontent bien entendu des histoires de vignerons ;-). On y discute donc millésimes, matériel, savoir-faire, pratiques culturales et état du marché. J'y sympathise avec un vigneron du Beaujolais simple et droit, comme son vin, tout simplement délicieux, un de ces vrai Beaujolais sur calcaire, finement tannique et pourtant si gracieux qu'il vous fait instantanément comprendre l'expression « boire sans soif ». J'y rencontre aussi un jeune vigneron du haut-var que, je suis, certain, je reverrai un jour. Il y a de ces amitiés si évidentes qu'elles n'ont pas besoin de beaucoup de temps ni de mots pour naître et perdurer...

« Ah, cher ami, si ca continue comme ça, on ne pourra plus être dans ses vignes tant il faut désormais voyager, déguster, représenter, communiquer et se rappeller au souvenir de nos clients du monde entier », voilà qui semble être le sentiment général de tous les vignerons présents. Bon, on est aussi bien content d'être là, ce qui nous sort un peu de notre isolement et de notre vie de solitude rurale, avouons-le. Certains et certaines ne semblent d'ailleurs pas prêts d'être couchés, le vigneron étant par définition un bon vivant ;-))

Couché tôt en revanche pour l'ami Bizeul, en terre inconnue puisque c'est son premier voyage à Londres. Ryanair, c'est pas cher, certes, mais c'est drôlement crevant : voiture jusqu'à Carcassonne, aéroport de départ qui semble destiné aux ULM tant il va à l'essentiel, avion inconfortable, hôtesses surexcitées à la limite de la politesse, aéroport d'arrivée interminable, train de banlieue d'un autre temps, périple à pied interminable dans le froid glacial et l'humidité en trainant ma valise pleine d'échantillons derrière moi, hôtel propre mais vraiment très simple, j'ai l'impression que faire Perpignan-Londres relève du jeu de piste ou de la télé-réalité et j'ai (malheureusement) passé l'âge du Londres by-night...

Levé tôt le lendemain pour découvrir Londres... sous la neige. C'est beau, sans nul doute, mais c'est aussi la pagaille et ça ne vas pas arranger ma journée. Taxi long à trouver, chauffeur se croyant dans un film policier ou, au choix, rallyman frustré, l'arrivée au bureau de mon importateur local est assez «rock'n roll ». Les vitres embuées du Taxi ne me laissent voir que des détails sans intérêts, et je ne garderai de cette première visite que des visions tronquées d'architectures de ras de trottoir et des facades de Starbucks coffee, la chaîne américaine semblant avoir colonisé les rues de la ville à une vitesse incroyable.

Début de la dégustation au cœur de Mayfair, dans les bureaux hyper cosi de Marc Fines Wines. Bonne ambiance, dégustation réussie et là encore, des surprises. Avec des verres finalement assez bon marché (des ouvertures de Riedel), mais de grande qualité et parfaitement adaptés aux vins ce matin là, toutes les cuvées et tous les millésimes se présentent alors avec des nez extraordinaires de fruits mûrs, intenses, complexes, joyeux et évolutifs, au point que toute la pièce se met à sentir bon (elle est pas grande, je vous rassure; vue le prix des loyers à Londres, rien n'est grand ;-)). Ca donne le sourire à tout le monde et nous sommes donc de bonne humeur pour aller manger japonais, au rez de chaussée, dans un extraordinaire restaurant, Umu, où le raffinement et le bon goût vous transportent et vous saisissent. On finit les bouteilles tranquillement, le grenache blanc s'avère parfait avec les sushis (j'adoooore les sushis, je reviendrais pour un tête à tête avec le chef, exceptionnel de concentration et de recherche, à coup de sushis deux par deux, au bar, je promets...), le Vieilles Vignes se révèle totalement, à la limite de l'impudeur, dans de larges verres Riedel Bourgogne, sur un bœuf grillé d'anthologie. Une petite et passionnante dégustation de saké plus tard et j'oublie les affres du voyage... La vie à Londres n'est pas si dure qu'on le dit, enfin pas pour tout le monde ;-))

Timing chargé. On a une demi-heure pour filer à Jermyn Street, dans une boutique hallucinante et hors du temps, au nom improbable, qui vend des accessoires de douches et un parfum extraordinaire, MON parfum, si vous voulez tout savoir, qui ne se vend que dans cette boutique, à Londres, et presque nulle part ailleurs dans le monde. Ne me demandez pas pourquoi celui là et pas un autre, c'est comme ça et puis c'est tout. Le snobisme n'a rien à voir dans cette histoire et croyez bien que je préférais en trouver plus facilement, ca m'éviterait d'en manquer souvent. Ne me demandez pas d'avantage de vous dire comment je l'ai trouvé, je risquerai de trouver que vous devenez bien curieux ;-)) Cela est du ressort de l'intime et c'est de toute façon de l'histoire ancienne. Ce n°88 sent des choses qui me font voyager et réagit très bien sur ma peau, si vous voulez tout savoir. Et bien Bizeul, c'est la Saint-Valentin, on fait dans le sensuel, dit donc, ce matin ;-))

On file dans un club privé (un truc à l'anglaise, comme dans les romans de Wohehouse, pas une discothèque ;-) où j'ai rendez-vous avec des sommeliers. Enfin, beaucoup sont invités, mais viendront-t'ils ? Les sommeliers de Londres sont parmi les plus gâtés du monde. Les vignerons de toute la planète vin viennent en groupe ou en solo pour leurs faire découvrir leurs productions. Ils sont si sollicités qu'à leur place, on serait nous aussi, qui sait, un peu blasés et certainement aussi difficiles. On me raconte, en ouvrant les bouteilles, qu'un directeur d'une des plus fameuses maison de champagne s'est déplacé avant Noël avec des bouteilles uniques et qu'il a eu... deux personnes. Ca me rassure, c'est sûr... Ouf, 15 mn après l'heure prévue, la salle est pleine et on manque même de chaises. L'après midi se passe bien, à part pour les oreilles de mes hôtes, biens sûr, régulièrement écorchées par mon anglais digne d'un mauvais élève de troisième. Mais les vins sont bons et la passion passe, même en franglais. Certains ont aimé. D'autres semblent même avoir eu un de ces fameux coup de foudre pour les vins. Je suis épuisé mais heureux et sutout soulagé ;-)

Bon, je vous la finis courte, parce que j'avais pas prévu de passer autant de temps à écrire ce matin. Il me reste une heure et demie avant le souper pour me balader dans Mayfair. Les magasins, somptueux, sont tous fermés. Pas bien grave, vu les enseignes, je n'avais de toute façon pas les moyens. L'urgence, c'est d'absolument trouver un sucre d'orge pour mon fils qui m'a passé une « commande » bien précise. Je cours un peu, trouve enfin ce qu'il me faut, traîne dans le froid et la boue autour de Picadilly, bruyante et animée. Je rentre en passant devant le Ritz, admire Berkeley Square. Le temps de rêver devant la concession Bentley ou une Continental GT Cabriolet noire affiche fièrement sa plaque d'immatriculation qui dit qu'elle est vendue et n'attend plus que son propriétaire vienne la chercher (décidement, cette voiture me poursuit, je vais la mettre sur ma giftlift ;-)), il est temps d'aller dîner. Rapide, chaleureux, on parle vin, vignerons, bouteilles, cuisine, difficultés et avantages de la vie à Londres. On se quitte avec regrets, chacun enviant certains côtés de la vie des autres. Rien n'est simple.

La nuit, le retour, tout cela n'a pas grand intérêt. Ah, je vous ai fait deux photos, j'ai failli oublier. Une de la tête de cochon grillée. Elle était pas au menu, mais comme personne ne semblait l'apprécier, on l'a dépioté tranquillement, au dessert, à plusieur, sans chipoter. Une vrai nourriture d'homme des champs ...

et une autre, rigolote, pour les amateurs d'espionnage qui ont suivi l'actualité et savent ce qu'est le polonium, du premier restaurant irradié du monde. La façade est une parfaite illustration de l'inimitable humour britannique, is'nt ?

un commentaire

#1. Travel | dimanche 25 février 2007 - 10:51

la tête de cochon est sympathique :-)
billet intéressant !

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