Ardoise magique…

Tour matinal dans quelques parcelles après la grosse pluie de cette nuit.

Après une petite heure dans l’après midi, c’est un bel orage que nous avons eu en début de soirée. Il venait de Catalogne sud et a rempli toutes ses promesses. Enfin! ai-je envie de dire. L’eau semble avoir pénétré en profondeur, apportant une vrai bouffée d’oxygène aux plantiers. Les raisins et les feuilles ont été bien lavés. La garigue, encore sous le choc de cette douche violente, commence à revivre.

Chez moi, aucune angoisse, un vrai soulagement, au contraire, ce qui ne doit pas être le cas de tous. Ceux qui n’avaient pas des raisins dans un état sanitaire parfait vont avoir d’énormes problèmes de pourriture acide, de pourriture grise, voire de mildiou, toujours prompt à se réveiller.

En marchant dans les vignes, je pensais à ma stratégie de vendange qu’il me faut maintenant à nouveau totalement revoir. Même si le temps se remet au beau, nous aurons jusqu’au vendanges des nuits froides, c'est presque certain. La pluie bienfaitrice va aider les quelques pieds un peu chargés à mener à terme la véraison de leur raisins, mais va aussi retarder les maturités phénoliques et diminuer les degrés, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Après un début d’année froid et pluvieux, puis une période de canicule, voiçi à nouveau une période fraîche : comme un enfant dessinant sur son ardoise magique puis effaçant tout d’un aller-retour vigoureux, il me faut tout repenser, dans l’esprit comme dans la pratique... Me revoilà dans l’incertitude, incapable de faire le moindre pronostic des caractéristiques du millésime et sur la façon dont je vais l’aborder. J’adore ce métier ;-))

4 commentaires

#1. pierre | jeudi 17 août 2006 - 11:44

bonjour M.Bizeul,
je suis pas un pro comme vous , aussi comment combatteriez-vous les maladies que vous citez ? employez-vous la lutte bio ?
bonne journée

#2. aurélie | dimanche 20 août 2006 - 01:13

En tant qu'agriculteur et écrivain, que pensez-vous de la modification chimique du climat à base d'iodure d'argent qui interdit pendant quatre ou cinq mois les précipitations sous formes d'orage ? Quelles conséquences ont ces pratiques, à échelle départementale, régionale (bassin méditerranéen surtout, dont la moitié des précipitations étaient sous la forme d'orages) ? Quelle "authenticité" du terroir faut-il y voir ?

#3. Hervé Bizeul | dimanche 20 août 2006 - 11:25

Cher Pierre

Je ne lutte pas vraiment contre les maladies en question. J'essaie d'éviter de les attraper, ce qui est différent. Les petits rendements, la pauvreté de mes terroirs, l'absence d'engrais chimique et les travaux en vert modérés me protègent contre la pourriture grise. Mon climat, extraordinaire, aussi, d'ailleurs, car ici, cette année, il n'aura pas plu entre le 15 avril et le 15 août et nous aurons eu pendant la période plus d'un jour sur deux de tramontane forte. Pas vraiment le modèle climatique qui convient au mildiou ... Pour la pourriture acide, il suffit de ne pas avoir d'oidium ou de plaies dues aux vers de la grappes. Plus de la moitié du vignoble est en confusion sexuelle, une autre partie en bacillium, les quelques parcelles qui restent avec un insecticide moderne. Donc bio quand on peut, chimique à dose infime quand on peut pas (configuration du terrain, climatologie, parcelles à risques élevé, souvent à cause des voisins).

Chère Aurélie

Je ne suis pas agriculteur mais vigneron ;-)) Et me qualifier d'écrivain serait me faire bien trop d'honneur. Pardon de cette "non-réponse", mais je n'ai aucune idées des conséquences de l'emploi d'iodure d'argent. Je sais que dans certaines régions on l'utilise contre la grêle, très rare içi. Mes connaissances dans ce domaine sont donc très limitées
#4. Arnaud | dimanche 27 août 2006 - 13:34

L'épandage d'iodure d'argent est devenu une habitude depuis vingt ans en France, surtout dans le sud. Ce produit détermine la fin des orages d'été, interdisant le cumulus de se développer, pour parer contre une très virtuelle grêle. Le climat est ainsi chimiquement modifié depuis des années par les collectivités publiques et les sociétés privées, puisque mon voisin peut, pour parer à une quelconque pluie d'été tombant sur ses salades, disposer de son canon anti-grêle. En Espagne la situation est catastrophique (le sud de l'Espagne dépend à 60% de ces orages, qui ne tombent plus). L'effet cévenol, par ailleurs, est à envisager comme une conséquence directe de cette pratique qui empêche le continent, donc la mer, de se refroidir momentanément (d'où les canicules). A la commission européenne, une demande d'interdiction a été posée, pour laquelle on attend toujours la réponse (eur-lex.europa.eu/LexUriS...
Ce crime contre l'environnement passé sous silence est une des manifestations de la désinformation de la société actuelle.

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