Let’s talk about... Sex

Lorsqu’un autre vigneron me parle de ce blog, deux questions reviennent presque systématiquement : où est ce que je trouve le temps d’écrire ? Et combien ai-je de lecteurs ?

A la première, je ne sais pas trop quoi répondre, tant le rythme de publication est variable. Mais je ne peux m’empêcher de remercier, au fond de moi, ma prof de dactylo, à l’école hôtelière, dont j’étais je crois le pire élève, et dont l’enseignement – que je jugeais inutile du haut de mes dix sept ans –, me permet aujourd'hui de taper à toute vitesse avec mes dix doigts musclés de vigneron :-). Et donc d’aller très vite…

A la deuxième, j’avoue que je m’en moque un peu et que, de toute façon, le module statistique de mon hébergeur étant fort peu précis, j’ai bien du mal à comprendre combien d'entres vous me lisent chaque jour. Quelques centaines, sans doute, j'imagine, ce qui suffit à mon bonheur. De toutes façons, un blog, dans son essence, ne doit pas chercher à faire de l’audience. Et puis je préfère avoir peu de lecteurs, mais de qualité. Un peu comme le vin : peu, mais bon ;-)

Sauf aujourd’hui, où nous allons parler "sexe" ce qui, le mot étant toujours n°1 sur tous les moteurs de recherche, devrait faire péter l’audimat :-)

Car chers amis, voyez vous, hier, le tasting de notre distributeur à NYC était juste à côté du Museum of Sex… La porte à côté, en somme. Et donc, fort logiquement, ayant une heure à perdre, entre cinq et six, après le tasting et en attendant le diner, et n’ayant rien (de mieux..) à faire, j’allais avec quelques copains me cultiver.

L’un d’entre eux a eu la gentillesse, très vite, de m’aider à augmenter mon bagage sémantique. Il m’appris l’éthymologie du mot copain, « qui partage le pain »... Immédiatement après, et fort logiquement, ambiance grivoise aidant, j’en déduis l'origine du mot... copine ;-)))))) Désolé ;-)))

Bon, où en étais-je ? Ah oui, le musée du sexe. En visitant le lieu, ma foi plutôt chic, design et rigolo (l’exercice muséographique est difficile, vous en conviendrez…) quelques réflexions philosophiques, ethnologiques, historiques et culturelles me vinrent à à l’esprit ;-)

Un, on a rien inventé depuis longtemps dans ce domaine, sauf peut-être la pile électricque ;-)

Deux, le vin, c’est beaucoup plus intéressant et varié, en fait, que le sexe ;-) Ayant six heures de vol pour rejoindre San Francisco, j'ai le temps de tenter, si vous le voulez bien, de vous en démontrer l'évidence.

Par exemple, si boire à deux est une pratique couramment admise partout dans le monde, on peut aussi pratiquer à plusieurs sans enfreindre aucun code religieux ou moral, ni bien sûr aucune loi ;-). 

On peut d’ailleurs le faire en groupe, hors domicile, et même à la maison. Le croirez vous, votre femme ou votre mari ne sera pas le dernier à participer, la plupart du temps avec enthousiasme ;-). Souvent, et tout le monde le sait, des hommes le font ensemble, sans que personne ne voit rien à redire quand ils partagent une bonne bouteille ;-). On peut le faire avec son meilleur (e) ami, sans que cela gâche tout. Bon, d’accord, seul, c’est pas terrible, mais ma foi, à l’occasion, c’est bien aussi ;-). Ah, oui, j’y pense parce que j’ai déjeuné seul à l’Atelier, on peut aussi le faire seul ET en public ;-) Alors qu'au niveau du sexe, je vous le déconseille fortement...

Voyons voir, quoi d'autre. Ah oui, bien sûr, pas de maladie. Et puis, franchement, au niveau du plaisir, le vin, c’est franchement top. D’abord, bien sûr, vous l’aurez sans doute noté, pas besoin de préliminaires (désolé;-) Ensuite, le plaisir est super rapide, voire instantané : on met le vin dans sa bouche, et hop, c’est le pied. On peut d’ailleurs recommencer. Tout de suite ;-) Et autant de fois que l’on veut ;-). C’est pas beau, ça ? D’ailleurs, sur votre lit de mort, jusqu’au dernier jour, la dernière heure, la dernière minute, vous pourrez encore pratiquer, et, lors de la dernière gorgée, le plaisir, intact, vous envahira…

Ah, au fait, pas de migraine  ou de mauvais jours qui tiennent : c’est quand on veut, où on veut ;-) Certains, qui ne sont pas vigneron, doivent payer, il est vrai, pour boire du vin. Mais franchement, par rapport aux sexe tarifé, c’est vraiment à la portée de toutes les bourses (désolé, encore ;-)

Ah, oui, dans le vin, il y a tellement de nouveaux vins à découvrir, de nouveaux vignerons à rencontrer, on ne peut pas se lasser : même Bob, à son âge et avec son expérience, il ne peut pas dire « Je sais, je sais… » ;-). Et on a toujours quelque chose à apprendre... En fait, comment dire, on peut multiplier les « partenaires » à l’infini, sans que personne ne vous regarde bizarrement. La liberté totale. Mais bien sûr, on peut aussi être fidèle à quelques bons vins, toute sa vie. Parce que c’était lui, parce que c’était moi, et qu'on voit pas pourquoi on irait chercher ailleurs. Tiens, le Clos des fées, au hasard ;-) « What Else », d’aileurs, comme je dis tout le temps, depuis je suis aux USA, avec mon sourire le plus ravageur;-). D’ailleurs, en parlant de Georges Clooney, auquel je ressemble de plus en plus, me dit-on, à quelques détails mineurs près (les commentaires désagréables ne seront pas mis en ligne ;-)), les plus rusés d’entre vous auront remarqué que le physique n’a que peu d'importance dans le monde du vin : certaines personnes particulièrement laides peuvent avoir PLUS "d’expériences" que des gens physiquement "parfaits". Et certains vignerons que je connais personnellement sont affreusement laids ! Ugly Betty en mec ! Ou énormes et bougons, véritables sosies de Schreck ! Ou petits et chauves (François, tu nous manques !) ! E pourtant, il font partie des êtres les plus désirés au monde, ceertaines femmes allant, m'a t'on dit, jusqu’à se désabiller dans leurs cave pour tenter de leur soutirer quelques bouteilles, prouvant ainsi qu'elles savent, elles, ce qui est vraiment important dans la vie ;-)

Bien, ainsi se termine le récit de ma viste au muséum of the sex, en compagnie de mon vieil ami Dick ;-). Peut-être un jour vous parlerai-je de lui plus en détail ;-). Tout le monde aime Dick :-). Mais j’en doute, certaines choses devant rester mystérieuses, comme le disait le Comte de Cagliostro;-)

P.S. : dans le taxi, trois vignerons espagnols, joyeux et dynamiques. Nous nous moquons gentiment de l’étrange façon qu’ont les américains et les américaines de montrer, par des expressions appuyées, des mimiques et des roulements d’yeux, leur émotions ou leurs pensées. « Oh, your WINE si SOOOO BIG ! It’s INCREDIBLE ! GORGIOUS ! I CAN’T BELIEVE IT ! Je repense à cette scène d’anthologie avec Cameron Diaz. Elle me semble parfaitement à sa place pour illustrer ce billet qui part décidément en vrille  ;-) Cameron, si tu me lis, t’es vrament une marrante qui se la pête pas et, si tu passes à San-Francisco demain, on ira boire un verre de Clos des Fées ensemble !  Enyoy yourself, c’est ICI. Pour adultes ayant le sens du l'humour, seulement !

Nouveau site et offre primeur

Bien, chers amis, c'est ça le miracle de l'internet : vous avez beau être à l'autre bout du monde, on continue, entre deux dégustations, de vous faire travailler comme si vous étiez au domaine. Mals, comptabilité, problèmes de personnel, de matériel, de logiciel, entre le téléphone, les mails, skype (super pour garder le contact avec les enfants, c'est sûr..), le quotidien continue.

Et donc, surprise, la nouvelle version du site internet est en ligne à l'adresse www.closdesfees.com ou en cliquant ICI. Un peu nouveau mais pas trop, avec des photos sympas, quelques textes révisés et complétés, deux ou trois nouveautés, je suis assez content du résultat. J'espère que vous aimerez. Il ne manque plus que la boutique en ligne, c'est en cours...

Influencé (déformé ?) par les vendeurs de vidéo de New-York, qui vous attrapent par le bras devant leur magasin et qui vous vendraient des trucs insensés, j'ose, ce qui n'est pas ma nature (je suis français, je vous le rappelle ;-), vous signaler aussi que l'offre primeur du millésime 2007 est, par la même occasion, téléchargeable sur la première page dudit site... Et oui, je vends, de temps en temps, le vin que je produis ;-). Et je n'en ai nulle honte, bien au contraire. Si vous ne deviez acheter qu'un 2007, c'est dans le Sud qu'il faut le faire et, sans rire, dans le Roussillon en particulier. Pour le domaine, j'ai une petite idée, mais bon, chut ;-)

Allez, long vol pour San-Francisco aujourd'hui, j'aurai le temps dans l'avion de raconter ma journée d'hier. A demain.

Higgledy-Piggledy

Et, oui, je traîne, je traîne et j'apprends des nouveaux mots ;-). Est-ce que j'emploie cette expression anglaise à bon escient ? Ca serait bien la première fois ;-) il y a bien un prof d'anglais qui me lit et qui va me le dire, non  ? Le dico me donne comme traduction : Dessus-dessous, pêle-mêle, upside down, quoi, en plus chic : voilà qui reflète bien ma journée qui s'achève à N.Y.

Pas de musée, désolé, mais un bon restaurant, et vous avez raison si vous en déduisez que je préfère les nourritures terrestres aux autres. On ne se refait pas. Bon, j'ai quand même fait une petite halte à la cathédrale St Patrick, sur la 5ème, où la Pape va, paraît-il, si j'ai tout compris, passer le 19. J'aurai donc raté le Pape. Mais au fait, j'avais oublié de vous le dire, mais j'ai vu Mathieu Ricard, le traducteur du Dalaï Lama en Français, à l'aéroport. J'ai pas osé lui serrer la main, je le regrette. D'abord, j'aime bien les tibétains et j'en ai beaucoup fréquenté, dans ma jeunesse. Ensuite, j'ai de l'admiration pour leur combat. Mais bon, j'ai pas osé. Cela aurait pourtant bien confirmé ma théorie qu'on est souvent à une ou deux poignées de main des c...... d'un personnage célèbre, comme je l'avais expliqué un jour dans mon billet sur Singapour où j'évoquais l'empereur du Japon ;-) Et oui, sur ce blog, y a des trucs qu'on peut comprendre que lorsque on lit tout. La fidélité est parfois récompensée, parfaitement.

Donc, las de lire les agapes de nos amis du grand jury à Tokyo, j'ai décidé sur un coup de tête de frapper fort dès le déjeuner : l'Atelier de Robuchon, au Four Seasons, sur la 57 ème, s'il vous plait mesdames et messieurs. Hé ben, les amis, j'ai bien fait, et cela méritait bien que je fasse un petite prière de remerciement envers le grand architecte, trois heures plus tard, sur le banc d'une église, et à genoux, s'il vous plait. ;-)

Un repas parfait, lumineux, rythmé, doux et chaleureux, comme on les aime. En plus, il y avait Joël. Oui, LE Joël en personne. A NY, quand on dit Joël, c'est Robuchon. Et Daniel, c'est Boulu, Ca, je savais pas, mais j'ai vite compris. L'Atelier, c'est sympa, parce Joël, quand il est ici, il est détendu, il dit bonjour à tout le monde et il vous touche volontiers l'épaule, comme s'il vous connaissait de longue date. Joël, c'est un tactile. Ca se sent dans sa cuisine. Et maintenant, c'est presque mon copain ;-). Bon, il y avait aussi mon vieil ami Philippe, là par le plus grand des hasards, et qui travaille avec lui. Alors, j'ai été gâté. Je vous passe la description des plats, parce que je suis pas sadique et que Claudine, qui corrige les fautes et qui est restée à la maison, va m'en vouloir à mort parce que je vis des moments comme ça sans elle. C'était pas prévu, ma Chérie, tu sais bien ;-). Mais c'était justement ça qui était super, du Carpaccio de langoustine avec plein de fleurs, au dessert au thé, à la chartreuse et à l'ananas, en passant par une coquille saint-jacques du Maine cuite à la perfection à même sa coquille ou à un morceau de poisson japonais, de l'amedai (aucune idée de comment ça s'écrit, help me), que je n'avais jamais mangé et qui, servi croustillant dans un bouillon parfumé m'a consolé de n'avoir pas été invité au Japon par ces égoïstes du GIE ;-)

Ce qu'il y avait de formidable, en plus, dans ce déjeuner impromptu, c'était la qualité des vins servis. Merci à Stéphane Coling pour ce choix sans faille, aussi original que brillant. Je retiendrai la révélation d'un Chenin/Viognier d'Afrique du Sud, littéralement renversant par sa précision et sa puissance retenue. Une découverte pour moi, sans doute une porte ouverte pour d'autres, mais cette cuvée Saskia 2006 de Milles Mossop m'a bluffé. Si c'était pas si loin ou si j'avais du temps et/ou un Falcon, voilà un petit gars que je serai parti rencontrer sur l'heure... En plus, il a une bonne tête. Et oui, je me suis contenté d'une petite rencontre sur Internet... C'est lui, LA. Depuis ma révélation des vins de Thornbreck, à Singapour, il y a trois ans, j'avoue que j'avais pas eu un tel choc.

Bon, ça, c'était le côté doux. Il y aussi le côté aigre...

Me suis arrêté, en trainant dans Manhattan, dans deux ou trois wine shops... Ouhhhh. N.Y. est vraiment le carrefour mondial des bons vins et s'il est évident que c'est le paradis pour un jeune sommelier qui cherche à se former, c'est un chemin de croix pour un vigneron qui cherche à émerger... Comment ai-je la naïveté de penser que j'ai ma place dans ce maelström de vins (et de bons, et de grands...) du monde entier ? Mon moral a pris une nouvelle fois un coup de froid, comme chaque fois que je passe ici. Enfin, haut les cœurs, demain est un autre jour et on verra bien.

Finalement, en remontant la 5ème, je me disais que c'était ça les bons et les mauvais côtés de la mondialisation. D'un côté, on mange un poisson japonais dans un restaurant français, à NY, en buvant un vin de Stellenbosh. D'un autre, comment trouver sa place dans ce monde si mouvant, si rapide, dans ce marécage où tout bouge à toute vitesse ? Terrifiant et terriblement attirant. Bon, il y avait quand même des Sorcières au verre au Four Seasons, ça m'a un peu rassuré :- ). En fait, je vous l'avoue ce soir, je me sens plus proche de tous ces vignerons du monde qui démarrent de rien que de mes racines françaises, de ces traditions pesantes, de ce pathos AOC si limitant. C'est avec eux, ces hommes libres, que j'aimerais former un groupe et voyager, avec Thornbreck, avec Mossop, avec les Maurau Veglio, un formidable couple dont les Barolo m'ont vraiment excités à Vienne, ou avec toi, vigneron de je ne sais où, que je ne connais pas encore... Mais en aurai-je le temps et surtout l'énergie, pensais je en sauçant soigneusement ma coquille saint-jacques pleine d'un déliceux bien que fort peu diététique beurre fondu des familles...

Bon, voilà pour la journée d'aujourd'hui. Quoi d'autre, avant d'aller au lit ? Ah oui, ce qu'il y a de bien, quand on mange seul, c'est qu'on se fait des relations, en tout cas à NY où, au bar, tout le monde est curieux de ce que vous faites. Jamais ce genre de truc m'arriverait en France ! Mon voisin de droite viendra me voir en septembre, en rentrant de Barcelone. Ma voisine de gauche a de la famille du côté de son mari à Quillan... Le monde est si petit, madame Michel... Et un grand sommelier qui passait par là (l'ancien de Daniel qui-vous-savez) et qui a eu la politesse de faire comme si j'étais un grand vigneron m'a promis de passer me voir demain au Tasting d'Enrique et Katel. Pour ça, l'Amérique, c'est unique.

Donc, certes, bien sûr, évidemment, le monde est désormais petit, me disais je en remontant la 44 ème vers Broadway. Mais la vie est courte. Finalement, tout cela est une question d'attitude et il faudra bien faire des choix. Sur un panneau, dans une vitrine, la photo en pied d'un homme souriant et décidé, aux dents bien blanches, qui a apparemment écrit un livre, m'interpelle pour tenter de me le vendre, d'une phrase définitive :" dans la réussite, le désir est aussi important que le talent". C'est bien américain, ça. Mais ça aura bien plu à ma grand mère. Allez, la viande dans le torchon, demain on bosse...

P.S. : j'ai bien l'impression d'avoir croisé Bill Gates, dans le hall du Four Seasons (remarquable mosaïque de marbre au sol, dans le hall), mais j'étais pas sûr et j'ai pas osé lui demander pourquoi pour quitter Windows, il faut faire "démarrer" ;-) Encore un grand mystère qui ne sera jamais résolu ;-)

PPS : merci à tous pour les adresses. Je les note pour la prochaine fois. Mais ce soir, ce sera Miso soup...

Définitivement décalé

Ce qu’il y a de bien, dans un vol transatlantique, c’est qu’on a le temps de réfléchir. Moi, hier, j’ai réfléchi à l’évolution de mon métier. Bizarre de penser qu’alors que je fais du vin dans le garage d’un petit village du Roussillon, région totalement inconnue de 99 % des habitants de cette terre, je réussis à le vendre dans une vingtaine de pays, sans compter les Iles des mers du Sud…  Et que me voilà au Texas, dans un hôtel ultra-moderne, en train de tenter d’évangéliser quelques amateur éclairés (enfin j’espère…).

Cette notion de mondialisation, de rapidité des échanges, de facilité de transport à bas coûts, de communication instantanée avec des groupies du monde entier à travers le blog, tout cela n’a pas fini de m’étonner. C’est le fameux « village mondial ». Dans le monde du vin, une des conséquences directes de cette évolution des mentalités est l’augmentation exponentielle des demandes des amateurs du monde entier de rencontrer le vigneron himself. Mais aujourd'hui, c'est lui qui doit faire le voyage. J’en parlais avec une vigneronne de Châteauneuf ce matin, au petit déjeuner. Il y a vingt ans, un voyage comme celui que je suis en train de vivre était réservé à quelques vignerons bordelais, bourguignon ou à quelques commerciaux de grands négociants champenois. Et rares étaient ceux qui les faisaient chaque année… Aujourd’hui, pour quelques centaines d’euros, on part à l’autre bout du monde. Et avec le change favorable, le voyage est vraiment à la portée de tous, alors qu’il était autrefois réservé aux « élites » du vin ou au plus grandes sociétés. Pour autant, est-ce bien le rôle du vigneron d’être en permanence sur la route ou dans des avions ? Je vous l’avoue, j’en doute un peu. D’abord, tout le monde n’en a pas envie. Vivre et travailler dans la nature, par tous les temps, ce n’est pas vraiment la meilleure formation pour courir les mégapoles et émerveiller par sa faconde commerciale… Ne parlons même pas des langues étrangères, que bien peu de vignerons, dont moi, je l’avoue, maîtrisent.. Et puis, pendant ce temps, qui cultive, vinifie, met en bouteille ? Voilà une question que personne ne me pose jamais. Comment font ceux qui sont seuls sur des micro-domaines, sans collaborateurs ? Le monde change, le métier change. Un seul homme pourra – ou voudra— t’il tout faire ? Et sa famille acceptera t’elle ce nouveau rythme, bien éloigné de celui de nos grands parents... Eux ont surmonté la révolution de la mise en bouteille à la propriété, à nous de surmonter la mondialisation….

Bon, voyager me rend décidément philosophe. Me revoilà — déjà ! en plein ciel, grand bleu, à remonter du Texas vers N.Y. C’est la vie…

J’ai beaucoup aimé le Texas où j’aurai quand même passé… 18 heures. J’y retournerai, c’est promis. Bon, je n’ai vu que l’hyper centre de la fenêtre de ma chambre d’hôtel, ce qui n’est sans doute pas vraiment représentatif ;-) et l’entrée de la ville juqu’à l’aéroport. Et en 18 heures à peine, j’ai quand même réussi la performance de rater le concert de Bruce Springteen hier soir, à 100 m de là où je dormais…  Mais bon, j’ai été bluffé par la gentillesse des gens, qui n’ont, pour ceux que j’ai rencontré du moins, rien d’impitoyable ;-) et par l’architecture… Je ne sais pas s'il y a ici une pépinière de jeunes talents ou si l’argent du pétrole attire des architectes talentueux, mais la moindre construction, de l’échangeur d’autoroute au building à peine terminé en passant par les centres commerciaux semble « pensé » sur le plan esthétique. Bon, c’est plutôt clean, propret et bobo républicain (ça existe, ça ? ;-), mais c’est franchement joli à voir. Beaux matériaux, très divers, toujours de l’esprit, il y a une comme une « Texas » touch qui m’a sauté aux yeux.

Les Texans sont charmants, je l’ai déjà dit, et je m’inquiétais, victime de préjugés ridicules, de leur accent, alors qu’en fait, j’ai tout compris. Enfin, ni plus, ni moins que d’habitude, c’est à dire à peu près la moitié, ce qui est déjà pour moi un énorme progrès. Ah au fait, c’est la première fois que je vois dans un tasting, autant de dégustatrices professionnelles de sexe féminin, de tout âge et de toutes les branches de la distribution : au Texas, les femmes aiment le vin au point d’y travailler, ce qui est moins courant qu’on ne le croit, en France en particulier. Toujours aussi peu de personnes de couleur, en revanche, c’est étrange… Les amateurs de vin sont souvent blancs, asiatiques, hispaniques, mais rarement d’origine Africaine, même aux USA… En France, au fait, je ne connais ni sommelier, ni vigneron, ni négociant, ni personne de noir dans le business. Quelques clients, c’est tout. Bizarre. Il faudra que j’en parle un jour avec eux. Et que je fasse un billet, un jour, là dessus. Le Clos des Fées est depuis peu distribué au Gabon, et un des fidèles lecteurs de ce blog est souvent en déplacement au Rwanda. Le débat est ouvert.

Minuit, je suis enfin à l'hôtel, sur Broadway, prêt à (tenter) de dormir. Allez, à moi la grande pomme !

PS : un lecteur de ce blog a t'il une idée où je pourrais diner demain soir à N.Y ?

Sur la route, encore..

Ou plutôt dans le ciel… Me voilà reparti pour mon World Wine Tour annuel ;-). Et cette année, il dure deux semaines… Au programme :  Dallas, New-York, San-Francisco, Montréal, Québec et Copenhague. Ne me demandez pas qui a mitonné tout ça, ce sont les circonstances, tout simplement. Une invitation au Québec, prévue de longue date, puis un voyage aux US, qui se greffe là desus et permet d’envisager un seul vol transatlantique. Et puis la promesse faite à nos amis Danois de venir leur rendre visite. Et c'est parti..


Là, tout de suite, me voilà dans le vol Montréal Dallas, en train de tapoter sur mon macbook. Il n’y aura guère que dans les avions, je le crains, que je pourrai écrire. Le reste du temps, c’est busy-busy.

Là, tout de suite aussi, je lutte contre le sommeil et la fatigue. Et je me demande bien comment vous imaginez le voyage d’un vigneron émergeant  du Roussillon à travers le vaste monde. Rien à voir en tout cas avec l’ambiance japonaise de nos amis du Grand Jury Européen, dont j’espère vous suivez les agapes à travers deux blogs différents. Tiens, au fait, je retrouve au Québec, dans une semaine, deux vignerons-bloggeurs parmi les plus sincères, les Dupéré-Baréra. A défaut de menus trois étoiles, nos deux regards croisés donneront, je l’espère, un éclairage particulier à nos aventures Québécoises.

Bientôt 18 heures que j’ai quitté Perpignan, sous un grand soleil et une matinée fraiche, un petit pincement au cœur en laissant femme et enfants endormis, une légère angoisse au ventre devant la perspective d’un aussi long voyage. Voiture jusqu’à Montpellier, puis Roissy, toujours en travaux et qui ne ressemble à rien, puis Montréal, puis longue attente pour la correspondance vers Dallas, où je ne suis jamais allé. Voyage inconfortable, nourriture sans idée, hôtesses et steward sans aucune attention réelle pour leurs passagers ni amour pour leur métier, on est sur Air France. Si François Mauss a un contact chez British, je suis prêt à changer de compagnie ;-). Accueil charmant, en revanche, à Montréal, du personnel de l’aéroport comme des policiers de l’immigration. j’y retournerai dans une semaine pour quatre jours de dégustation. Youpi. En attendant, American Airlines et, par chance, un vol à l’heure malgré les milliers d’annulations en cours à cause d’un problème de contrôle technique sur un type d’appareil dont j’ai oublié le nom. MD quelque chose. En attendant, l’hôtesse, qui ne doit pas être loin de la retraite, est charmante, serviable, gaie et souriante. Du coup, ça détend tout l’avion. A quoi ça tient… Allez, c’est promis, je vais essayer de sourire un peu plus pendant ce voyage. (Philippe, Joël, voilà, vous serez contents, comme ça ;-)

Ce soir, à l’arrivée à Dallas, il sera 21:30 PM, local time. Aurai je la force de manger un steak ? Il y a des ranch, à Dallas, non ? ;-) Remarquez, vu les antibiotiques et les hormones de croissance  dans la viande, autorisée ici, plus le soja 100 % OGM, j’ai pas envie plus que ça… Ne pas dormir, voilà le plus dur. Attendre d’être à l’hôtel, pour tenter d’éviter le jetlag. Parce que demain, à 7 heures, c’est parti pour le show. Bus, installation derrière ma petite table de dégustation, au milieu de dizaines d’autres vignerons, même pas de déjeuner prévu et départ le soir même, avec le groupe organisé par mon importateur, pour N.Y., avec sans doute un sandwich dans l’avion. Voyage, check-in, check-out, tasting, bus, re-avion : il n’y a rien d’un voyage d’agrément dans cette douce aventure, désolé de vous décevoir. Pas d’accueil VIP en perspective. On ne m’attend pas ici et le Clos des Fées est inconnu ou presque. La vérité est dans le verre, espérons que cela se vérifiera à nouveau tout au long de ce voyage.

Bon, allez, on va atterrir. Si j’ai le wifi à l’hôtel, vous aurez un voyage en live. Sinon, il y aura un décalage. Bonne nuit. Ou bonjour. Oh, je ne sais plus. 11h30, il est temps de dormir... 22 heures que je suis levé... A demain.

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