A l'échelle d'une vallée
Enfin, il y a deux jours, au petit matin, un peu de pluie... Depuis bientôt fin Avril que nous n'avions pas eu d'eau à Vingrau... Même la garrigue, pourtant constituée de plantes particulièrement adaptées à la sécheresse commençait à jaunir. Heureusement que l'hiver et le début du printemps avaient été humides. Les vieilles vignes ne souffrent donc pas, certes, mais les plantiers demandent un soin constant et trois voire quatre arrosages dans la période de croissance. Bon, je crois que maintenant, avec tout le battage médiatique sur la «nouvelle canicule», vous saviez déjà, que nous étions en année chaude.
L'autre jour, en Suisse, deux dégustateurs me demandaient : « Au fait, et 2006, vous avez déjà une idée du millésime ?» . C'était fin mars, début avril, je crois. En fait, j'avais déjà une idée, oui. Mais ce n'était pas la bonne... Du froid, de la pluie, deux semaines de retard sur le débourrement, je commençais à réfléchir sur comment vinifier une année froide, plutôt tardive, demandant des travaux en vert important pour bénéficier au maximum d'un ensoleillement limité. Et bien j'avais tout faux !
D'abord, on a tout rattrapé et, désormais, on a plutôt une semaine d'avance. Ensuite, il a fallu adapter voire limiter les travaux en vert afin de ne pas brûler les raisins, que ce soit par la lumière solaire, côté soleil couchant, ou l'effet des traitements phyto (en particulier le simple effet « loupe » des micro goutte d'eau projetées par le pulvérisateur). Heureusement, la taille gobelet, dans ce genre d'année chaude, est là pour nous aider et prouve sa supériorité indiscutable par rapport au pallissage. Donc, année chaude, comme 2003 et 2004. Pour autant, là encore, rien n'est joué et mes voisins, les 3V, me racontent volontiers, non sans ajouter à leur histoire un petit effet mélodramatique ;-), un certain millésime 1960 où il a plu tous les jours du 10 septembre à la toussaint ! « Tu te rends compte, les seaux à vendange, en fer blanc à l'époque, ils flottaient entre les rangs... ». « Et les tracteurs s'embourbaient partout. On a dû attendre plusieurs semaines avant de pouvoir en dégager certains, en train de fossiliser dans l'argile ! « Sans les chevaux, encore nombreux à l'époque, on aurait sans doute pas rentré un raisin en cave, parce que sur les chemins en terre battue, rien ne circulait !».
Donc, en conclusion, en Roussillon ou ailleurs, bien malin qui peut aujourd'hui prévoir quoi que soit, élaborer la moindre stratégie réaliste ou donner un pronostic fiable sur la qualité des vins.
Bon, je voulais vous parler de la pluie, et j'ai encore dévié ;-). C'était une petite pluie de rien du tout, juste pour laver les feuilles, suivie de toute façon de plusieurs jours de tramontane assez forte, de celle qui vous sèche une lessive en moins d'une heure... Peu d'impact, donc, mais, de passage en haut du cirque, j'ai pris une photo rapide. Désolé pour la qualité, c'est pas terrible, mais je l'ai prise avec mon téléphone.

On voit bien, au dessus du cirque, qu'un partie du vignoble, vers Maury et Tautavel, à gauche, aura été bien plus arrosée que la partie de droite, vers Tuchan et Opoul. Si ça se trouve, la moitié de mes vignes risque donc d'avoir bénéficié d'une pluie salutaire, l'autre étant au régime sec... On ne parle plus ici de micro-climat mais de méso-climat. Quelle sera l'influence de cette pluie sur certaines vignes ? Comment se comporteront celles qui n'en ont pas bénéficié ? Mystère, mystère...
Je vous le dis, mes amis, j'adore ce métier parce que les certitudes n'y ont pas leur place...
P.S. : ne me remerciez pas pour l'arc en ciel, je n'y suis pour rien ;-))
un commentaire
lu sur dernier bulletin de la PV:
4.2. Escargots
Nettement moins préoccupants, des
escargots petits ou gros sont observés
dans le Sauternais dans les grappes mais
… il n’y a pas grand chose à faire. Une
poêle, de l’ail, du beurre, du persil… c’est
tout.