Juste une mise au point (la, la, la - la, la, la)
Bon, on a gagné, donc, un peu de « la, la, la » s'impose....
La France chantonne et ce matin, au bureau, tout le monde sourit. Du coup, j'ai demandé à mon ami Christian (merci Christian), de nous mettre sur ce blog une musique de circonstance... On n'arrête pas le progrès mais mes compétences en html s'arrêtent ici ;-)). Il faut clicquer sur « play », quand même, et attendre un peu, en fonction de la vitesse de son accès internet... Avouons que c'était un beau match. Une chose est sûre, on ne va pas vraiment vendre beaucoup de vin français en Espagne dans les mois qui viennent ;-)). Bon, pour la France, ce n'est pas un gros marché, donc, ce n'est pas très grave...
J'étais en train de nettoyer le blog de ses spams et mettre en ligne les commentaires lorsque, voulant faire une réponse à Frédéric à propos du billet d'hier, je me suis dit que cela méritait un petit billet à part entière, au cas où vous ne liriez pas les commentaires. Je le colle donc ici.
Frédéric, si je peux comprendre votre énervement à peine nuancé de révolte, je crois néanmoins qu'il est bon de faire la différence entre le « prix » des choses et la « valeur » des choses.
Le « prix » est donné par une économie de marché, basé principalement sur l'offre et la demande mais aussi sur les gains de productivité, l'évolution de la technologie, le prix des matières premières, etc, etc.
La « valeur », c'est aussi en partie la société qui la définit mais, en dernier ressort, cela relève de votre responsabilité personnelle, de votre jugement, de votre personnalité profonde, des choix que vous êtes capable de faire et d'assumer dans le temps. C'est à VOUS d'accepter d'être manipulé, c'est à VOUS de vous construire, si ce que vous propose la société ne vous convient pas, votre propre échelle de valeur.
Comme me le disait un jour mon ami Christophe, un extincteur, ça coûte une dizaine d'euro. C'est son « prix ». Si votre fille prend feu à côté du barbecue, qu'elle est, à ce moment-là, la « valeur » dudit extincteur ? Tout, alors, change et très vite... Y compris bien sûr le prix que vous êtes alors prêt à payer pour en disposer d'un, si possible très vite et en état de marche...
Un autre exemple me vient à l'esprit, de deux choses que l'on dit souvent « n'avoir pas de prix », tout simplement parce que leur valeur est immense et qu'on ne peut pas les acheter. Ce sont la santé et la jeunesse...
Le problème, dans le cas qui nous préoccupe, n'est pas le prix en soit des GCC en 2005, mais bien la faible opinion que l'on a de SON PROPRE jugement, de SA PROPRRE capacité d'appréciation d'un vin. Simultanément, en réalité, on se « surestime » et on se « sous-estime ».
On se surestime, parce que l'on croit que l'on pourra faire la différence entre un « très bon vin » et un « vin de légende ». En 2005, à Bordeaux, les technologies et les savoir faire sont si bien diffusés que je vous assure que la différence entre un vin à 300 euros et un vin à 15 euros, fait par une propriété qui a des moyens techniques et humains, ou dont l'absence de moyens est compensée par le bon sens et le talent du vigneron, et bien cette différence est aujourd’hui MINUSCULE.
On se sous-estime, parce que l'on accorde aucun crédit à SON propre goût. On est insécure. Les média nous poussent à l'être. Seul compte l'avis de quelques gourous qui, dans leurs notations, INDUISENT que vous, vous ne savez pas goûter. De ce fait, ils essaient de vous convaincre que sans eux, vous seriez aveugles. Perdus. Dans l'erreur, fatalement. Mais qui vous dit, simplement, qu'ils ont la même « échelle de valeur » que vous ? Il serait temps de rédécouvrir que le « goût juste », c’est le vôtre. Un point c’est tout.
Donc, comme nos « vieux joueurs » pleins d'expérience hier, il suffit, cette année, à Bordeaux, de garder son calme et de revenir aux fondamentaux que je me permets de rappeler ici : « petit millésime : grands vins; grand millésime : petits vins ». Cela fait deux siècles qu'à Bordeaux, cela fonctionne.
Cette année, jamais l'occasion ne sera plus belle : vous pouvez en même temps acheter quelques caisses de vins magnifiques et finalement assez prestigieux, pour célébrer le millésime, en vous limitant à des vins entre 10 et 20 euros H.T. (rappel : A vous de ne plus vous sous-estimer quant à leur valeur, c’est VOUS qui décidez ;-)). Et vous pouvez acheter en ce moment ou en foire aux vins, l’année prochaine, quelques étiquettes prestigieuses, dans l’excellent millésime 2004 (rappel : ne plus se surestimer quand à votre capacité à voir la différence ;-), à des prix disons, plus abordables.
Bon, histoire de vous prouver que je fais ce que je dis, sachez que pour ma part, j'ai acheté cette année, Haut-Mazéris (le Canon-Fronsac), la Mauriane, La Garde (en Pessac-Léognan, une bombe fait par un malade !), tous à moins de 15 euros, Petit-Gravet Ainé et Franc Maillet cuvée Jean-Baptiste à moins de 20 euros. De grands vins, tout simplement, bien assez prestigieux pour moi et mes amis qui sommes assez sages pour refuser de boire au-dessus de nos moyens (et de nos capacités…), des vins fait par de vrais vignerons à la personnalité attachante, des vins d’auteurs.
J'ai craqué aussi pour une caisse de Malartic-Lagravière, à moins de 30 euros, mais à mon avis, le vin en vaut le triple et connaissant le sérieux du propriétaire, je sais qu’il sera irréprochable à la mise. Je regrette une caisse de Pape-Clément, sans aucun doute un des cinq vins qui marquera le millésime, qui aurait pu représenter une folie, mais encore à ma portée ; mais je ne raterai pas une caisse de Pontet-Canet, largement au niveau de Latour cette année, (mais ça, aucun journaliste ne peut l’écrire sous peine de ne plus pouvoir entrer au château ;-). Quand aux 2004, j'ai cassé ma tirelire pour deux caisses de Valandraud, le plus grand et le plus original des vins qu'ait produit mon ami Jean-Luc Thunevin, un vin dont je suis CERTAIN du potentiel. J'aurais du mal à vous expliquer pourquoi, c’est à la fois technique et instinctif, mais je suis certain que dans 10, 20 ou 30 ans, ce vin et ce millésime entreront dans la légende. J’en ferai mettre quelques uns en magnum. Et j’ai trouvé sur le marché une caisse de Troplong-Mondot 2004. Le cru va passer en premier cru classé B, tout le monde le sait à Bordeaux, mais personne ne le dit. Le vin est plus que délicieux et, qui plus est, j’aurais le plaisir de voir son prix flamber dans les années qui viennent. Une petite coquetterie comme une autre. Et je ne parle pas des dizaines et des dizaines de propriétés qui ont fait, en simple bordeaux, des vins superbes.
Bon, encore une fois, je ne sais pas faire court…
3 commentaires
bien le bonjour,
je conçois, en l'ayant relu à l'instant, que mon commentaire sur l'article précédant pouvait passer pour révolté, si ça en a donné un nouvel article je dirai que c'est tant mieux ;o)
Plus sérieusement, et plus froidement, j'abonde évidemment totalement dans votre direction. Il est dommage de ne pas être capable de se baser sur son propre jugement pour faire ses choix.
Personnellement, étant complêtement ignare en matière de vins, mais fin amateur de bon goût, je n'achète mes bouteilles qu'une fois avoir trouvé le vin bon, et ce quelle qu'en soit la provenance ou le prix. L'étiquette me permet juste de me dire si telle bouteille a plus de chance de convenir à mes attentes que telle autre. (Il est inutile d'acheter un muscat de neuchâtel, ça ne doit d'ailleurs pas exister, et d'espérer qu'il sera aussi sucré qu'un provenant de corse par exemple).
Il est toujours plaisant de voir qu'un vin qu'on apprécie et qu'on conseille a été bien noté, mais la note ne décide jamais de son achat ou non, bien que certainement elle influencera quelque peu le prix de la cuvée suivante.
De toutes façons, j'ai toujours trouvé que les critiques, quel que soit leur domaine de compétences, sont incapables de faire fit d'à priori qu'un ignare tel que moi n'aura pas. Ces critiques, ma fois, ne flattent que les producteurs, et je dirais qu'elles ne flattent que certains producteurs.
On sent bien, d'ailleurs, que le jeu est truqué. Pourquoi se voir refuser l'accès à une propriété réputée (même si c'était une boutade de votre part) car on a osé prétendre qu'un autre vin est tout aussi bon? Ca devrait au contraire pousser le propriétaire à faire encore mieux et à inviter les gens pour le prouver, bref...
Je finirai par dire que je considère que le suisse romand est chanceux en matière de vin, car il n'y a pas de vraiment grandes propriétés de part chez nous, et qu'il est donc facile de trouver du vin d'artisan, très bon voire excellent, à des prix compris entre 10 et 20 euros la bouteille.
Et comme vous parliez de valoir 3x plus que ce que vous les avez acheté, certains de ces vins ont été plébicités avant des bordeaux vendus 100euros. Comme quoi, même les petites productions n'ont pas besoin de prix forts pour être bonnes et vendues ;o)
Personnellement je n'achète rien au-dessus de 50 euros (pour l'instant !), bien que j'en aurais les moyens . Comme vous le dites on peut trouver de très bons vins sur le marché (suisse) tels que le Léoville Barton 2002 à 37 euros, le Branaire 2002 à 20 euros, le Sociando 2000 à 40 euros, le Lirac RDB de la Mordorée à 19 euros et le Châteauneuf ... cela TVA comprise et si vous choisissez bien vos négociants, vous pourrez même vous faire changer ou rembourser les bouteilles défectueuses
Vous dites qu'un Pontet-Canet arrive à la hauteur d'un Latour qui a un prix ridicule. Dans ce cas, il serait stupide d'acheter un Valandraud au prix du marché (223 euros chez V... pour le 2005). Ah, si M. Thunevin était mon ami !!! Ca me fait penser au prix que j'avais payé pour le P.C. pour le millésime 1994 : 13 euros avec TVA !!!!!! Pour un vin noté 92 par Bobby, c'était une affaire. Je regrette presque de n'en avoir pris que 12 bt. Non il est vrai que dans ma philosophie, regretter est parfaitement inutile. Pour éviter le risque d'en avoir, j'ai décidé de ne plus rien acheter en primeurs. Merci cependant pour vos conseils d'achat (j'avais acheté du La Garde 1996 que j'avais trouvé excellent et cela pour 12 euros) concernant des vins qui correspondent à ma limite de prix. Quant au Troplong-Mondot, je constate que son prix a quadruplé en 2005. Certes chacun est libre d'acheter ou pas. Il est clair que pour un directeur de banque suisse (celui de l'UBS touche 22 millions de francs suisses par an !!) cela sera plus facile !
Le monde du vin est captivant. Il n'est pas évident de rester lucide et d'avoir l'esprit critique, car l'on tente de nous manipuler de toute part. Tout ce qui brille n'est pas de l'or, mais avec l'expérience et de la persévérance l 'on devient plus apte à discerner les choses.
Je vous remercie Hervé de me traiter de "malade" mais je pense que d'après notre rencontre cela doit être très affectueux dans votre bouche. Sinon je pense qu'il faut avoir une certaine dose d'inconscience pour faire notre métier. Par exemple hier il est tombé 40 mm en 5 minutes à 21 H avec quelques petits cailloux sur le vignoble de 60 Ha - aprés inspection de 22 à 2H du matin à la torche rien de graves ( dommage pour la demi finale du mondial). Sinon au plaisir de vous rencontrer sur vos terres.
Réponse de HB : C'était plus qu'affectueux, c'était admiratif... Et bravo encore pour ce vin, sans doute l'un des tout meilleurs rapport qualité/prix du millésime. Hervé.Guillaume