Des lendemains vaseux...

Pas trouvé d'autre mot pour ma journée d'aujourd'hui... Lever difficile, courbatures partout et déjà il faut courir pour remonter le lave verre, remettre l'eurocave à sa place, ranger les verres, les tables, les chaises, les panneaux de terre (tiens, il faudra que je vous en parle, un jour, des panneaux de terre), les trucs, les machins, les bidules.

Toute la journée, on se dit qu'il faudrait rentrer les cartes de visite sur l'ordinateur, commencer à répondre aux demandes, envoyer des mails, mais, franchement, l'énergie n'y est plus.

On est comme vidé, un peu hagard, franchement amorphe. Même pas le courage d'écrire un billet digne de ce nom.

Idiot, au final, de rester au bureau un lendemain de salon. J'aurais mieux fait d'aller marcher dans les vignes ou les oliviers, de bon matin, pour me ressourcer ou carrément aller avec l'équipe du salon déjeuner au restaurant pour échanger anecdotes et impressions. Puis un petit cinéma, où je ne suis pas allé depuis des mois. Dans deux ans, on fera ça, hein ?

Ça ira mieux demain...

Ce soir j'enlève mon badge


Voilà, c'est fini. Moi rentré maison. Moi content. Moi fatigué. Alors moi aller au plus rapide. Quand moi parler comme ça, tout le monde comprendre. Pas possible erreur. Vinisud, tout bon marcher. Le meilleur moment ? Je viens d'enlever mes chaussures... Ahhhhh...

Bon, allez, à chaud, tel un vin en fin de fermentation, encore chaud de son énergie toute levurienne, se glisse sensuellement dans une belle barrique neuve, parfumée et accueillante, si je ne fais pas l'effort de vous donner quelques petits nyama-nyama (nom masculin, petits hors d'œuvre divers servis avec l'apéritif, origine Afrique..), et bien où je ne les écrirai jamais, où je vais les oublier...

Alors, voyons... En total vrac, hein, d'accord ?

Merci à ces inconnus qui voyant mon badge m'ont abordé dans les allées de Vinisud en me remerciant pour ce blog. Il en y en a au moins cinq qui me lisent...

Merci à Marcel Guigal d'avoir éclairé ma route - encore une fois - en me servant un verre d'un délicieux Château d'Ampuis, à la finale longue, à l'élevage de génie. Je peux faire un stage ?

Merci à Caroline Frey de m'avoir réconcilié avec la Roussanne en me faisant goûter un Chevalier de Stéringberg 98 en magnum, ahurissant d'évolution maîtrisée, mâture, dense, raffiné, éduqué. Je peux avoir des bois ?

Merci à François Lurton de m'avoir fait goûter son Fumée Blanche, si joyeux, simple, accueillant et évident, en ne me disant qu'après qu'il en faisait quatre millions de bouteilles de ce niveau, ce qui me semble incroyable. Respect et humilité. Je peux avoir la recette ?

Merci à ce grand vigneron du Rhône de me demander pourquoi JE ne voulais pas échanger... Je veux, ami, je veux, mais je n'aurais jamais osé te le proposer... ;-) Je peux les faire partir demain les vins ?

Merci à tous les quatre de me montrer que j'ai encore du pain sur la planche avant d'arriver au top... Un petit coup à l'égo, ca motive...

Pardon à tous ceux dont j'aurais tant voulu goûté les vins. Les seuls que j'ai pu goûter, ce sont donc ceux là, parce qu'ils étaient sur la route du petit producteur de Foie Gras où j'allais vite acheter les sandwichs du midi. Je l'avais bien détecté, enfin un bon sandwich magret/foiegras (pourvu que mon généraliste ne lise pas ces lignes ;-)

Merci surtout et avant tout à tous nos clients, amis, fans, qui m'ont empêché de trainer sur le salon tant ils étaient nombreux à venir nous voir...

Merci à tous ceux qui m'ont dit que les vins étaient super, j'espère qu'ils étaient sincères ;-) Ca fait plaisir, ça donne une raison de continuer...

Merci à Yaïr pour la présentation de son site, qui va vite devenir incontournable et va arriver comme un formidable tsnunami dans notre petit monde d'amateurs de vin. S'incrire d'urgence pour être averti de l'ouverture ICI.

Merci à ma femme, à JD, à Christian, à toute mon équipe pour ces trois jours de folie, de passion, d'échanges, de rires et de pieds en capilotade...

Désolé de n'avoir pas pu faire un billet, chaque jour, à chaud, sur le salon... Un jour, peut-être... Allez, au lit, on essaira de vous en dire plus sur tout ce qui m'est passé par la tête pendant trois jours, avant la fin de la semaine, si tout va bien...

A propos de pieds, vous connaissez celles des deux prostituées qui se retrouvent à 5 heures du matin, épuisées, dans un troquet, et échangent leurs impressions, devant un demi bien mérité ?

- " Et bien, ma chérie, tu as l'air épuisée, ce soir..."

- " Ne m'en parle pas..., je suis montée 18 fois !"

- " Ma pauvre chérie, tu dois avoir les pieds dans un état !!!!"

Bon, désolé, c'est la fatigue ;-))

Dans le secret des assemblages...

Moment crucial que celui des assemblages.

A Vinisud, lundi, nous présenterons deux millésimes, 2008, à la fin de l'élevage, pour le Clos des Fées et 2009, pour les Sorcières, la Chique et Walden.

Je me suis toujours refusé à ne pas présenter des échantillons au plus près de la vérité, des vins. Pour cela, un seul moyen, un seul honnête, un seul vrai : faire les assemblages, les vrais, avant la présentation.

J'ai trop souffert, en temps qu'amateur comme en temps qu'acheteur, de ces cuvées dont les vins en bouteilles n'avaient plus rien à voir avec les échantillons qui m'avaient été présentés, des mois avant, soit qu'ils étaient franchement moins bons, soit que mon goût ait changé (restons corrects...).

Alors voilà, avant de présenter aux acheteurs ou aux journalistes des vins de ces deux millésimes, les assemblages sont faits pour le millésime 2009, les vins homogénéisés pour le 2008 (l'assemblage a été fait l'année dernière, et plus question de reculer depuis...)

Certains me diront que je me prive ainsi d'une marge de manœuvre importante, que les lots de vins peuvent évoluer de manière différentes, que ceci ou que cela. Hum. De toute façon, les lots de "Vieilles Vignes" et de "Clos des Fées" sont décidés depuis les vendanges et, franchement, il est extrêmement rare, au final, qu'une cuve passe d'une qualité à une autre. Dans ce métier, peu de miracles, quoiqu'en disent certains, un peu trop influencés, parfois, par le marché...

Bon, bref, cette année, je l'avoue, devant mes cuves de Walden, j'étais un peu désemparé. Autant l'année dernière il y avait comme une piste d'atterrissage la nuit tant cela me semblait évident, autant cette année, c'était tempête de neige dans le cockpit ;-). Vous avez vu le die Hart 2 ? Alors, vous voyez l'ambiance ;-)

Heureusement, notre ami Athanase Fakorellis, œnologue intermittent mais toujours là quand on a besoin de lui était là pour nous déblayer la piste. C'est notre John McClane à nous ;-)

J'ai un grand respect pour Thanos, car tel est son petit nom chez nous, mais là, je l'avoue, il nous a scotché sur place... L'œnologue, pour les assemblages, possède une expérience unique. Alors que le vigneron ne peut faire qu'un assemblage par an s'il reste chez lui, l'œnologue, lui en fait dix, vingt, trente, cent par an. Une expérience irremplaçable (s'il a de la mémoire et du talent, bien sûr) et se priver d'une elle aide serait stupide.

Le brief est bien expliqué. Quelques vins sont dégustés pour bien donner la direction. Puis, presque d'un seul coup, avec vingt lots devant lui, voilà l'assemblage qu'il nous a proposé et qui s'est avéré bien meilleur que tous ceux que nous avions proposés. Merci qui ? Merci Thanos. Et comme je n'ai pas de secrets, le voilà :
 
Walden 2009 (délicieux, au fait...)
Cuve 14 - 29%
Cvue B3 - 9%
Cuve 7 - 5%
Cuve 11 - 29 %
Cuve B 8 - 22 %
Cuve 12 - 6 %

Une porte sur l'été

Drôle de climat, décidément.

Il y a deux jours, c'était intenable et j'ai dû faire changer de place, puis arrêter les équipes de taille, gelées debout par - 2° et une tramontane à 100 km.

Hier, c'était au contraire tout le monde en t-shirt, en train de se plaindre de la chaleur...

Mon vieux chat vieillit. A 16 ans révolus, il aura eu un destin de choix, naissant avenue de l'Opéra chez une dame de qualité qui ne faisait pas commerce de chats en général et de Chartreux en particulier. Elle pris du temps pour me jauger, m'étudier, me faire confiance, enfin, car elle voulait un bon maitre pour l'unique mâle de la portée de son couple de Chartreux qui semblait très amoureux...

Jeeves, puisque tel est son nom (merci Christine de m'avoir fait découvrir, sur le tard, Wodehouse...), aura eu une vie bien remplie et je crois heureuse.

La campagne lui a réussi et bien qu'il ait un peu de mal à monter désormais les escaliers, il semble heureux d'être passé d'Aristochat à chat de village ;-).

Par ces temps de grand froid, il me fait toujours courir, comme Pete, Petronius le sage, le chat si important dans ce si amusant roman de SF de Robert Heinlein. Il me fait ouvrir au moins trois portes et fenêtres avant de se résigner à comprendre qu'il fait froid et pluvieux dehors et qu'on ne peut pas sortir. Combien de fois ai-je lu ce livre, depuis mes quatorze ans ? Une bonne dizaine, pour le moins. Sa couverture est frippée, usée, cornée... Bien qu'il ait bien sûr vieilli au niveau des supputations robotiques, il est toujours aussi amusant, poétique et surprenant dans sa manipulation si habile des concepts spacio-temporels. Et il m'a fait croire, sans nul doute, au fond de moi, qu'il y avait toujours, quelque part, une "porte sur l'été".

Je devrais parler plus souvent de Science-Fiction. Ça changera.

Labour au Carignan

Puisqu'on est dans le labour, on continue, mais on change d'engin, si vous le voulez bien.

80 cm de large pour se glisser entre les vieilles vignes en gobelet, une transmission hydrostatique, le viti-plus est vraiment l'outil idéal pour passer entre les ceps centenaires.

Mais bon, voilà, il faut être deux... Un qui délicatement écarte les bras sur le chemin du tracteur...


Puis qui court devant pour l'empêcher de mutiler un nouveau cep.


Force, adresse, finesse, endurance, l'opération est loin d'être un long fleuve tranquille. Grace à l'hydrostatique, le tracteur se pilote d'une main, avec une sorte de gros joystick et peut avancer de quelques centimètres à la fois. Il faut au conducteur beaucoup d'attention et beaucoup de patience.

Ah, il faut aussi une bonne provision de boulons, parce que la casse est fréquente. Vous voyez, là, les petits boulons ? On a tant et tant de cailloux, de roches, de dalles, qu'il faut compter un budget de plus de 2 000 euros rien que de boulons et de vis... 

Sans parler bien sûr des pièces d'usure, "côtes de melon" et autres "ailes".

Celle là a été changée il y a peine une semaine, les spécialistes apprécieront...

Bon, inutile de rêver, on va pas faire de beaux sillons bien droits dans cet environnement de fous qui a été créé à une époque où il y avait 80 chevaux à Vingrau, où on travaillait 60 heures par semaine, où plus de la moitié des vignes étaient cultivées à la pioche à deux dents, le bigos...

Là, la roche mère affleure. Le tractoriste doit en permanence regarder et surtout "sentir", sous peine de tout arracher sur une plaque de roches.

Encore une dizaine d'années, si tout va bien, puis, si l'on replante, il faudra faire venir un bulldozer pour enlever les "patates" géantes de roches, parfois grandes comme une voiture. Des sortes d'iceberg minéraux, qui, parfois, étaient autrefois troués à la dynamite pour y insérer un pied. Qui vivra verra.

En attendant, on la bichonne, sans trop se soucier des coups de production. Une journée, à deux, plus le tracteur à 50 000 euros, 80 ares de labourés. C'est la vie...

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