Cuisine et réflexions

Dimanche, en équeutant cassis et groseilles avec concentration en vue de faire une « Rotte Grutze » (je vous mettrai la recette, si j’ai le temps), je pensais, songeur, à la campagne primeur des grands crus de Bordeaux, qui, cette semaine sans doute, va connaître son épilogue avec la sortie de Cheval-Blanc et d’Ausone.

Il faut dire que depuis quelques semaines, au cours de nos voyages ou en recevant des amateurs au domaine, il a été difficile d’échapper à une discussion éternellement renouvelée qui commence en général par un « et vous, qu’en pensez vous ? ». Ce fut d’abord « à votre avis, à quel prix vont-ils sortir ? ». Puis, depuis deux semaines, « que pensez vous de ces prix délirants »?, une partie de la réponse étant alors contenue dans la question ;-).

Je n’ai pas vraiment de jugement – car c'est ce qu'on me demande, un jugement, et non un avis ;-( – sur cette incroyable campagne primeur dont on se souviendra longtemps à Bordeaux. On ne peut résumer la question à des « pour » ou des « contre », à des « c’est normal » ou « c’est révoltant ». Nous sommes après tout dans une économie de marché et personne n’oblige personne, un révolver sur la tempe, à casser sa tirelire pour acheter des bouteilles de vins dont les plus chères vont osciller rapidement entre 500 et 1000 euros pièces, hors taxe, bien entendu. Chacun fait après tout ce qu’il veut de son argent, souvent chèrement gagné et abondement imposé. En passant, n’oublions pas que le moindre euro encaissé par les châteaux sera taxé de 19,6 % de TVA et, au minimum, de 33 % d’impôt sur les sociétés, ce qui fait que 50 % au moins du prix de vente sera réinjecté dans la collectivité, par des gens riches pas du tout choqués, pour une fois, d’un taux de prélèvement que l’on peut difficilement, dans ce cas, taxer d’abusif puisqu’il est volontaire ;-)))

Donc, même si je ne sais pas vraiment si c’est bien ou si c’est mal, cette incroyable campagne primeur me laisse songeur et m’inspire plusieurs réflexions, pas mal d'avis et encore plus de questions, que je vous livre ce matin. Bien sûr, certains vont encore me descendre en flammes en disant que je suis mal placé pour parler, puisque je vend quelques bouteilles de vin au prix des meilleurs GCC. Tant pis, on y va, je suis habitué. C’est un peu décousu, voire carrément brouillon. Mais vous m’excuserez, j’en suis sûr. C'est surout très long, mais coupé en deux, cela ne voulait plus rien dire. Donc, si vous en avez marre, lisez-le en plusieurs fois ;-).

• Je suis presque à la fin de l’histoire de Château Latour en deux volumes (collectif, sortie dans les années 70). Dans les plus grandes phases de prospérité du château, depuis deux siècles, de 1770 à 1970, les prix entre Latour et un vin Bordeaux banal oscillaient d’un rapport de 1 à 4 à un rapport de 1 à 10. Jamais plus, si j’ai bien tout lu. Aujourd’hui, entre un bordeaux à 1 euro H.T. la bouteille départ propriété, chose courante, et un latour à 350 euros en première tranche (on va avoir des surprises par la suite…), le rapport est de 1 à 350. Voire, au public, d’un rapport de 1 à 1000 (Ausone, Pétrus, le Pin, etc., après quelques mois ou années de garde). Stupéfiant. Unique. Il faut s'immerger dans le monde du parfum, des bijoux, de la haute couture, à vrai dire au cœur du l’industrie du luxe, pour retrouver de tels écarts…

• On ne boira jamais de grands crus classés 2005 au restaurant. D’autres les remplaceront, la nature ayant horreur du vide, de nouvelles marques apparaîtront. Réjouissons nous pour elles.

•Il faudra donc inviter ses amis à la maison pour partager les grandes bouteilles. Parce que boire des bouteilles à 500 euros tout seul, ça doit être drôlement triste ;-)) Les riches auront-ils plus d’amis ? En-ont-ils assez, des amis « appréciant le vin » du moins ? « Chef à domicile », dîner autour d’un GCC 2005, le marché est désormais prometteur ;-)). Parce qu’au niveau de l’harmonie met vin, il ne faudra pas se gourer ;- ))

• Quand ouvre t’on une bouteille à 1000 euros ? J’avoue que jusqu’à 200, 300 euros, j’arrive à ouvrir volontiers une bouteille, dans une occasion exceptionnelle et si mes invités sont des amoureux du vin sincères. Je dois bien en avoir aujourd’hui une trentaine dans ma cave, plutôt des vins anciens, qui ont vu leur prix augmenter au fil du temps. Mais au dessus de 500 euros, j’avoue que j’ai (pour l’instant ;-)), un léger blocage. J’ai une Romanée-Conti, je l’ouvrirai sans doute un jour, pour nos 20 ans de mariage ou un truc exceptionnel dans le genre. Mais si j’avais 120 bouteilles à ce prix, finalement pas vraiment rares (les premiers produisent entre 100 000 et 250 000 bts…), à quelle occasion, dans quelles circonstances les ouvrir ? Quel est le « moment de consommation » propice au sacrifice d’une telle bouteille ? J’avoue que j’ai du mal à le définir…

• Entre un somptueux 2004 à 100 euros et un 2005 à 500, 600 ou 1000 euros, à l’aveugle, le plaisir gustatif est t’il 5, 6 ou 10 fois supérieur ? Un dégustateur « normal », qui aime juste le vin comme j’aime le tennis, le jour de la finale à Roland Garros, peut-il le percevoir ? Et moi, tout meilleur sommelier de France, journaliste d’expérience et vigneron que je suis, ai-je vraiment les compétences, le talent, l’expertise pour ressentir tout cela ? Pour ressentir 1 « point » de plus ou de moins ? Pour avoir plus d'émotion avec un 98 pts qu'avec un 97 pts ou un 95 pts ? Si j'achète un 98 pts, « l'Extase » est-elle garantie ?

• A la louche, quatre œnologues conseillant 70 % des GCC, appliquant leurs recettes qui sont parfois les mêmes, et personne, même Bob, n’étant plus capable, à l’aveugle, à coup sûr, de différencier un Pauillac d’un Saint-Julien ou d’un Saint-Estèphe ni un cru d’un autre, à un certain niveau, est ce bien raisonnable de payer 10 fois plus cher un Mouton qu’un Pontet-Canet, qui, à l’aveugle, le dominera ou du moins l’égalera à coup sûr ? (MAJ : je recois aujourd'hui un article de Michel Bettane, avouant avec une franchise et une humilité qui l'honorent qu'entre un GCC 2000 et un 2001, il n'a pu déceler le millésime...)

• L’être humain est il si naturellement bon et la confiance que nous mettons en lui si grande, que nous pensons que nul n’aura la tentation de transformer quelques cuves de second vin à 30 euro en premier vin 10 fois plus cher ? Plus généralement, est-ce bien raisonnable de mettre autant d’argent dans un échantillon qui n’a que bien peu de chance de ressembler trait pour trait au produit final ? A ces prix là, la promesse est drôlement ambitieuse... Espérons que tous les vins tiendront justement leurs promesses. Pas comme en 2000 ou en 2003, pour de nombreux crus...

• A ce prix là, les journalistes qui ont encensé le millésime, risquent de le goûter une fois en sortie (et encore pas tous les journalistes et pas tous les crus). Puis, plus JAMAIS. Ils n’en auront pas la queue d'une bouteille dans leur cave, ne le boiront jamais au restaurant. Sauf à un déjeuner de presse organisé par le château ou au château lui-même, s’ils sont invités et ce sera alors peu crédible car fort scénarisé. Plus jamais de dégustations aveugles. Plus jamais de nouvelles analyses. Impossibilité totale de savoir si le vin tiendra ses promesses, à la sortie, puis 5, 10, 20 ans plus tard. Est-ce bien sérieux ?

• Avec la généralisation de la note sur 100 comme unique critère de sélection (on ne regarde plus que cela, sans même lire les notes de dégustation, virtuellement interchangeables), n’importe qui peut s’amuser à noter et à classer les vins. Plus besoin d’articles. Plus besoin de justifier ses choix. Plus besoin d’expliquer ses goûts. Vous voulez faire journaliste ? C’est le moment. Vous vous faites inviter par l'Union des Crus Classés et le Cercle Rive Droite, vous notez, vous publiez sur Internet ou un sur un journal de province. Pourquoi ? Comment ? Quels sont vos critères de choix ? Votre goût ? Votre expérience ? Votre culture ? Vos opinions ? Votre combat (aie, un gros mot ;-). Tout le monde s’en fout. La note, c’est bien plus simple. Je suis étonné, d’ailleurs, de voir qu’un petit malin n’ait pas encore bondi sur l’embrouille et ne note pas sur 100 les restaurants ; les voitures ; les fringues ; les top-models ; les vignerons... et ce que vous voulez, en fait.

• Qui pourra « porter » de tels vins ? A 3 ou 6 000 euros la caisse, un caviste qui en porte ne serait ce qu'une dizaine, devra trouver un fond de roulement de 30 000 à 50 000 euros. Déjà, beaucoup d'entre eux ne veulent pas. Beaucoup ne le pourront pas. 2005, c’est donc peut-être le 3ème millésime du siècle en cinq ans, mais c’est surtout la première patate chaude du siècle. Tout le monde la fera sauter, pas longtemps, jusqu’à ce qu’elle arrive entre les mains du particulier. Après, pour s’en débarrasser, faire une éventuelle plus-value ou simplement récupérer sa mise, celui ci va devoir se lever de bonne heure.

• Au cours de l’euro actuel, l’amateur avide de spéculation à intérêt à surveiller le cours des monnaies et les sauts et les sursauts de l’économie mondiale

• La propriété continue à récupérer de la valeur ajoutée au dépend du négoce. Du moins sur les grands millésimes. Espérons que le négoce pourra continuer à vivre. Dans tous les cas, il ne pourra plus, sauf exception, lui non plus, « porter » les vins, à cause de leur prix. Et si, en plus, les taux d’intérêt remontaient ? Aie !

• De toute façon, si le propriétaire vend un vin super bien noté pas cher, ce sont les intermédiaires qui vont récupérer la marge et le prix final sera le même. Alors, comment lui en vouloir ?

• Si un Grand Cru bien noté ne vend pas cher, le marché (et le consommateur, complice…) interprète que le vin n’est pas bon, pas au top en tout cas, que ce ne n’est pas « le meilleur ». Avec la note sur 100, le prix de sortie est donc désormais le deuxième et le seul vrai critère de classement. On essaie de mélanger « prix », et « valeur », choses bien différentes en fait, en simplifiant à l’extrême la grille de lecture. Un nom historique, deux chiffres à retenir. Un peu simpliste à mon goût. Mais il sera difficile de revenir en arrière.

• Vendre cher, pour un propriétaire de Grand Cru, c’est aussi obtenir un statut social ou voir son statut social augmenter. Quand on s’est fait tout seul, qu’on « vient de nulle part », quand on a fait fortune dans le fromage, le jambon ou en montant des supermarchés, ne riez pas, c’est important. Futile, mais important.

• Les grands crus appartiennent aujourd’hui ou vont appartenir à des industriels, à des sociétés, qui vont les immerger plus que jamais dans le monde du luxe et du marketing. Cette année, on a drôlement progressé avec la vente de plusieurs châteaux prestigieux. C’est une question de temps pour que la plupart changent de mains. Les exceptions seront rares. Qu’il me soit ici permis de le regretter un peu, même, si je sais, à la clé, les vins seront sans doute (ou soit disant…) « meilleurs ». Je ne crois pas, comme l’a dit un jour Nicolas Joly, « qu’avant d’être bon, un vin français doit être vrai ». Je pense qu’un grand vin, d’où qu’il vienne, doit d’être bon ET vrai. C’est à dire qu’il y ait un homme derrière lui, une volonté, une vision, un chemin.

• La sélection des clients, « l’accès » aux vins célèbres, aux meilleurs vins, il faut aussi l’espérer, se fait aujourd’hui à Bordeaux uniquement par l’argent. Il est dommage que cela soit le seul critère de sélection. A défaut de pouvoir faire que cela change, il est bon de réfléchir pour tenter de ne pas être contaminé par cette façon de faire. Des solutions alternatives existent sans doute. En ce qui me concerne, je vais y réfléchir.

• On retiendra de 2005 que c’est l’année ou les GGC sont entrés définitivement dans un univers de « kids » et de « teens » riches et gâtés, qui est celui de la société que nous sommes en train de construire, soit activement, soit par notre passivité. Une année, on est prêt à dépenser n’importe quel prix pour un produit qu’il FAUT absolument avoir, une paire de tongues Prada, un jean déchiré de Dolce et Gabanna, le sac Vuitton série spéciale, le tout chez Colette. L’année suivante, c’est les soldes permanentes, le discount, voire la contrefaçon. Tout est bon pourvu que l'on se « paye des marques » à prix cassé. Que le vin soit bon ou non, quelle importance pourvu qu'il soit pas cher et qu'il soit prestigieux. C’est le cas de 2002, de 2004, sans doute de 2006. Dans les deux cas, on est « heureux » parce qu’on « consomme ». Il faut dire que c’est bien agréable. Que celui qui n’a jamais consommé jette la première pierre.

• N’étant pas millionnaire, je suis aigri, diront certains, de voir ces vins, que l’on me dit exceptionnels, échapper à mon palais de passionné. C’est peut-être en partie vrai. Comme disait ma grand-mère, « si tu demande le prix, c'est que déjà tu n'as pas les moyens ». Mémé, tu me manques.

• Ne désespérons pas. Il existe d’autres voies. Il y a de vrais vignerons, de bons et de grands vins de Bordeaux, à des prix élevés mais qui restent humains. Il serait dommage que les excès de certains détournent les amateurs de ceux qui aiment leur métier et font des vins superbes en dehors du système des crus classés.

Ouf. Et bien, il y a des jours comme ça où je m'étonne moi même. J'en avais apparement gros sur la patate (chaude...). Le blog, psy ou confesseur ? Ou les deux. Bon, encore pardon, c'est un peu indigeste, mais c'est venu comme ça. Aussi long, je ne sais pas si on le reverra ;-)). Bon, une pause s'impose. A +

10 commentaires

#1. Luc | mardi 27 juin 2006 - 21:18

Merci, j'adore ;-)

Et tout ceci représente quels parties du bordelais? 2%, 4%?? Et quelle partie des vins français ou européens?

#2. Fred | mercredi 28 juin 2006 - 08:26

héhé, c'est très juste il faut le reconnaitre.
C'est du luxe en effet, acheter de telles bouteilles revient à du snobisme, comment justifier un tel prix? Il est évident que ces crus ne peuvent qu'être annoncé comme exceptionnels, on ne va pas dire d'un vin à 1000euros la bouteille qu'il n'est que commun. Maintenant je suis certain qu'on peut en trouver du tout aussi bon, voire meilleur pour moins cher.
Ce que je trouve dommage dans le cas présent, c'est que ça dévalorise les autres vins, abordables et excellents, car les clients, n'y connaissant pas grand chose, se baseront sur le prix des bouteilles, en partant du principe que si elle n'arrive pas à un certain prix, elle sera moins bonne, ou pas digne d'être présentée sur une table de snobs.
Ca me rappele une anecdote d'un vigneron qui racontait, sur son blog, que lors d'une visite de gens de la "haute société", industriels et managers de sociétés, ils lui ont clairement dit que même si son vin était excellent, le prix n'était pas assez élevé pour que ses bouteilles figurent à la table de ces visiteurs...quelle mentalité de pauvres gens il faut avoir pour tenir pareil discours.
Voilà des excellents exemples, je trouve, de la perte du sens du juste que l'argent peut amener.

#3. tchoo | mercredi 28 juin 2006 - 11:54

Que voulez vous rajouter à tout ceci: il y a tout!

sauf: n'est-ce pas une fuite en avant, avant la chute vertigineuse.........

#4. Eric C. | mercredi 28 juin 2006 - 14:55

Quelques réactions, un peu en vrac aussi :

1. "Quand ouvre t’on une bouteille à 1000 euros ? J’avoue que jusqu’à 200, 300 euros, j’arrive à ouvrir volontiers une bouteille [...]"

On peut donc aisément supposer qu'il y a une clientèle pour des flacons 4 à 5 fois plus chers que ceux que tu ouvres (je suppose que ta petite entreprise, puisqu'elle ne connait pas la crise, marche pas mal, mais je ne crois pas que tu émarges à une rémunération comparable à celle de Zacharias :))

HB : malheureusement (ou heureusement ;), tout est vrai. Voir mon billet du 29/06. On ne fait pas partie du club...

2. "Entre un somptueux 2004 à 100 euros et un 2005 à 500, 600 ou 1000 euros, à l’aveugle, le plaisir gustatif est t’il 5, 6 ou 10 fois supérieur ?"

Question bête, si je peux me permettre (je me permets parce que je sais qu'on sera d'accord :)). Le plaisir est au mieux une fonction logarithmique du prix, et sans même voler dans ces sphères là, un vin à 50 euros ne me procure de toute façon généralement pas 5 fois plus de plaisir qu'un vin à 10 euros.
Le problème ne se pose pas en ces termes, je crois. Si, après avoir bu une bouteille je ne fais plus attention à son prix, c'est qu'elle le vaut, tout simplement ...

HB : le plaisir gustatif, certes. Mais il y a un plaisir lié à la marque, au privilège, au prix, à la rareté. Sinon, tous les amateurs de Monet auraient une beau poster au mur. C'est l'original qui compte. Le fait d'accéder à quelque chose auquel les autres n'ont pas accés... Mais pour le plaisir, je suis bien sûr d'accord.
3. Les notes sur 100 pour les restaurants, je crois que c'est déjà fait :)

4. Si trop peu de cavistes acceptent de sortir 50 keuros pour un seul vin, le soufflé retombera de lui-même. Et i certains négociants doivent y perdre des plumes dans l'affaire, je n'irai pas pleurer sur leur sort. Il est tentant de jouer avec le système jusqu'à plus soif, mais ils ne mériteront aucune compassion si le système implose.

HB: c'est la patate chaude dont je parlais. Personne ne portera de grande quantités de 2005. Sauf bien sûr les châteaux... Avec 90 de bénéfice pour certains d'entres eux au bilan dans deux ans, ils peuvent se le permettre. Et même si le vin baissaient, une solide marge resterait à faire...
5. "Si un Grand Cru bien noté ne vend pas cher, le marché (et le consommateur, complice…) interprète que le vin n’est pas bon"

Je n'y crois pas un seul instant. Pas si les Grands Dégustateurs Certifiés affirment le contraire, tout du moins. Le monde du vin regorge de producteurs qui parviennent à faire très bon (et sont notés en conséquence) sans faire absolument coller leur production à une stricte adéquation offre-demande. Heureusement ...

HB : Pour la plupart des vins, je suis d'accord. Dans le haut de gamme, pour des vins chers et « marketés », c'est le prix aujourd'hui qui influe sur la demande. Toujours dans le haut de gamme, pour les vins réellement émouvants et uniques, c'est toujours la demande qui conditionne le prix et là, souvent, le vigneron, le vrai, le dur, le tatoué, fait comme il peut pour avantager ses clients historiques ou les vrais passionés.
6. Ah ben non, c'est fini ...

#5. patrick grisard | jeudi 29 juin 2006 - 14:52

Votre commentaire analyste devrait être présenté à tous les vrais consommateurs de vins. Créateur d'une propriété fin 2004, mon premier millésime est 2005 (merci dame nature), mais si je n'avais pas fait tout un travail de titan sur chaque pied de vigne cela aurait été moins facile. Beaucoup mon traité de fou vu la conjoncture et m'ont prédit un avenir pitoyable.
J'ai repris une parti d'un vignoble fait pour le rendement et j'ai réussi pourtant à faire un très joli vin (du moins pour moi). Votre ami Monsieur Thunevin, qui dit sur son blog que les notes de Tanzer sont en dessous de 3 points par rapport à celle de Parker, m'a fait un peu sourire car Tanzer m'a mis 87/89 ce qui voudrait dire 90/92 à Bob.
Pour une première année j'ai tout de même tenter une sortie primeur: très difficile car mon nom de château est une création et les professionnels pour la plupart ne travaillent que les notes Parker. Qu'ai-je donc de si différent? J'ai fait une sortie à 5.5€ HT pour un vin je pense très réussi. Ceux qui vendent à 10, 20 ou 50 fois ce prix sont-ils aussi passionnés que je le suis, travaillent-ils chaque pieds de vigne avec le même soin, apportent-ils autant d'amour à ce métier si rigoureux?
Je pense avoir un esprit logique et souhaite continuer à faire ce métier de la plus belle des façons: en respectant mes pieds de vigne pour transmettre à chaque consommateur ce que ressent un vrai passionné!

#6. Eric C. | vendredi 30 juin 2006 - 10:54

"Ceux qui vendent à 10, 20 ou 50 fois ce prix sont-ils aussi passionnés que je le suis, travaillent-ils chaque pieds de vigne avec le même soin, apportent-ils autant d'amour à ce métier si rigoureux?"

Hervé vend un vin près de 40 fois ce prix. Je serai curieux d'avoir sa réponse :)

Réponse de HB : Pour cela, il suffit de venir voir nos vignes, puis, si tu le souhaites, de témoigner. Pour bien comprendre, ce serait encore mieux de travailler avec nous quelques heures ;-)).
#7. Kanipump | vendredi 30 juin 2006 - 11:34

Le plus dommageable dans tout cela reste bien le fait que le consommateur averti ou simple passionné n'aura jamais la chance de goûter un GCC 2005 de Bordeaux.

Ou vont donc finir toutes ces bouteilles ???

#8. Eric C. | vendredi 30 juin 2006 - 22:34

Hervé, pour ma part je n'ai aucun doute sur la pénibilité de votre boulot, et je sais que planqué derrière mon bureau je suis bien tranquille en comparaison. C'est le sous-entendu de Patrick G. qui tombait un peu comme un cheveu dans la barrique ...

#9. Hervé Bizeul | dimanche 2 juillet 2006 - 10:17
Cher Eric, désolé de ma réponse laconique, mais ce blog n'est pas un lieu où faire la promotion du Clos des Fées, me défendre ou me justifier. C'est un espace semi-public où je raconte ma vie de vigneron et d'amateur de vin. Nous nous comprenons, je pense, et je dis cela tout à fait amicalement.

En ce qui concerne la réflexion de Patrick, qui s'adressait je pense à des châteaux de sa région (il ne doit pas être le seul à penser cela, y compris chez certains qui font du mauvais vin par dessus la jambe...), si je devais ajouter un commentaire, ce serait pour dire que l'on ne peut comparer que ce qui est comparable, c'est à dire que la passion et l'amour et n'ont rien à voir avec la qualité, le prestige, la notoriété ou la réussite commerciale.

Comme le dit Jean-Luc Thunevin sur son blog, peut-être un peut sèchement mais fort justement, Patrick a déja la satisfaction de voir son vin exister et de pouvoir le boire. En cela, il a déjà de la chance, et, puisqu'il est passionné et sincère, il devrait s'en réjouir, voire être comblé.

Son désir de voir ses vins vendus à un prix assez élevé est naturel et compréhensible, ne serait ce que parce que cela lui donnerait la liberté de faire encore mieux son travail. C'est mon cas et, aujourd'hui, si mes revenus n'ont pas vraiment augmenté, le « train de vie » de mes vignes est quand à lui fort luxieux, ce qui me remplit indirectement de joie. Quand aux « points » que l'on peut décerner à mes vins, si cela peut aider des consommateurs coréens ou chinois à se simplifier la vie au moment du choix, je suis pour. Mais en dehors de cela, franchement, cela m'indiffère totalement. Je suis conscient de la « valeur » de mes vins.

Le problème, à mon sens et sans vouloir faire de la philosophie de comptoir, ce à quoi ma nature bavarde me pousse naturellement ;-)), c'est que quand on se demande aujourd'hui si un vin a « de la valeur », on ne résonne qu'en le mesurant sur une échelle de prix. Pour moi, pour peu que le vin de Patrick soit bon, ce dont je ne doute pas, il a déjà beaucoup de valeur parce qu'il a sans doute du faire de nombreux sacrifices (et sa famille avec lui), y a beaucoup travaillé en plus de son boulot normal, a pris des risques financiers considérables et y a mis une grande partie de lui même, de sa passion, de sa fougue. Donc, pour moi, et pour beaucoup d'amateurs de vins, il a, ou du moins devrait avoir, de la valeur.

Encore faut-il qu'il arrive à faire passer toutes ces informations auprès de l'amateur de vin. Dans un monde où tout est comparé avec tout et l'où on additionne miraculeusement des pommes et des poires (un Saint-Emilion qui a « 94 points » est-il meilleur qu'un Sauternes qui en a « 92 » ? Existe t'il une question plus idiote, quand on y pense... ), ce n'est pas facile. Je m'interroge QUOTIDIENNEMENT sur le miracle qui a fait qu'en huit ans à peine, le Clos des Fées ait acquis une telle renommée. Sans pouvoir vraiment apporter de réponse. Sans doute l'Internet y est-il pour quelque chose. Claudine me disait hier qu'elle avait lu un truc dernièrement ou un expert disait que les trois plus importants évènements de l'histoire de notre civilisation étaient : l'invention de l'écriture; l'invention de l'imprimerie; l'invention d'Internet. Peut-être sommes-nous, en écrivant et en lisant ce blog, en train, sans le savoir, de mettre en route de nouveaux moyens de communication qui, indirectement, seront à l'origine de la notoriété rapide de nouveaux crus, un jour sans doute aussi fameux que Latour ou Ausone. Comme disait ma grand-mère : « pourvu que ça dure...»

#10. patrick grisard | mardi 4 juillet 2006 - 07:59

Cher Hervé, je vois que vous avez très bien cerné la situation: mon produit m'a tout prit ou plutôt je lui ai tout donné, je peux vous dire que j'en suis fier et que rien ni personne ne m'empechera de continuer à soigner chaque bout de parcelle avec le même regard méticuleux pour arriver à en tirer toujours le meilleur. Pour une première, je suis d'accord avec Jean-luc qui m'explique que je dois être déjà fier de pouvoir boire et faire gouter mon vin. C'est une création est j'ai quand même 2 sociétés qui m'ont fait des primeurs, je suis conscient que c'est assez extraordinaire. Rassurez-vous je ne suis pas pessimiste concernant la commercialisation car le passage par la place me semblait assez incontournable mais il n'y a pas que ce créneau. Chaque fois que je fais gouter mon vin on me fais remarquer que mes yeux pétillent, que je ne m'arrête pas d'en parler comme quelqu'un qui voyait marcher son enfant pour la première fois. Tout ceux qui ont créer quelque chose ont du ressentir surement le même chose! Il y a au fond de moi une motivation que rien n'arrêtera, qui sait peut-être un jour aurez -vous la possibilité de le goûter, les avis bons ou moins bons sont toujours les bienvenus, c'est comme ça que l'on progresse. J'espère que nous en reparlerons d'ici 1 ou 2 millésimes.

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