A la vie, à la mort.
Vivre dans un village de quelques centaines d'habitant n'a pas que des avantages. Mais ça, j'imagine que vous vous en doutiez un peu. Moi, j'aime ça, cette ambiance de tribu où tout le monde connait tout le monde, où il est impossible de déménager dès qu'on est fatigué de ses voisins (quand on les connait, ce qui n'est pas courant en ville...), où l'on se salue dans la rue et où, quand on change de voiture, les regards se chargent de sous-entendus ;-)
Bon, je n'ai pas envie de vous faire « un jour en Provence » en vous romançant le quotidien de mon village du Roussillon, mais de vous parler de quelque chose de grave, pour une fois. Une chose à laquelle, en m'installant ici, je n'avais que bien rarement pensé.
Cette chose, c'est la mort, tout simplement.
Ici, dans un village, la mort ne peut être dissimulée. Elle fait partie de la vie. On voit les gens, les voisins, les amis, vieillir doucement, au quotidien. On les voit ralentir, puis, souvent, à la fin, abandonner leur visite quoditienne, sur la place, où ils commentaientle temps qu'il fait, le millésime en cours où ceux des années 50, les performances des joueurs de boule...
Et puis, un jour, d'un seul coup, il faut se préparer pour aller à leur enterrement. Tout le village suit, lentement, jusqu'au vieux cimetière où poussent des cyprès centenaires. En vivant en ville, je n'étais, quand j'y pense, allé qu'à deux enterrements, celui de ma mère, puis, des années plus tard, celui de mon père. Ici, dans mon village, la mort n'est pas niée, pas cachée. Elle fait partie de la vie. Elle marque la fin d'un cycle. Elle me semble, finalement, plus facile à accepter. Surtout qu'ici, on vit souvent jusqu'à un âge respectable, en pleine santé jusqu'au bout, sans doute un peu grâce au vent du nord et à l'eau de source, qui sort devant la maison.
Le plus dur, c'est quand, comme cela m'est arrivé il y a deux semaines, quelqu'un qu'on aimait particulièrement s'en va pendant qu'on est pas là. Qu'on est à New-York. Ou à Paris. Où je ne sais où. Mais on n'est pas là. Et on le regrette. Parce qu'on ne peut terminer un cycle que l'on sait naturel.
Tout ça pour dire, mon ami, Louis, parti trop tôt malgré tes 82 ans, dans ton sommeil, que je n'oublierai jamais notre première rencontre, sous un cerisier, il y a 8 ans presque jour pour jour, où, de ta grosse voix rocailleuse, tu m'as fait une peur bleue en m'expliquant que ce cerisier que je pensais sauvage t'appartenait et qu'ici, on était respectueux des cerises des autres. Juste après, on s'est mis à parler de la vigne, de ta jeunesse, toujours devant même quand tu étais derrière ton cheval, toujours prêt à entreprendre. Cette vigne, tu me l'as vendue, quelques années après, au moment de la retraite. Un vieux carignan de coteaux, forcément court-noué et donc bien amélioré par l'un de ces "pisses vins" à l'ancienne dont tu avais le secret. Pour nous tous, elle restera la « vigne de Louis » aussi longtemps que le domaine vivra.
J'espère mon ami, que de là où tu nous regardes, tu me pardonnes de n'avoir pu t'accompagner à ta dernière demeure. Je regrette vraiment de ne pas avoir pu te dire au revoir. Si je n'étais pas là, c'était pour pour une bonne cause, pour défendre la réputation des vins de ce village que tu aimais tant et pour lequel tu t'es tant battu. Alors, de retour, enfin au calme, j'ai choisi de te dire au revoir sur ce blog. Et le regard des autres, je m'en fous.
J'espère qu'ayant retrouvé ton courage de jeune homme, tu laboures en chantant les vignes du seigneur.
Bon vent, l'ami.
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