Alerte orange, journée noire
Vous le savez sans doute, le Roussillon (et tout l’arc méditerranéen, il y en a eu pour tout le monde…) vient de passer trois jours en vigilance orange. En clair, cela signifie que nous avons pris quelques bons seaux d’eau sur la tête. Combien ? Mystère. Selon les zones, côtières, semi-montagneuses ou montagneuses, cela peut aller de un à dix. Et comme je ne me promène pas vraiment en chantant sous la pluie et que je n’ai pas de pluviomètre sur chaque parcelle, c’est au sol plus ou moins imbibé que l’on arrivera peut-être à se faire une idée.Ça, c’est pour l’alerte orange.
Pour la journée noire, cela a commencé avant-hier par deux heures sous une pluie battante à compter des grappes mangées par les sangliers avec trois experts envoyés par la fédération de chasse. On compte les pieds, les rangs, les grappes plus ou moins mangées, on pèse celles qui restent,le tout sous une pluie battante et les pieds dans la boue. Je vous passe les détails et vous donne directement les résultats, fatigue oblige : plus de 3000 bts de vieilles vignes potentielles sont parties dans l’estomac des sales bêtes, sans compter au moins 1200 sorcières… Inutile de vous dire qu’en rentrant déjeuner, trempé jusqu’au fond des bottes, j’étais d’une humeur de gueux et je toussais déjà.
Mais ça, c’était pas la journée noire. C’était la journée de vendange normale, à gérer des stress et des problèmes qui, d’un seul coup ont semblé futiles, si futiles..
En remontant, un peu plus tôt, vers 9 h du matin, du chais de Rivesaltes, j’avais vu les pompiers arriver auprès d’un véhicule bien mal en point, heurté par un camion hors de contrôle. Interdiction de m’arrêter, mais surtout mauvais pressentiment car il me semblait avoir déjà vu ce véhicule à Vingrau... Au déjeuner, la nouvelle tombe : le père de mon ami Jean Gardies vient de trouver la mort, bêtement, à quelques secondes près, à cause d’un chauffeur imprudent n’ayant pas su estimer la violence d’un orage. Y’a t’il des morts plus difficile à accepter que d’autres ? Oui, je crois. Et celle-ci, due à une malchance incroyable, en fait bien sûr parti. Le pauvre homme, figure de Vingrau, que je croisais quotidiennement dans le village ou au chai de Jean et Christine, me manque déjà et, même si je ne devrais pas le dire, en écrivant ce billet, les larmes me montent aux yeux. Très présent au domaine, toujours bougon, souvent en train de raler sur des évènements qu'il ne comprenait pas vraiment, il transpirait pourtant de tout son être la fierté de voir son fils, au fil des ans, devenir l'un des grands vignerons français et bâtir un domaine réputé...
Bon, le show des vendanges doit continuer, surtout avec ce temps incertain. Mais ce soir, pas le courage d’en parler. Demain sera un autre Jour.
Allez, une pensée pour toi, Jean. Et puis une photo, prise par mon ami Christian aujourd’hui, jour de son enterrement sous un ciel terriblement gris.

Ah, et une chanson de circonstance, une des plus tristes de l’ami Chet…
Pffff. Putain de camion...
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