S'offrir une AOC : le must
Et si finalement, le must, c'était non pas de s'offrir un domaine, fut-ce le plus prestigieux d'entre eux, mais bien... une Appellation d'Origine Contrôlée toute entière ?
Bon, c'était déjà possible, vous le savez bien sûr. Mais ce n'était pas facile car il fallait pour cela s'offrir un de ces domaines mythiques qui est une AOC à lui tout seul, un de ceux qui a un « monopole ». Il y a bien sûr la Romanée-Conti et la Tâche (les japonais ont failli réussir le coup il y a une quinzaine d'années) ou Château Grillet (l'ami Marcel Guigal met un petit paquet d'euro dans son cochon-tirelire chaque mois, et rêve de le faire depuis un bon moment ;-), pour ne citer qu'eux. On pouvait aussi rêver sur Château Simone, un des plus exceptionnels joyaux de la viticulture française, mais son monopole sur l'AOC Palette n'est plus. Reste bien sûr aussi la Coulée de Serrant, terroir de ouf, unique au monde, mais qui est protégé du système capitaliste par des influences cosmiques... ;-). Je vous laisse compléter la liste, cela fera un peu d'animation dans les commentaires.
Non, maintenant, c'est une AOC entière ou presque que l'on peut s'offrir et c'est d'ailleurs ce que vient de faire le négociant languedocien Jean Jean en faisant main basse sur l'AOC Côtes du Roussillon Villages Latour de France. En concluant hier, en grande pompe, son accord d'exclusivité avec la cave coop de Latour de France, le village du même nom, il contrôle désormais plus de 95 % des volumes. Les votes au niveau du syndicat de cru se faisant au prorata des hectolitres vinifiés, il pourra orienter le futur de l'AOC comme il l'entend... Une excellente affaire qui a coûté... des promesses. Un contrat qui, simplement, garantit un débouché commercial (sous certaines conditions strictes...pour les vignerons de Latour) à une coopérative qui, depuis trente ans, n'en finit pas de se déliter. L'analyse que j'en tire : une AOC, en 2007, après 50 ans d'efforts et de lutte, c'est tellement commun que ça ne vaut... rien.
J'ai une petite pensé pour les petits et dynamiques vignerons en caves particulières du village. Ils sont désormais dans un bateau où ils sont passagers et ne contrôlent plus rien...
Puisque on fait dans le positif, en ce début d'année, on retiendra que les vins, vinifiés par Emmanuel Cazes, seront sans doute meilleurs. Et que comme le souhaite tous les grands penseurs de l'économie du vin, c'est le commerce qui pilote désormais la production. « L'aval qui pilote l'amont », c'est l'ami Jacques qui va se réjouir, lui qui avait fait de ce concept un des points forts de son fameux rapport.
On ne manquera pas de remarquer, en souriant, que le duo Cazes/Jean-Jean soufle en passant l'affaire à un de ses collègues, autre négociant sympathique et dynamique du languedoc, le très sportif Gérard Bertrand, pas très content sans doute ce matin, puisqu'il comptait bien sauter sur l'aubaine, comme il l'avait fait l'année dernière en trustant presque de la même façon l'AOC Côtes du Roussillon Tautavel...
C'est sans doute formidable pour des vignerons qui désespéraient de ne plus pouvoir manger à leur faim.
Mais c'est aussi tristement significatif de l'échec de la politique d'AOC de la France. L'AOC n'a jamais été et ne sera finalement jamais qu'une « marque » comme une autre, qui voulant appartenir « à tous » appartient finalement à « n'importe qui », sans que personne, depuis trente ans, ne prenne la peine de l'aimer, de l'enseigner, de la protéger, de la défendre ou de la promouvoir, en France et dans le monde. Il n'y a même pas en France un « Monsieur AOC ». Même pas un service de presse. Et depuis quand n'avez pas vous lu un article sur le concept d'AOC ? Lentement mais surement, son sens le plus profond se dilue doucement dans le néant du marché mondial sans que personne ne s'en préocupe. C'est la vie, mon ami. Pendant se temps, les américains et les australiens sont en train de créer les leurs et gageons que dans une vingtaine d'année, les touristes viendrons en France s'écrier « Ah, vous aussi, vous avez des AOC ? » comme il s'écrient en passant à Condrieur « Ah, vous aussi, vous avez du Viognier, ici ».
P.S. : Prochaine vente, bien avancée, si mon petit doigt ne me trompe pas : Maury. Pour les amateurs, seraient aussi sans doute à « vendre » pour pas bien cher : CDR Villages Lesquerde et CDR Villages Caramany...
5 commentaires
Vision très juste, que les coopérateurs, d'où qu'ils soient n'ont pas voulu (pas pu?) anticiper!
Bonsoir,
Qui peut réelement changer tout cela ? Chacun râle, et moi le premier, mais on a le sentiment que ça arrive malgré les mises en garde et reactions de presque tous les acteurs du vin (consommateurs compris). N'y a-t'il pas moyen de créer une contre-étiquettes parallèle (clandestine) mettant en valeur les seules mentions intéressantes pour le consommateur novice ou averti ? Enfin je ne sais pas quoi, mais pour moi, les vins de marques c'est la fin des haricots.
En direct live, j'entends d'une oreille sur le 20 heure, l'annonce de la naissance de "l'appellation : vignoble de France" autorisant les assemblages de régions différentes. !!! C'est dit être fait pour faciliter le choix du consommateur, "sommateur", je suis pas sûr !
vignoble de france
Bonsoir,
Faudrait peut-être commencer par se poser la question de la légitimité de ces AOC...
Je veux dire, étant moi-même acteur dans le milieu viti-vinicole, je n'en avais jamais entendu parler !
Alors allez vendre ça chez un caviste de Bristol ou de New Dehli...
Plus simple, plus simple...
Cdlt
Bonsoir Hervé,
Cela faisait un moment que je n'avais pas pris le temps de "feuilleter" ton blog. Voila cette erreur réparée.
Concernant ton billet, l'autre solution c'est de creer ton AOC... Ca demande quelques connexions au plus haut, mais c'est encore le plus facile pour se mettre en situation de monopole...
Demande au Marquis de Griñon en Espagne. Surement qu'etre le cousin du roi a du l'aider à créer la DO Dominio de Valdepusa, du nom meme de son domaine...
A bon entendeur...
David
J'espère que l'AOC aura toujours sa légitimité, même si la refonte de son image s'impose (voire urge!). Sinon, tout n'est pas joué si on veut s'en approprier. Je ne crois pas, par contre, qu'elle puisse remplacer la "marque" de vin proprement dit ou qu'il faut en avoir peur. De toute façon on s'y dirige, n'est-ce pas?. "La petite Sibérie" n'est-elle pas une marque...?