La Fée du parking
Pas d’angoisse, cher lecteur et je l'espère ami : si une fée malicieuse te transportait d’un coup de baguette magique sur le parking d’un salon international consacré au vin, tu n’aurais aucun, mais vraiment aucun problème pour savoir immédiatement si tu es à Vinitaly, à Vinexpo ou à Vinisud, soit disant les trois plus importants salons vinicoles au monde.
Sur Vinisud, c’est simple, sur le parking exposant :
- pas de Porsche Cayenne
- cinq ou six Mercedes ML à tout casser (il y a quelques vignerons de Châteauneuf, ne l’oublions pas ;-);
- peut-être, en cherchant bien, une dizaine de Volskwagen Touareg (plutôt des modèles de base…).
Bon, j'ai bien vu à l'entrée quelques break Audi, avouons-le, mais, là encore, de petits modèles qui semblaient avoir beaucoup, mais alors beaucoup roulé. (Pourtant, le vigneron prospère, il aime bien les Audi Break, surtout les « All Road »... Alphonse, si tu me lis... ;-))))
Donc, c’est clair, même si les vignerons qui exposent à Vinisud ne sont pas dans la misère, même si leur petite entreprise ne connaît pas la crise, ils sont (je suis…) encore très loin d’avoir réalisé tous les investissements nécessaires à la qualité qu’ils tentent d’atteindre. Donc, la voiture de luxe n’est pas leur priorité. Ça viendra, j’en suis sûr et je leur (je me, d’ailleurs…) le souhaite, car je ne vois pas pourquoi un vigneron talentueux n’aurait pas le train de vie d’un cadre supérieur dynamique, d’un toubib compétent, ou d’un bon charcutier de province. J’ai pas pris de photos du parking, mais, pour ceux ce qui me lisent et qui iront à Vinexpo l'année prochaine, j’espère qu'en traversant le parking, ils souriront à large bouche en pensant à ce billet…
Bon, je sais plus où j’en suis. J’ai fait trop de choses aujourd’hui. Ouuuui, ca y est. L’autre grande différence, à laquelle je pensais en rentrant hier soir, juste avant de me faire flascher sur l’autoroute sur lequel pourtant je ne roulais pas bien vite, c’est qu’à Vinisud, si personne n’a vraiment de voiture, disons, à plus de 45 000 euros, c’est peut-être parce que personne, sauf peut-être les chateaunevois (Maryse, si tu me lis, souris, s’il te plaît :-)), ne parle en fait de « NOTES».
Ni les vignerons.
Ni les clients.
C’est très étrange, parce qu’à Vinexpo ou à Vinitaly, c’est tout le contraire. Entre propriétaires de grands crus, la dégustation type pendant les primeurs, c’est du genre : « Combien t’as eu ? Combien t’espères avoir ? Combien tu vendras si tu as 90? Et si tu as 94? Est ce que t’as vu les notes de Bob ? Est que le WineSpect est sorti ? Et Tanzer, il a aimé ? Tu crois que le millésime va être bien noté ? En primeur ? En sortie ? Et dans le classement des meilleurs vins du monde, tu es combien ?
Non, à Vinisud, on ne parle pas de notes. D’abord, avouons-on le, parce qu’on a en a pas… Et oui, les trois ou quatre « grands » journalistes anglo-saxons ne se déplacent pas et, il faut faire ici un deuxième aveu, ils ne s’intéressent pas vraiment (pour l'instant...) aux grands vins de chez nous (enfin, c’est moi qui pense qu’il y a des grands vins ici, pour eux, c'est pas encore très clair).
Mais si on parle pas de notes, c’est avant tout et surtout, je le crois sincèrement, parce que les vignerons talentueux du Languedoc-Roussillon s’en foutent un peu. Souvent bourrus, parfois carrément caractériels, limite associaux, certains jouent les mystérieux et semblent prisonniers dans leurs vignes, retenus par un charme ou une clotûre invisible, tandis que d’autres, hilares du premier au dernier jour du salon, arpentent les allées en criant au monde entier leur joie de faire du vin. Enfin, des vignerons passionnés, quoi... ;-)))
Et moi, me direz vous ? Et bien moi, en vérité, je suis fier. Fier, heureux et reconnaissant. Fier d’avoir une équipe si soudée, si passionnée, si courageuse. Fier de présenter deux millésimes 2004 et 2005 que j’adore tout les deux même si ils sont très différents. Heureux de voir les regards que s’échangent en douce certains dégustateurs, stupéfaits par l’émotion ou le plaisir qu’ils éprouvent. Reconnaissant envers les puissances invisibles qui, allez savoir, nous gouvernent peut-être, et qui me permettent de réussir à vivre pleinement ma passion, mon métier.
Bon, je m’égare. Ce que je voulais dire, en fait, c’est que le pendant de cette absence de notes, c’est que TOUS nos clients, cavistes, sommeliers, restaurateurs, importateurs, s’appuient de fait sur LEUR goût. Sur LEUR compétence. Sur LEUR expérience. Ils n’ont en fait ni « envie », ni « besoin » de notes quelle qu’elles soient pour faire leur achats, pour détecter des nouveaux talents, pour éprouver une émotion et pour avoir envie de la faire partager, dans quelques semaines ou quelques mois, à leur clients. Et ça, je pense que c’est ce qui va faire, dans les années qui viennent, la différence…
Parce que dans ces régions « sur-notées » et « sur-médiatisées », à force de ne s’appuyer que sur ces fameuses notes, c’est un immense savoir faire que l’on est en train d’oublier. Plus personne ou presque n’envisage aujourd’hui d’acheter ni de vendre un vin sans notes. Plus personne ou presque ne sait le faire. Les vignerons ne font des vins que pour la note, ne sachant même plus parfois, je vous le jure, si leur vin est bon tant que les notes ne sont pas sorties ! Pendant ce temps, le négoce a démissionné, ne formant plus à la dégustation, ne risquant plus, ne stockant plus, déléguant le pouvoir « de vie ou de mort commerciale » sur les vins de leur région à d’autres qui, aujourd’hui, non contents de les tenir en leur pouvoir, leur enlèvent peu à peu le savoir faire qui faisait leur force.
Sur cette pensée philosophique, à demain… Mince, j’ai encore pas parlé du youp’la la… ;-))
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