La relaxation par l'asperge

Il y a bien longtemps, à l'époque où je m'étais lancé dans l'aventure folle de GRAPPES, l'annuaire des vignerons et des professionnels du vin (pour ceux qui l'avait acheté, un grand merci au passage), je m'étais mis en tête de vendre cet ouvrage, trop tôt disparu, j'en conviens, grace au « marketing direct ». J'avais donc acheté un livre, qui devait porter un titre dans le genre « comment écrire une lettre qui vend » ou un truc comme ça. Je ne me souviens plus de la nature exacte ni du degré de pertinence des conseils que l'auteur dévoilait à notre regard ébloui, mais je me souviens d'une chose que je n'ai jamais oublié, ce que l'on pourrait appeler la « Règle d'Or » du marketing direct. Elle se résume en une phrase :

« Tout ce qui peut être mal interprété... le sera »

Donc, la « relaxation par l'asperge » ;-))), c'est ce que j'ai trouvé de mieux pour, en cette saison, après un déplacement toujours trop loin et toujours trop long, me « reconnecter » avec mon terroir, avec ma terre, avec mes Pyrénées-Orientales.

C'est très simple. Cela consiste à partir à l'aventure dans les vignes, habillé comme un gitan, une vieille canne (léguée par ma grand-mère et gardée je ne sais pourquoi) à la main afin de (tenter de...) récolter des asperges sauvages.

Au pied des murets de pierres sèches, au fond des sous-bois, sur les bords des chemins, dans les fossés mal entretenus, se développe en effet avec vigueur sous nos latitudes cette herbe que l'on dit mauvaise, l'Asparagus.

Déjà tout petit, en Provence, où j'ai passé une partie de mon enfance, cette activité me transformait, dès les premiers beaux jours, en chercheur de trésor ou en trappeur du grand nord. Entrainé par la lecture de « l'Ile au Trésor » ou de «l'Appel de la Forêt » et autres romans de Jack London, j'usais mes pantalons à la recherche des précieuses asperges que ma mère, avec enthousiasme, me cuisinait en omelette. N'ayant plus l'agilité (ni la corpulence, je sais, je sais ;-)) de mes jeunes années, je me contente aujourd'hui des abords de mes vignes.

L'activité est vraiment très relaxante. Il fait beau. Il fait doux. On se promène, tous les sens en éveil, regardant à la fois loin et près, l'asperge pouvant être à peine sortie ou déjà montée. Il faut regarder à la fois en avant et en arrière car, souvent, un autre angle vous permet de voir un turion (ah, ce Bizeul, il en connait des mots...;-)) qui vous avait échappé alors qu'il était littéralement sous votre nez quelques instants auparavant. Au bout de quelques minutes, on se rend compte qu'en réalité, on cherche depuis... 3/4 d'heure, tant le temps a passé vite. Concentré à 100 %, attentif à ne faire qu'une chose à la fois, le cerveau se vide, la marche, lente, entrecoupée de génufléxions régulières dignes d'un chemin de croix pascal, fait le reste. A la fin, on est plus détendu qu'après une séance de massage du pied. Et dieu sait pourtant que le massage du pied, ca détend ;-))

Bon, ça peut aussi énerver, vite et bien, si on le souhaite. Il suffit pour cela de partir en chasse avec mon voisin et ami, Jacques, qui, lui, est un expert de la chose. Il se positionne, sournoisement, 3 ou 4 mètre derrière vous et, toutes les 30 secondes, vous annonce d'un air goguenard : « et celle là, elle te plaisait pas ? »; « et celle là, comment as tu fait pour ne pas la voir ? » ; « et celle là, elle était trop grosse pour toi ? » A la fin de la cueillette, il en a deux gros bouquets de 10 cm de diamètre, soit 4 ou 5 fois plus que vous. C'est lassant. Heureusement, on finit par en rire et, le soir venu, on les cuisine ensemble. (Jacques, si tu me lis -;)). Bon, pour mettre un peu de vert dans ce blog, j'en ai mis quelques unes sur mon scanner, au cas où vous n'en auriez jamais vu... J'ai aussi pensé à mettre l'omelette sur la vitre, mais j'ai pas osé ;-))

En conclusion, ceux qui suivent et ont l'esprit mal tourné comme certains vignerons de Maury (n'est ce pas JR ;-)), auront compris d'eux même la morale de cette histoire : la « relaxation par l'asperge » est un plaisir solitaire ;-)))

un commentaire

#1. Iris | jeudi 13 avril 2006 - 11:11

C'est définitivement la saison! Devant mon clavier hier soir et devant l'embarras du choix de sujets accumulés dans ma tête depuis mon retour d'Allemagne, je me suis égaré dans un tour aux asperges dans la vigne - rejoints aussi innocemment d'un détour dans me souvenir d'enfance concernant les œufs de pâques... Je ne dirais pas, que les grands esprits se rencontrent (pour ne pas copier Bizeul), mais quand on vit dans le même contexte, il y a une saison pour cela. Bon printemps!

Ps: lors de mon retour d'Allemagne, il y avait question du propriétaire du Clos des Fées dans le Thalys: un agent pour les vins Français en Allemagne et un de ses cavistes, interrogés par une vigneronne du "Sud de la France" sur leurs références hors Bordeaux (vers où ils allaient déguster les Primeurs), citaient Bizeul tout de suite après Gauby. L'un trouvait le personnage plutôt un peu gonflé et snob, l'autre protestait, en disant: "je lis son blog, c'est quelqu'un, qui aime son métier et en parle avec passion". Comme quoi....

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