« La vinification, c’est une cible » ou Lettre à mon œnologue
Je ne parle jamais de mon œnologue. Est-ce normal, docteur ? D’autres se gargarisent et font des communiqués de presse lorsqu’une « star » du secteur commence à les conseiller. D’autres marquent même le nom de leur œnologue sur leurs contre-étiquettes. Moi, je ne cite pratiquement jamais le mien.
Il est temps, aujourd’hui, de réparer cette injustice. Et pas simplement parce que qu’il vient dîner ce soir ;-)).
Mon cher Thanos, (c’est son diminutif, Thanos, son vrai nom, c’est Athanase Fakorellis), sache que si je ne parle pas beaucoup de toi, c’est parce que j’ai l’impression depuis le début que tu es plus un ami qu’un consultant.
Depuis le premier jour, tu as toujours essayé de comprendre ce que je voulais faire avant de me donner certaines des clés pour y arriver. Jamais tu n’as tenté de me pousser dans une direction qui ne me convenait pas. Jamais tu n’as tenté de me faire élaborer un vin avec lequel je ne serais pas en harmonie. Jamais tu ne m’as conseillé un produit chimique, pourtant si courant dans ton métier, car tu sais que toute cette tambouille me dégoute.
Avec ta bonne humeur continuelle, ton large sourire, on a l’impression que faire du vin est avant tout une distraction, une activité d’enfant joyeux parti en cachette dans les bois construire une cabane.
Certes, souvent, au début, tu te prenais secrètement pour « Pharaon », indiquant nonchalamment et d’un large geste de la main une immense étendue de vigne et déclarant de ta voix grave et d’un ton impérieux « Que l’on enlève les entrecœurs…» ou « Que l’on enlève les ailes à chacunes des grappes, en prenant en compte le poid de chacune d’entres-elles… » Cela me rappelait immanquablement cette image de Yul Brinner inspectant je ne sais quels travaux de construction du haut de son char dans les « dix commandements » ;-)). Bon, c’est vrai, et il est bon de le signaler, tu es chauve. Mais c’était plutôt le ton de la voix que le physique ;-)))). Comme si tes autres clients n’avaient aucun problème, pratiques ou financiers, pour mobiliser 20 ou 30 personnes pendant un petit mois. Nous, on n'avait pas un rond et nous te regardions, Claudine et moi, atterrés…
Au début aussi, c’est vrai, nous nous heurtions souvent sur la marche à suivre. Tel un père aimant, tu me vantais, à moi qui débutait, les mérites d’une recherche de sécurité qui nous écartait de tout risque. Or, tu le sais, pour moi, « qui ne risque pas tout ne mérite pas de faire un grand vin » et, je dois te l’avouer, je ne compte pas les fois où, sans te le dire, j’ai choisi de passer outre tes conseils et de prendre à l’époque des risques, que je sais aujourd’hui insensés. Mais mon terroir et mes vignes permettent de faire certaines choses interdites ailleurs et ton mérite est grand de l’avoir reconnu après quelques millésimes.
Tu viens donc dîner ce soir. Doucement, de ce portable qui ne quitte plus ton oreille et te permet d’être joint en Inde, en Chine ou je ne sais où, tu m’as demandé, en annonçant ta visite, si « Nous » avions bien travaillé. Oui, mon ami, « Nous » avons bien travaillé, même si nous ne t’avons vu que bien avant la bataille et que nous te recevons aujourd’hui alors qu’elle est terminée depuis longtemps… Mais n’est-ce pas après tout ce que l’on doit attendre d’un consultant honnête : qu’il apprenne à ses clients à se passer de lui ?
Une de tes grandes phrases, me revient à l’esprit à chaque début de vendange, et je crois qu’elle ne me quittera plus jamais. « La vinification, c’est une cible… » m’as tu dis un jour, il y a bien longtemps. Chaque mois de Septembre, je dessine alors dans ma tête une vraie cible, faite de cercles concentriques rouges et blancs, en tentant de visualiser au plus près le vin que je rêve de faire cette année là, en fonction du potentiel de chaque millésime. Puis j’essaie d’en atteindre le cœur, ce qui n’est pas toujours facile, ni d’ailleurs possible.

Même à l’autre bout du monde, où tu es un peu trop souvent à mon goût, je sais que tu m’aides en pensée à bien positionner ma cible et que si un jour j’ai une défaillance, tu seras là pour guider mon bras.
En résumé, merci , mon ami, et à ce soir.
4 commentaires
Qu'est-ce qu'on boit, lors d'un bon repas chez les Bizeuls ?
Un ami m'évoque la rencontre avec "les Bizeul" en ce "bon marché" évoqué un peu plus tôt.
Et donc, moi : "Alors... !!!" avec un grand A de rigueur.
Et il me narre avec entrain : les sorcières... des vieilles vignes... évoque l'humilité, une sorte de détresse dans le vocabulaire pour décrire... car il aime. Et puis un semblant d'éternité. Toute relative. Liquide. une pierre blanche. Un repère. Un coup de chaleur dans l'histoire d'un palais. Une Sibérie aussi petite par le nom qu'iréelle par son charme... "évident" lui répond-je.
Il sourit. Je comprend. Je l'envie. J'imagine.
Chaque chose en son temps... Et qu'importe l'empressement.
Je sais depuis longtemps les fées et leurs sortilèges... pourtant le débat n'est clos.
Il y a du rêve. Mais j'ai le temps.
Vos fruits riment avec mes envies, avec mes valeurs.
A chacun sa cible.
Amicalement
SM
SOS . Thalos, qu' avez-vous fait d' Hervé? Ce silence? J' espère qu'il ne lui est rien arrivé?
C'est amusant, je me suis posé la même question ? Indigestion aliementaire ? Thanos débarquant dans le Roussilon armé d'un fusil, après avoir troqué son costume de pharaon pour celui de Rambo ?