Robert, par cœur...
Dans la série des «bonnes histoires de Tonton Hervé», que certains me signalent en se délectant qu’elles sont dignes de la dernière page de GALA, fort pertinement intitulé «chuchotements»-;-)), j’en ai une bien bonne à vous raconter.
Un client grand amateur de vin, appelons le Monsieur X, histoire de mettre un peu de mystère dans cette affligeante histoire, est très actif sur certains forums internet US, dédiés au vin. Il s’y fait des amis. De passage à N.Y city pour un déplacement professionnel, il convient d’un rendez vous amical, ravi de l’occasion de pouvoir mettre un nom sur le visage des ses amis virtuels. On se retrouve, on se shake longuement les hands, et, comme il se doit, on commence à ouvrir des topettes, chacun ayant amené une bonne bouteille. Le thème, c’est Bordeaux. Les crus classés voient leurs bouchons s’envoler, les verres se remplissent.
A peine monsieur X a t’il son verre en main, avant même qu’il est pu y tremper le nez, les commentaires fusent : blackberry, cherry, smoothy, j’en passe et des meilleures, un américain énonce un commentaire brillant, complet, une analyse sans faille, incluant le potentiel de garde. Monsieur X n’en revient pas. Deuxième vin. Un autre dégustateur se lance immédiatement dans la même aventure : note de dégustation très complexe, particulièrement détaillée, presque instantanée. Au bout de trois ou quatre bouteilles, Monsieur X, perplexe, se doute qu’il y a un loup. Grand spécialiste du Bordeaux, ces notes lui disent quelque chose... Bon sang, mais c’est bien sûr ! Ce sont les notes de Bob, publié dans son dernier guide ! Il pose la question. On lui répond sans complexe : en vue de la dégustation, chacun a appris les notes de Bob par cœur, afin de briller auprès du Frenchi !
Comme disait je ne sais quel humoriste, « c’est inévitable, chaque année voit arriver son nouveau lot de cons. Mais cette année, j’ai l’impression que ceux de l’année prochaine sont déjà parmi nous ! » ;-)).
Bon, en même temps, ailleurs, on progresse.
A Zurich, pendant le cocktail au Tao’s, rencontre avec un restaurateur New-Yorkais. Jeune, sympa, passionné de vin. 23 ou 26 places, 160 couverts les bons jours, il n’y a qu’à N.Y. qu’on voit ça…
On parle de vin. Du comportement, comment dire, tendance discipliné option « moutonnier » des américains, hyper réceptifs au marketing, à la simplification maximum, aux classements, aux notes. Il me dit que chez lui, ses clients sont pourtant en train de changer. Après être venus au vin par les cépages, ils ont découvert les marques. Mais cela ne suffit plus à de nombreux passionnés, qui veulent aujourd’hui eux aussi accéder aux vins originaux, personnels, à forte personnalité. Ils ont leur propre avis, annoncent leurs choix, n’ont plus peur d’exprimer coup de foudre et déceptions.
Tout n'est pas perdu ;-))
2 commentaires
Quelle bonne histoire, et bien racontée! ;-)
Amitiés
Alain
Bonjour,
C’est surtout la fin de cette histoire qui m’impressionne ! Un local de 25 places qui arrive à faire jusqu’à 6 services, simplement parce que les produits sont de qualités et servis avec des vins 3A (d’Artisans, d’Auteurs et d’Artistes).
Je ne connais pas NYC, mais plus près de nous, à Barcelone, de tels endroits existent et sont exceptionnels. Le Piratas où Louis le boucanier vous concocte des plats de très haut niveau dans une salle qui accueillera 15 personnes grand maximum. Le Bar Mut qui ne paie pas de mine, mais dont la qualité des plats s’accordera à merveille avec une carte des vins impressionnante, avec là aussi une trentaine de places.
De tels lieux sont magiques pour y découvrir des vins et se forger sa propre opinion, bien loin de tels dégustations qui manquent de passion.
Bon Appétit !
David