Au vent mauvais

Bon, on avait eu la neige, le vent glacial qui emportait les grappes, la grêle, voici la casse...

Enfin, c'était il y a déjà deux semaines, hein. Il s'en est passé des choses depuis. Alors, on relativise. Aujourd'hui, les sarments cassés pendent, misérablement, se desséchant lentement. J'essaierai de rajouter une photo, tiens.

C'est arrivé juste après un épisode pluvieux.

Les sarments avaient bien poussé, fragiles, lourds car gorgés d'eau.

Sur les cépages à port "dressé", comme le carignan et le grenache, qui n'ont pas de palissage,ça ne pardonne pas et je dirais qu'il y a un pied touché sur 5 ou 6, environ, sur les terroirs en plein vent.

Combien cela fait il ? Sur 4000 pieds, 600 ? 1 000 ? Plus, parfois ? C'est difficile à dire, il faut attendre que le sarment sèche, puis passer le couper, assez vite, si on veut que, parfois, s'il n'est pas cassé à la base, un entre cœur se développe. On les coupera en finissant les travaux en vert. C'est autant de grappes perdues, vous l'avez compris. Et déjà qu'il n'y en pas beaucoup cette année...

Le vent est ici notre allié mais aussi notre ennemi, parfois. Il est Ying et il est Yang (des fois que ce blog soit un jour traduit en chinois ;-). Il protège des maladies mais les diffuse aussi, depuis la parcelle d'à côté. Il protège de la pourriture grise mais prend en échange son tribu annuel, face tramontane, où un bon tailleur laissera en avance un œil ou une tête de plus, dans une sorte d'offrande.

Ainsi va la vie. Ainsi va le chemin du vigneron, d'acceptation en acceptation.

De retour

Bon, je l'avoue, une grande lassitude m'a saisi depuis deux semaines. Et une intense activité.

Un blog n'est pas un journal intime. Il n'est donc pas convenable de s'y épancher de ses soucis quotidiens, de ses angoisses, de ses remises en question personnelles, de ses désarrois, de ses inquiétudes sur l'avenir. Voilà à quoi vous avez échappé ;-) Pas de regrets, donc.

L'année est complexe, la période difficile tant se carambolent les traitements et les travaux en vert, les mises en bouteilles d'huile ou de vin et les relevages, les expéditions avec les inventaires, des... je ne sais plus.

Reprenons donc ce blog doucement, si vous le voulez bien, en tentant de partir en vacances et, qui sait, d'écrire un peu plus, sur tout, sur rien, sur la vigne, sur le vin, sur le manger et sur le boire.

Me revoilà.

Garder le moral...


Bon, la malédiction du Pharaon bat son plein et après la famille Comme et nous, voilà que les Dupéré-Barrera sont à leur tour frappés par la grêle... Bon, chez, nous c'est plutôt ambiance "les sept plaies d'Egypte" puisqu'on enchaine la neige en mars, le gel et le vent "mauvais" qui emporte les grappes en mai, la coulure début juin, la grêle mi juin et depuis 4 jours une tramontane qui casse les sarments qui pendent tristement... Que nous manque t'il ? Les sauterelles ? Le mildiou ? Un truc inconnu ?
Bon, malgré tout, je garde le moral. Vous savez, c'est comme ces situations où il y a une telle accumulation de trucs que ça devient un gag. Manque plus que les rires ;-)
Le mieux, dans la voiture, c'est de se faire un CD "spécial catastrophe naturelle" qui vous permet, entre chaque parcelle, de se dire que ça pourrait être pire. Avec ce genre de bêtises, j'ai nommé les Fatals Picards, par exemple ;-)

De retour au domaine (ah, plus de téléphone, d'internet, de fax, de mobile depuis 24 heures, au fait ;-), le mieux est d'écouter à forte dose de la musique brésilienne et de se visualiser sur la plage ;-). Où de réécouter Vic Damone et se dire qu'en ville, on serait bien aussi, dans une ambiance groovy... Ah, on peut aussi regarder bien sûr un vieux clip de Kyli Minogue, en ce disant que la nature n'est pas si mauvaise, après tout, puisqu'elle est capable de créer de telles choses ;-)

Bon, l'essentiel, c'est de repartir à fond, de continuer à jeter directement dans la vigne, à larges poignées, l'argent que vous, cher lecteurs et chers clients, avez la gentillesse de nous donner, mais en prenant soin de le jeter toujours plus vite qu'il n'arrive, pour ne pas se relacher ;-), en continuant à vouloir travailler comme un grand cru alors que le bras armé du destin tente de nous en dissuader ;-)

Cela pourrait être pire". Oui, mes amis, cela pourrait être bien pire et rien n'est grave dans la vie tant qu'on a la santé. Jean-Roger est bien d'accord avec moi qui m'a envoyé des photos de parcelles entre Maury et Saint-Paul VRAIMENT touchées par la grêle. Ca ressemble à ça, juste après la catastrophe :




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Où il temps de se rendre compte de l'étendue des dégats...

Certaines balades dans les vignes sont moins agréables que d'autres, vous l'imaginez bien. Ce matin, il était important de bien choisir la musique, la plus légère possible, afin qu'entre les parcelles, un peu de gaîté remplace le découragement.

Bon, bien sûr, ce n'est pas l'horreur. Mais trois hectares n'auront pas à être vendangés cette année, tandis que cinq autres demanderont un tri attentif. Voilà à quoi ça ressemble.

Une syrah, en train de cicatriser, en espérant qu'un petit cuivre aidera, avant véraison, les grains touchés à tomber.

Une autre Syrah, où la photo en gros plan montre des impacts mineurs, qui vont normalement cicatriser. Mais il faudra sans doute adapter la stratégie de vinification.

Un Carignan où il vaut mieux passer l'éponge : tri impossible, parcelles morcelées, déjà la moitié des grappes qui étaient partie avec le vent, arrachées, lors des 150 km/heure de tramontane du mois dernier. On maintiendra la lutte contre l'oidïum, mais pour cette année, rideau. Et les plantations d'à côté, autant les reprendre pour la formation si on a le temps, parce qu'elle sont en vrac...

Enfin l'impact sur une feuille. Même si les raisins étaient moins touchés, le cep est endommagé en profondeur et ne pourra pas assurer une maturité normale. Il faut tourner la page cette année. C'est la vie.

Pas le droit de se lamenter, je suis loin d'être le plus touché... 16 juin 2010, mauvaise journée pour la vigne. Allez, on passe à autre chose. Et dire que je voulais vous parler d'une histoire de gambas... Ce sera pour la prochaine fois ;-)

Pour ma fête, un peu de grêle

Certains s'étonneront de mon ton primesautier après 10 cm de grêle.

Mais, comme nous le conseille le Tao, "si tu peux changer quelque chose, fais le, sinon, à quoi bon se lamenter ?"

Coincé dans sa voiture pendant l'orage, mon ami Jean Roger m'a fait passer cette photo pour se rendre compte de la chose.

J'avoue être impressionné, même si c'était très localisé, sur un couloir Latour de France/Estagel/Tautavel/Maury/Saint-Paul. A quelques centaines de mètres près, la syrah de Lesquerde était ravagée. A Tautavel, c'est notre plus belle syrah qui a vu un large bout être durement touché mais a échappé au pire (pour l'instant, en tout cas...) A la Bourguère, c'est sans aucun doute la vigne entière qui doit être ravagée, comme le montre les photos sur le Vigneron-blog. Il faut cliquer sur les photos pour en avoir d'autres.

Ainsi va la vie. Ainsi doit aller le vigneron, toujours de l'avant, sans jamais se retourner, en changeant de cap, en s'adaptant, en faisant, comme disait mon grand père, "contre mauvaise fortune, bon cœur". Il avait fait les tranchées, et pas des moindres, c'était un connaisseur de l'âme humaine, dans ce qu'elle a de plus pratique... Tant qu'il n'y a pas "mort d'homme", me disait-il. J'ai mis le temps pour en comprendre tout le sens...

Il faut bien, de temps en temps, se réjouir d'avoir des vignes très morcelées, qui posent bien d'autres problèmes le reste du temps. Pour une fois, cela est à notre avantage. Le temps d'appeler tous mes copains du secteur, certains catastrophés, d'autres soulagés, tous stupéfaits par cette injustice et trop abasourdis par cette nouvelle catastrophe, qui, pour certains, sera celle de trop...

Sur les oliviers, la météo n'est pas non plus avec nous et ces drôles de semaines où l'on passe d'heure en heure de 10 ° à 30 °, de sec à trempé, le tout sous un climat d'entrées maritimes incroyables ne donnent rien de bon. Des fleurs, il y en avait, des olives il n'y en aura point. C'est toute la validité du projet qu'il me faut repenser. Mais bon, voilà l'agriculture dans ce qu'elle a de plus pragmatique, et, si vous le voulez bien, je vais me coucher tôt ce soir...

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