Le calme après la tempête

Bon, j'aurais aimé avoir le courage d'écrire un petit billet vendredi, pour marquer la fin des mises en bouteilles. Mais, immédiatement, il a fallu se remettre à régler d'autres problèmes, pressé par les deux « temps », le « temps climatique », qui annoncait à nouveau des pluies pour la fin de semaine et qui ne nous laissait donc que deux jours pour avancer les labours et le « temps chronologique », en train de s'accelérer rapidement, car il reste des milliers de choses à faire avant de partir, mardi matin, pour les U.S.A.

Vendredi, le calme est donc revenu dans le garage. Tout le monde est épuisé et, pour ma part, mon stress est arrivé au niveau 3. Niveau 1, je mange. Niveau 2, je suis pris de sortes de crises de catalepsie et je suis prêt à m'endormir toutes les deux heures; niveau 3, encore jamais atteint jusqu'à mercredi, quelques minuscules boutons de stress, gros comme des têtes d'épingle, me poussent sur le menton puis disparaissent aussi vite qu'ils sont apparus. Pourvu qu'il n'y ait pas de niveau 4... Je vous laisse imaginer ce que cela pourrait donner ;-)))

Bon, les vins sont en bouteilles, ils vont rester deux ou trois mois au frais afin de se remettre du choc. Pour eux, finalement, il s'agit de leur vraie « naissance ». Je préfère envisager cela comme ça : être en bouteille, voilà le vrai commencement. Je sais, c'est bizarre, la plupart des vignerons vous dirait sans doute que c'est à l'entrée dans la cuve où à la sortie de la barrique que le vin « naît ». Mais pour moi, c'est quand il est dans la bouteille. Là, ca y est, j'ai la sensation de le laisser partir, de lui laisser sa liberté, de lui dire : « Vas y, ça y est, tu es libre, choisis ton destin, le jour et le lieu de ta dégustation, le moment où, je l'espère, tu livreras ton dernier combat, fier de provoquer plaisir et émotion ».

Les jeux sont faits, bien sûr, et, la tradition au domaine du Clos des Fées, c'est de, le soir venu, prendre une bouteille au hasard dans la pile et de l'ouvrir pour le diner. Finalement, la chance de n'avoir jamais travaillé dans un autre domaine, c'est que l'on peut imaginer que l'on trace son propre chemin, que l'on invente ses propres rites, alors que, si ca se trouve, tous les vignerons du monde font la même chose ;-)). Bon, et bien, je dois dire que, vraiment, le soir venu, épuisé et encore sous pression, ce n'est pas le meilleur moment sans doute pour être impartial sur le vin que l'on a sorti du néant. Mais quand, même, et bien ca fait plaisir de voir que l'on est arrivé à peu-près là ou on espérait aller. Satisfaction, donc, devant ces 2004 dont, honnêtement, je crois, on n'a pas fini de parler. En tout cas, Claudine et moi, on les aime et on en est fier. Et on espère que cette émotion sera partagée. Bon vent, mon vin...

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