Communiquer avec les extra-terrestre

Vous ai-je dit que j’aimais la Science-Fiction ? Sans doute. J’en lis depuis que je sais lire et, à vrai dire, j’ai bien dû lire au bas mot 60 % de ce qui a été publié en France depuis 40 ans. Dans chaque pièce de la maison du Clos des Fées, il y a des livres, une ou des étagères qui débordent de livres de science-fiction. Si l’on ajoute à cela les livres sur le vin ou la cuisine, et ceux de ma femme...on comprend que chaque décision d’aménagement tourne au drame, tant il faut déplacer de caisses de livres.

Bon, il m’en manque, bien sûr. Je me dis toujours qu’un jour ou l’autre, j’aurais le temps de chiner sur internet pour compléter par exemple ma collection d’Opta, la grande collection des années 70, cruellement incomplète malgrés les efforts, à l’époque, de toute ma famille pour la compléter à la moindre occasion, noël, anniversaire, dent arrachée ou récompense scolaire (oui, c’est sans doute pour cela qu’il m’en manque tant… ;-))). Mon ami Victor (Victor, si tu lis ce blog…), lui, travaillait déjà à la Fnac à l’époque et dans son salon d’amateur de vin trône la collection complète. Mais il ne la vendra jamais… Enfin, Victor, si un jour un échange te tente, tout est possible…

Bon, je m’égare, comme d’habitude. Ah, oui, je sais. Voilà ce que je voulais vous dire. Une des rares sources de dispute, avec ma femme, c’est quand on parle des extra-terrestres. La question qui la met en rogne, c'est une stupidité du genre : et si, tout d’un coup, au détour d’une chemin, suite à une grande lueur, etc, un vaisseau extra-terrestre apparaît à tes yeux éblouis (ou terrorisés, si tu n’aimes pas la S.F. ;-). Et si un extra-terrestre à l'aspect bizarre et plus ou moins engageant, te propose de t’emmener, seul, à la découverte de l’Univers, et bien... le suis-tu ?

Bon, inutile de vous donner ma réponse, elle est induite dans le fait qu’à la fin, on se dispute ;-)

Bien sûr, aucun vaisseau ne viendra jamais me chercher. Claudine pense que de toute façon, je suis naïf (elle n’a pas vraiment tort), et que je finirai comme cobaye de laboratoire ou spécimen de zoo ;-)). Mais bon, même s'il y a un risque et même si c’est pour un voyage sans retour, je partirai. Même pour juste un long voyage à travers la galaxie et non pour faire du vin sur Bételgueuse ou sur les lunes jumelles d’Aldébaran ;-)

Bon, le Bizeul, il est tard, il a bu et il délire. Non, non, oh lecteur, tu vas comprendre la raison de ce long préambule…

Car tu as compris, désormais, que j’ai longtemps réfléchi à la façon de communiquer avec les extra-terrestres. Que je suis ouvert. Que je cultive mon empathie, principale qualité du sommelier.

Et bien pourtant, avec certains fonctionnaires, impossible de communiquer ni de comprendre certains de leurs actes. Rien à faire. Même quand je ne suis pas en conflit larvé ou ouvert avec l’administration, et bien je ne comprends pas comment, parfois, certains de ses membres fonctionnent.

Explication.

Je suis abonné à une revue locale, « Terroirs », éditée par la chambre d’agriculture. Je suis obligé d’y être abonné, car j’ai fait un C.T.E. ou Contrat Territorial d’Exploitation, et puis, de toute façon, ca m’intéresse. On y parle technique viticole, protection des végétaux, matériel, météo, phyto, et, même si bien sûr je ne suis pas d’accord avec tout, sa lecture n’est jamais du temps perdu. La semaine dernière, je reçois en supplément une belle revue quadri qui ressemble à ça :

Je l’ouvre un peu sceptique et là, stupeur, merveille, c’est broadway! : en résumé, c’est tout ce que j’avais toujours voulu savoir sur les maladies et les ravageurs de la vigne sans jamais avoir osé le demander. Et surtout, la nouveauté, c’est que c’est classé par saison. Chaque semaine, on y voit l’évolution de la vigne, les stades repère, et, à chaque évolution, une maladie est expliquée, fort bien, avec des photos en situation et, bien sûr, les remèdes à apporter, tant en chimique qu’en raisonné ou en biologique. Y’a bon la Chambre d’Agriculture du Roussillon, m’écriais-je ! Voici mon livre de chevet pour l’année et, celui de mes collaborateurs qui vont pouvoir se former à leur rythme et à celui des saisons.

Donc, en portant mes déclarations de plantation à la Douane, je file à la Chambre (c'est dans le même batîment), clame mon admiration pour cet ouvrage, dit qu’il m’en faut quatre, que je suis bien sûr prêt à les payer, même cher, trouve une secrétaire au hasard qui me dit, fort gentiment : « Je ne sais pas. Je ne suis pas au courant. Moi, c’est l’élevage. C’est ma collègue. Elle n'est pas là. Je regarde dans son bureau. En voilà deux, me dit-elle. On vous appelle pour les deux autres ». Top moumoute.

Le lendemain, coup de fil du responsable. « Monsieur Bizeul ? ». Bla, bla, bla,. (c’est un blog, pas un roman ;-) Il est charmant mais m’annonce « Vous comprenez, Monsieur Bizeul, cet ouvrage est un supplément à « Terroirs ». Donc, il faut être abonné à « Terroirs » pour l’avoir ». Bien sûr, il comprend, Monsieur Bizeul, il comprend qu’il doit acheter les autres, et que c’est bien normal. « Non, Monsieur Bizeul, c’est une décision de la Chambre d’Agriculture, on peut pas l’acheter. C’est pour les abonnés à « Terroirs ». Et les autres ? Les autres vignerons ? Des autres régions ? Les amateurs ? Les journalistes ? Les lecteurs de mon blog qui en auraient assez de boire idiot ou que des vignerons malfaisants les grugent sur l’état de leurs vignes ? Ceux-là, rien ? Non, ceux-là rien. « Vous comprenez, Monsieur Bizeul, c’est une décision de la Chambre ».

Et bien non, Monsieur Bizeul, il ne comprend pas que, pour une fois qu’on fait, dans le Languedoc-Roussillon un truc super qui pourrait servir à tous, on ne le diffuse pas. Il ne comprend pas qu’on le vende pas, pour récupérer de l’argent et des budgets pour faire encore mieux. Il ne comprend pas que ses ouvriers, ils ne puissent pas devenir plus performants, plus passionnés, juste grâce à un livre. Bon, je reste poli, lui aussi. Il m’en donnera deux de plus. Exceptionnellement. Mais toi, oh lecteur, qui veut tout savoir sur la flavescence dorée, le mildiou, la conduite du palissage, l’entretien des sols, ou les acariens, et bien toi, tu resteras dans ton ignorance et ta frustration. C’est une « décision de la Chambre », tu comprends ?

Les extra-terrestres ont-ils eux aussi une « Chambre » ? Claudine, finalement, je ne pars pas…

Bon, heureusement, bien que la fourmi ne soit pas prêteuse, certaines le sont moins que d’autres et j’en profite pour remercier la Chambre d’Agriculture de Bordeaux qui m’a envoyé, en 48 heures, suite à une info trouvée sur internet, un remarquable classeur viti-vinicole destiné à aider le vigneron à noter tout ce qu’il fait, ce qui est désormais obligatoire. Pour 15 euros, cela va me faire gagner des heures et des heures. Quand c'est bien, il faut aussi le dire.

Bonne fin de semaine à tous. Ici, pluie.

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