Rappeur "Star", Mairie de Paris et Romanée-Conti
Bon, avouez, vous ne voyez pas vraiment le rapport entre un rappeur mégalomane, le bon maire de Paris et le n°1 des « vin culte », tous pays et toutes catégories confondus.
Jusqu’à hier, moi non plus, je vous l’avoue. Et hier soir, en regardant d’un œil distrait « 7 à 8 » en attendant que les pommes de terre de ma purée soient cuites, j’ai vu le lien comme une évidence.
Que pouvions nous voir hier soir, chers amis, dans le bon poste ? Un rappeur-producteur, businessmen des plus malins, humilier devant la caméra une floppée de journalistes européens, prêts à tout pour avoir un interview sans grand intérêt, mais propice à pondre des banalités sur la « culture » rap, histoire de flatter une partie de leur lectorat, d’en choquer une autre et d’effrayer la dernière. Jusque-là, rien de nouveau, si ce n’est peut-être que voir ce "grand rappeur" faire réclamer par un de ses sous-fifres du ketchup « Heinz » pour accompagner son cheese-burger était un grand moment de comédie. En effet, le ketchup « maison » préparé par le Plaza, 3 macarons Michelin quand même, ne lui convenait pas, alors qu’il ne l’avait bien sûr même pas goûté. Bon, voir s’humilier ainsi juste après une journaliste de Paris-Match ne m’a pas fait rire du tout et j’ai pensé à ma mère, qu’un tel comportement devant un macho sexiste de la pire espèce, certain de sa supériorité et de son pouvoir sur sa basse-cour consentante, a dû se faire retourner dans sa tombe. Qu’elles sont loin les années 70 et combien les femmes sont aujourd’hui silencieuses… Mais bon, je m’égare.
Donc, après avoir fait le coq devant la caméra, enlevé et remis sa veste plusieurs fois, jugé du meilleur profil de ses chaînes en or, le tout dans un climat de déférence et de crainte incroyables, il nous a gratifié de quelques phrases qui montraient qu’il avait tout compris de la société, des médias et du BUSINESS. 340 millions de $ de fortune estimée, cet homme est loin d’être bête ou tout au moins, possède une forme d’intelligence que j’avoue ne pas avoir ce qui mérite, à défaut d'admiration, tout au moins le respect. A la question typiquement française de « n’avez vous pas un peu honte de votre train de vie somptueux, vous qui venez du ghetto ? », l’ami ne s’est pas démonté et a déclaré avec beaucoup de franchise « qu’il ne faisait que montrer l’exemple à ses frères, leur donnant envie de réussir comme il avait réussi ». Superbe. Et de rajouter « je suis un fils de prince, alors, je vis comme un Prince. Si tu penses que tu es un fils d’esclave, tu agis comme un esclave. Si tu penses que tu es un Prince, tu deviens un Prince… ». Pas forcément vrai mais pour le moins motivant, non ?
A ce moment là, j’ai pensé à la vente aux enchère de la cave de la mairie de Paris, la semaine dernière et du démagogisme parfait qu’elle incarnait. (Bon, je sais, je suis un gars un peu bizarre au niveau des associations de pensée :-)) A travers tous les articles de presse que j’ai lu, qu’ai-je retenu ? 1/qu’enfin, nos élus allaient arrêter de se taper la cloche à nos frais. 2/que les Romanée-Conti s’étaient bien vendus (parce qu’il y des fois où ce n’est pas le cas ??? ;-)) 3/qu’il était temps qu’on arrête de servir de grands vins aux dîners de l’hôtel de ville. Non mais !
Et bien voyez vous, je trouve ce genre de comportement (de la Mairie comme de la presse) typique de notre satanée culture franchouillarde et de notre incurable tendance franco-française à nous auto-flageller.
Car en fait, de quoi parle-t’on ?
Bien sûr, pas vraiment des frais de bouche de notre bon Maire de Paris ou d’un quelconque homme politique qui, s’il veut se taper la cloche, le fait sans que personne ne le sache ou tout à fait officiellement. Mais bien du fait que désormais, lorsqu’on recevra un président étranger, une vedette, un prix Nobel ou qui que ce soit à la table de la « Ville Lumière », on ne lui servira plus avec fierté un de nos plus grands crus, un des plus rares, un des plus chers, un des plus glamour, mais bien un bon gros vin de table qui aura comme principal et seul mérite de n’être… pas cher.
Fini les menus de prestige, le plaisir de recevoir, la démonstration de notre savoir faire, la vitrine de notre maîtrise du luxe, de notre bon goût et de notre expertise française en matière de vins fins. Terminés les menus qu’on regardait avec envie et ce disant que, qui sait, un jour, on serait peut-être invité à cette table si brillante ou que, en tant que vigneron un peu naïf croyant encore en l'efficacité de l'ascenceur social, son vin, lui le serait…
Pour quelques dizaines de milliers d’euros (sans parler que ces vins avaient été achetés une bouchée de pain et que donc « l'effet de levier » était maximum…), nous avions là une formidable vitrine qui valait toutes les campagnes de d’affichage du monde. Non, au lieu d’être fier de nos grands vins, cachons-les, vendons-les à l’encan. Mais ne nous plaignons plus, s’il vous plait, qu’ils ne fassent plus rêver personne… Et, dans la foulée, vidons la cave de l’Elysée, du Sénat, de l’assemblée nationale et passons tout ce beau monde directement à l’eau minérale, cela ira plus vite.
Allez, Puff, sans rancune, et merci pour la leçon magistrale de communication. On retiendra : pour faire de grands vins, encore faut-il le vouloir. Car, pour persuader les autres, encore faut-il être soi-même persuadé des idées que l'on défend.
P.S. : si tu es Président de la République, si tu lis ce blog, si tu veux vraiment faire plaisir et procurer des sensations à tes amis présidents lors du prochain sommet, n'hésites pas : c'est la saison du gibier et j'aurai toujours pour toi quelques bouteilles de Clos des Fées ;-)).
4 commentaires
Ce qui, personnellement m'a le plus "choqué", c'est de voir cet arrogant business-man se faire faire un hamburger par un restaurant gastronomique de ce niveau. Mais il ne faut pas s'en offusquer, il faut au contraire en sourire, car cela donne une fois de plus la preuve qu'on peut etre tres riche, se pavaner et se vanter de vivre comme un prince, mais que le "goût" ne s'achète pas. Et je trouve ça très bien. Ce bonhomme certainement intelligent, car il faut l'être pour réussir de la sorte il ne faut pas se leurrer, n'a fait que prouver, en prônant l'exemple du prince claquant son fric dans le clinquant, que quand on est "du commun" dans sa tête, on ne peut être attirer que par le "vulgaire". Laissons lui le "heinz" et le coca et gardons le bon vin... ;o)
Si j'ai bien compris, à la Mairie de Paris ils ne veulent plus faire "cul sec" !
Bonjour,
Pour la star du rap, je le trouve à sa place dans ce comportement provocateur. Le patron du Plazza quant à lui y est un peu moins. Si j'ai bonne mémoire, au début des années 90, le grand Bruce Willis, s'est fait viré par le chef du restaurant du Crillon pour avoir demandé qu'on lui apporte un big mac de chez Ronald. Mais le coeff. de marge du pot de ketchup a dû faire réfléchir.
Pour le maire de Paris, c'est autre chose. Je suis en parfait accord avec vous pour dire que ce monsieur, outre ses responsabilités communales, est en charge de la vitrine du magasin France. Pour ma part, si j'ai un employé comme ça, je le vire !
Blague à part, je vous invite sur un thème proche, à lire ou relire l'article de jacques Dupont dans le point spécial vin de cette année et, en particulier, le passage de la page 138 ou il explique comment un des meilleurs biologiste mondial, italien, a refusé de participé à la chaire vins et culture de l'unesco pour le motif que la présidente vient du pays de la prohibition...la France ! Quel professionnel du vin peut me dire que cet homme exagère ?
Quant on voit que les américains sont capable de créer une guerre de toute pièce pour vendre du pétrole, pendant que nos dirigeants ne sont pas capable de dire que boire du vin n'est pas être alcoolique, on en revient à la phrase du rappeur : si tu penses comme un prince tu seras un prince...
Allez, je vous laisse, je dois aller dealer de l'alcool de raisin dont l'abus nuit à la santé mais permet encore de sortir de la connerie ambiante !
hélas l'actuel président est un buveur exclussif de bière!!!!