Blitzkrieg sur le bio...

Rapide saut à Narbonne, 70 km à peine de Vingrau, pour un passage éclair au salon du vin bio.

J'aime bien ce salon, il n'est pas trop grand et il y a de bons producteurs dont quelques uns sont des amis. Bon, pour y rentrer, on dirait Fort Knox, on se demande pourquoi, mais une fois à l'intérieur, c'est assez sympa. C'est genre ambiance "gymnase", avec la même table pour tout le monde, déco minimale et grandes bouteilles avec des entonnoirs crachoir au coin des tables.

L'ambiance ? Pas terrible, et surtout pas très gaie. J'ai la faiblesse de toujours continuer à penser que les vignerons bio devraient avoir quelque chose de plus, une sorte d'éclat, de joie de vivre, de supplément d'humanité que leur apporterait leur vie plus respectueuse de l'environnement. Las... Je vérifie une nouvelle fois que ce n'est pas le cas... Pas mal de vignerons sont avachis derrière leur table, et prennent un air désespéré ou blasé qui ne donne pas vraiment envie de goûter leur vin. A noter un peu plus de femmes que d'habitude dans ce genre de salon professionnel : les femmes de vignerons bio semblent très présentes sur les exploitations et sont souvent plus souriantes que leurs maris. Ca compense ;-)

Bon, ce qu'il y a de bien, à Narbonne, c'est la grande table en bout de salon où chaque vigneron met un de ces vins (j'imagine celui qu'il pense être le meilleur ?) en libre service. Ca ressemble à ça :

En une demi-heure, je goûte un peu plus d'une cinquantaine de vin, un peu au hasard, sans vraiment lire les étiquettes. Injuste ? Sans doute. Mais très instructif... Peu de vins sortent de l'ordinaire, peu, avouons le aussi, ont des défauts; la plupart sont simplement sans grande personnalité. Je note les n° de cinq stands qui correspondent à cinq vins que j'ai bien aimés. Puis, comme l'année dernière, je me mets en route pour rencontrer leurs "papa-vigneron" dont je n'ai jamais entendu parler.

Au passage, entre les allées, je vois pas mal de vignerons du Roussillon, ici bien représentés, et je serre pas mal de mains. En deux heures, je goûterai une centaine de vins. Ca va vite, c'est intéressant, je passe sans doute à côté de pas mal de découvertes mais je laisse le hasard me guider.

Allez, mes découvertes du jour, parce que je vous aime bien et au cas où vous n'ayez pas eu le temps de passer au salon. Se goûtaient très bien ce jour là les vins suivants, vins que j'acheterai, c'est vous dire :

-Leyris Mazière, un petit domaine du Gard, avec des vins rustiques (c'est un compliment), denses, colorés, concentrés, à boire avec un bon civet et des pommes de terre vapeur (écrasées dans la sauce, bien sûr ;-). Excellent et très typique vin de table à base d'Alicante, très naturel dans la puissance (gilles.leyris@libertysurf.fr)

- Mas des Clots, un ami, un excellent vigneron de Salses qui a réussit un super rosé 2006, mis en bouteilles au printemps et qui va sans doute accompagner mon été. 4,5 euros, et en plus dans une bien jolie bouteille : celui qui boira de mauvais rosés cet été n'aura pas d'excuses...

- Domaine de la Garrelière, une gamme intelligente de vins de Touraine, des vins qui ne se la pète pas, de soif, de fruit, de plaisir, à base de raisins mûrs vinifié avec humilité. En rouge, le Gamay "sans tralala" (rigolo, non ?) est à commander en quantité, tellement on a envie d'en boire. En blanc, la cuvée Cendrillon est un Sauvignon/Chardonnay frais, pur, gras. Jolies bouteilles, belles et originales étiquettes, petits prix, un vigneron à noter dans son carnet (http://www.garreliere.com/)

- Un vrai grand vin que je n'avais pas goûté depuis lontemps, le domaine Richeaume. Deux cuvées remarquables, à forte dominante Cabernet-Sauvignon, concentrées mais sans excès, complexes, tannins importants mais parfaitement arrondis par l'élevage, grande longueur, puissance et richesse pour un vin qui me réconcilie avec les côtes de Provence. Au dessus du lot de tout ce que j'ai goûté aujourd'hui.

On retiendra aussi les bons vins de la Canorgue, dont je pensais trouver le propriétaire souriant suite à la pub du film actuellement sur les écrans et tourné chez lui. Raté, il était d'une humeur de dogue, n'avait pas le temps de faire goûter un vigneron ni de lui parler. Ou...n'avait pas envie de ME faire goûter et de ME parler! Bref, je me suis fait jeter comme ça ne m'était pas arrivé depuis l'école hôtelière, mais je maintiens, les vins sont très bons...

Bon, une bonne journée, nonobstant le déjeuner, bio mais pas bon. A noter la valse des étiquettes qui, définitivement, ne sont plus des points de repère : des espagnols ont des habillages qui évoquent le Rhône, le Languedoc met en bouteille bourguignonne, le Roussillon imite l'Italie, le Bordeaux se prend pour un vin australien, j'en passe et des meileures, vous avez compris. il n'y a plus guère que l'Alsace qui, grace à sa bouteille, évoque encore sa région. Je me demande bien comment le consommateur va s'y retrouver...

5 commentaires

#1. Pierre à Fusil | vendredi 19 janvier 2007 - 18:49

Le pire c'est que c'est pas sûr que la flûte dure encore longtemps en Alsace !!!

Cdlt

#2. Régis | dimanche 21 janvier 2007 - 21:21

En effet, la joie de vivre est la raison d'être de notre métier, s'il doit en rester une seule.
Je viens de faire ma tournée rituelle mi-janvier en Rhône-Alpes, et je ne sais pas si c'est un hasard, mais la manière dont elle s'est construite au fil des années autour de mes amis et clients fait que je ne me suis pas ennuyé une seconde, et que les soirées n'ont pas été tristes...
A méditer, dans la charte du figneron, rajouter "convivialité" en titre, centré et en caractères gras ?
A méditer, dans l'organisation de nos manifestations de promotion ?
Quelques soirées vigneronnes en Belgique et en Irlande me restent gravées en mémoire comme des modèles du genre, un savoir faire à transposer chez nous ?

#3. David Lefebvre | mardi 23 janvier 2007 - 10:27

le bio : un aliment santé

Protéger la vigne de l’oxydation plutôt que le vin

Les stress oxydatifs sont bien connus en santé humaine, mais ils sont inconnus sur des milieux biologiques comme la vigne. Pourtant, leurs effets à la vigne sont importants. En conséquence, il faut protéger le vin contre l’oxydation.

Du SO2 - métabisulfite sur la vigne ? Certains se sont déjà posé la question et l’ont même déjà pratiqué en Australie ? Apparemment la pratique ne s’est pas propagée. On peut néanmoins se poser la question : Une vigne mieux protégée des stress oxydatifs ne donnera-t-elle pas un vin naturellement plus résistant à l’oxydation ? Car le jus vient de la sève. Son état d’oxydoréduction n’est-il pas fonction de celui de la sève ? La question est d’actualité au vu des déséquilibres croissants d’oxydation du vin, particulièrement ce millésime, cela nécessitant l’adjonction de SO2. Des œnologues comme Marc Hagen constatent depuis trente ans une propension du vin à évoluer plus facilement vers l’oxydation. N’y aurait-il pas une raison environnementale à cela ?
A toutes ces questions, les uns tentent d’y répondre empiriquement et les autres de manière plus scientifique et chimique. Dans les vignobles se dessine une timide tendance à élaborer des vins sans SO2. Ces vignerons sélectionnent des cuvées issues de certaines parcelles. Les critères sont la santé de la vigne et la qualité sanitaire des raisins. Intuitivement, ils estiment qu’une vigne qui se défend naturellement contre les maladies donne des raisins naturellement résistants à l’oxydation. Aussi est-il étonnant de constater que ces vins « naturels », une fois débouchés, n’évoluent pas vers l’oxydation et font montre d’une remarquable stabilité rédox.
À Strasbourg, des scientifiques du laboratoire de Chimie de l’Université Louis Pasteur et du CNRS, comme André Fougerousse et Raymond Brouillard, ont tenté, il y a quelques années, d’aborder la question par la mesure du rH des vins et de la sève. Le rH rassemble trois données : le pH, le potentiel rédox noté Eo et la résistivité du liquide notée rô. Il caractérise l’état de réduction ou d’oxydation d’un milieu biologique.
En œnologie, la notion de potentiel rédox a connu une certaine désaffection, en raison du caractère aléatoire des mesures, de l’incapacité technique des électrodes actuelles à donner la valeur réelle et fiable du potentiel rédox. D’autres œnologues comme Alain Maujean, professeur d’œnologie à l’Université de Reims, ont cependant défendu cette notion pour peu qu’on prenne des précautions chimiques lors de la mesure.
Le potentiel rédox des milieux biologiques renseigne alors sur de nombreux facteurs environnementaux qui conduisent à ce qu’on appelle les stress oxydatifs des milieux biologiques. Bien connus en santé humaine et plus particulièrement en cancérologie, les facteurs de stress oxydatifs sont présents dans la nature. Quels sont-ils ? Ce sont par exemple des agents ionisants qui font augmenter la conductivité des milieux biologiques et donc leur rH, d’où un état d’oxydation plus important. Les travaux de Hans Reiner Schultz à Geisenheim ont par exemple montré que la proportion d’UV dans la lumière augmente (trou d’ozone), et que le changement de la chromaticité de la lumière vers des ondes plus courtes avait un impact sur la vigne. Or les UV sont un agent oxydant. Mais la nature est bien faite puisque, en réponse à l’agression lumineuse, la vigne produit des substances de défenses qui sont les polyphénols en général. Ceci s’explique grâce aux connaissances sur la biosynthèse des composés phénoliques, certaines enzymes comme la chalcone synthétase impliquées dans ces voies de biosynthèse sont activées par des rayons courts à 220 nm de fréquence.
Si les stress oxydatifs sont relativement identifiés en santé humaine, comme les UV, les ondes ou les pollutions, aucun renseignement n’est fourni sur les facteurs d’oxydation en viticulture, ni sur leurs conséquences. On peut penser que certaines formulations de pesticides sont néfastes, par exemple les « décapants cuticulaires » ou les excès de cuivre et les organométalliques à base de zinc, de manganèse ou d’aluminium. Le seul constat est que les vins sont plus sensibles à l’oxydation.
D. L.

#4. tse | samedi 3 mars 2007 - 13:27

Impressionnant d'érudition!
Merci beaucoup pour cette synthèse vraiment très intéressante.
Pour le coup, nos chances de trouver des vins de qualité sans SO2 risquent, hélas! de demeurer infimes...

#5. Peter | jeudi 20 décembre 2007 - 15:35

"Leyris Mazière, un petit domaine du Gard, avec des vins rustiques (c'est un compliment), denses, colorés, concentrés, à boire avec un bon civet et des pommes de terre vapeur (écrasées dans la sauce, bien sûr ;-). Excellent et très typique vin de table à base d'Alicante, très naturel dans la puissance (gilles.leyris@libertysurf.fr)"

Note bene : ce vin est classé AOC non pas VdT. mais vous avez raison , il est trés bon. Enfin des vrais oneologues se mettent a faire du Bio plutot que des amateurs de bio qui essaient de faire du vin.

Autres dans le style sont des superbes vins de la Domaine de la Prose vers St George d'Orque (34). Producteur biodynimique a fond de son ame qui n'a meme pas cherché le label bio jusqu'a recement. Il le fait par conviction plutot que pour la frime.

Vive les bio-vins.

Ajouter un commentaire


Merci de bien relire vos commentaires avant tout envoi. Une formulation claire et grammaticalement correcte sera appréciée.

Les commentaires sont légèrement modérés. Merci d'éviter le hors-sujet, tout commentaire inapproprié sera supprimé.

Les commentaires ne reflètent pas nécessairement la pensée ou le point de vue de l'auteur du site. Si vous décidez de commenter des articles de ce site, vous acceptez d'assumer l'entière responsabilité de vos écrits.

Soyez libre d'exprimer votre pensée, mais toujours dans le respect des autres.

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.