Jean-Marc Quarin goûte Walden

Et en parle sur une chronique internet, envoyée aux lecteurs de son site www.quarin.com.

Il ne m’en voudra pas, j’en suis certain, d’en citer quelques extraits :

« C'est un vin à la couleur intense et pourpre, mais son nez est trop rustique. Il lui manque une touche aromatique noble. Les gens ne seraient-ils pas prêts à avoir un peu plus de distinction pour un euro de plus ? Le vin est meilleur en bouche qu'il ne paraît au nez. La suavité, le corps se combinent à un registre aromatique de fruits rouges mûrs et frais, gorgés de soleil. La tanicité est bien pensée et sans rudesse. L'ensemble est agréable mais simple. Noté 14. Une telle douceur de texture m'a fait un instant croire à la présence de sucre résiduel. Hervé Bizeul a démenti. C'était le premier millésime. Je suppose que le second sera plus sophistiqué. »

En fait, je n’arrive pas, en lisant et relisant cette critique, à décider si elle est positive ou négative. 14/20, c’est une bonne note, après tout. Mais il y a tant de réserves, que je que je me pose en vérité une vraie question : si j’étais un consommateur comme les autres, lecteur passionné de Jean-Marc Quarin, aurais-je envie d’en acheter ? Et surtout, Jean-Marc Quarin, quand il a goûté ce vin, a t’il éprouvé du plaisir ? Vous allez dire que je pose des questions bizarres. Pour moi, cela reste pourtant et surtout l'essentiel quand on boît du vin...

À la première lecture, j'ai pensé un instant qu'il n'avait pas aimé, en vérité. Pourtant, en la relisant, cette note de dégustation me semble plutôt positive. Bizarre. Bon, espérons que les amateurs de vin la liront avec plus d’enthousiasme. Et qu’ils iront dans leur « Auchan » local en acheter une pendant de la foire aux vins de printemps (fin de la pub) ;-))

Mais ce n’était pas de cela dont je voulais parler.

Jean-Marc Quarin espère de ma part des vins plus « distingués » aromatiquement parlant, et me demande « d’anoblir le nez ». Bon, moi, sans jouer à l’imbécile, je ne vois pas comment, même si je dépensais « un euro de plus », je pourrais changer le nez de mon vin ???

En achetant des levures super-sélectionnées ? En le passant en barriques neuves ? En aromatisant avec des copeaux ? En rajoutant un peu de cabernet ou de merlot, histoire de profiter enfin de « l’aspect positif de la colonisation bordelaise » ? ;-)))

Bon, là, désolé, Jean-Marc, mais ne comptez pas sur moi. Je me suis donné tant de mal pour faire justement de ce vin le contraire d’un vin sophistiqué, que je ne pense pas suivre vos conseils.

Voyez-vous, cher Jean-Marc, les vins « sophistiqués », si remarquablement maquillés et apprêtés par toutes les machines, les technologies et les apprentis chimistes du monde, je trouve qu’il y en a bien assez aujourd’hui sur le marché.

En concevant Walden, voyez-vous, j’ai pensé à ma vie d’avant, quand je vivais en ville, au cœur de Paris, agressé en permanence par le bruit, les voitures, la pollution, le ciel gris, la moulinette professionnelle, l’indifférence des gens et/ou les relations superficielles.

Alors, maintenant vigneron, je me suis dit : c’est quoi, Bizeul, le vin que tu aurais aimé ouvrir, vers 21 h, quand tu rentrais du boulot, trop souvent usé par une journée de pression permanente ? J’ai essayé de définir son goût. Je l’ai visualisé. J’ai tenté, comment dire, de « sentir son goût » dans ma bouche. Et puis, je me suis mis au boulot, et j’ai essayé de le faire : un vin coloré; souriant, généreux. Simple, car facile à comprendre, à apprécier, dont la première gorgée m’aurait en quelque sorte permis de retrouver le contact avec une nature dont j’avais été trop longtemps séparée. Et de faire un break. Un vrai break, c’est à dire , oh miracle, d'afficher un vrai sourire de bébé sur le visage. Et surtout, surtout, par pitié, pendant les deux premiers verres, de-ne-pas-me-poser-de-questions… Simplement savourer la simplicité, la "douceur de la texture", le "fruit rouge mûr et frais", "gorgé de soleil." Mince, mais, alors, ça a marché ?

Voyez-vous, cher Jean-Marc, je le sais bien que Walden, c’est aujourd’hui un peu rustique. Un peu champêtre. Un peu rude. Allez, tiens, l’image qui me vient à l’esprit, alors que le jour se lève, c’est celle d’une paysanne peut être pas bien raffinée, ni très éduquée mais mon Dieu qu’elle me plaît, dans ses sabots, avec ses joues un peu rouge, sa peau fraîche qui n’a besoin d’aucun maquillage, sa robe-tablier un peu froissée, si éclatante qu’on la dirait, à l’intérieur, emplie de vent frais et de soleil brûlant.

Je sais, j’aurais pu d’avantage soutirer et travailler un peu les lies (Michel Bettane me l’avait déjà fait remarquer, mais je n'avais pas la possibilité « physique » de le faire. Michel, si tu me lis, cette année, bonne nouvelle, on a les cuves ;))). Ça j’aurais bien voulu le faire. Mais allonger les cuvaisons jusqu’au ridicule, contrôler l’oxygène au micro-gramme prêt, vaniller à l’envie, diminuer le degré, augmenter l’acidité ou pommader de gomme arabique à la mise en bouteille. Non, merci, ça, j’aurais pas voulu le faire, même si, peut-être, au final, le nez aurait été plus conforme aux sois disants « standards de qualité » actuels.

Ce vin, voyez-vous, je l’ai VOULU comme ça. Et je l’aime comme ça.

Rencontrera t’il son public ? Celui qui le boira comprendra t’il ce que j’ai tenté de faire ? Nous verrons bien si le consommateur est aussi bête que certains voudraient le faire croire où, si comme je le crois, il est bien assez fin pour ressentir le plaisir du fruit bien mûr et l’attirance d’un mode de vinification et d’élevage aussi naturel que possible. Je suis un rêveur. Un poète. Un créateur. Pas un chimiste, un technicien, un ingénieur. Alors, j’ose croire que parmi les les 300 caisses qui partent demain pour New-York, quelques bouteilles atteindront leur cible.

Ca serait bien pour les 6 ou 7 viticulteurs qui se défoncent dans le froid pour me livrer des raisins magnifiques et qui comptent sur moi pour bouffer l’année prochaine.

Bonne journée à tous. Hervé, (dans une forme OLYMPIQUE comme m'a dit mon voisin avant-hier... ;)

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