On the Road Again

Hello and Goodbye San Francisco

Mon Dieu comme c'est joli ! Voilà la pensée qui ne peut qu'envahir un honnête citoyen en se promenant dans les rues de San Francisco. Ciel bleu, fond de l'air frais, petite brise, je retrouve un climat de février à Vingrau et donc, mon organisme frétille et reprend vie comme un poisson dont on a changé l'eau de l'aquarium. Il faut dire que NY, c'est un peu gris et bruyant pour moi. Manhattan en tout cas.

Hôtel magnifique, idéalement placé, quelques heures pour trainer downtown, prendre le cablecar et voir de loin Alcatraz : me voilà touriste moyen à mes heures. Je me rends compte que, en vieillissant, je suis de plus en plus sensible à l'architecture. Une nouvelle passion serait-elle en train de naître ? Tous les dix mètres, je m'arrête presque bêtement devant une vieille maison historique dont j'admire détails, intelligence de conception et, souvent, coquetterie. Une chose me fascine : toutes sont différentes et, pourtant, toutes ont un lien commun. Elles forment alors un tout architectural, donnant ainsi un rythme fou à la ville. N'est ce pas la définition même de l'AOC : une architecture "commune", mais qui respecte les différences ? Il faut dire que sur ma boîte mail, j'ai trouvé une lettre de Patrick Baudoin qui m'a beaucoup fait réfléchir sur le sens de l'AOC. Si j'ai un moment, je vous en parlerai.

Soirée sympa, dans un restaurant vietnamien-fusion. J'adore les raviolis vietnamiens. Et Joana, la responsable des vins, adore le Clos des Fées. Elle est surprise de me voir là et ses compliments me font rougir... Bonne adresse, ça s'appelle Ana Mandara, merci Jean-Olivier, un ami de vingt ans qui vit à San-Francisco et qui, bien sûr, a choisi d'aller faire un peu de business ailleurs juste le jour oû j'y suis. Damned ;)

Très belle dégustation le lendemain à l'Hôtel Fairmont, sur Mason. J'adore les palaces, surtout les anciens où l'architecte prenait son temps est ses aises pour concevoir de grands salons, des hauteurs de plafond, des galeries, des couloirs, bref où  le concepteur pensait à ceux qui allaient vivre dans son œuvre et y intégrait de ce fait des "vides" et du confort. L'hôtel est merveilleusement refait, les lits d'un confort absolu (des matelas Seely, j'en suis sûr, mon rêve pour la maison...), et, finalement 30 % moins cher que celui de NY où j'ai failli demandé un grand chausse pied pour rentrer dans la chambre :-)

Il y a là tous les clients de mon distributeur national qui sont donc mes "ambassadeurs" dans la plupart des états américains. Il n'y a que leur nom sur leur badge, donc, impossible de vraiment savoir qui est qui et qui est où. C'est rythmé, intense, les vins (tous les vins du tasting, d'ailleurs) se goûtent mieux qu'à NY. J'ai pas regardé la lune, tiens, je devrais pourtant. A Montréal, d'où j'écris ces lignes, elle me semblait bien ronde hier. Juste pleine ou peut-être un peu en descente. A moins que ce soit les pressions barométriques. Quel climat super, San Francisco, j'adore ! Pas étonnant que les gens soit positifs.

Début du tasting. On demande ce qui caractérise mes vins, quel est mon but ? Si je le savais, ma brave dame ! Ma philosophie se résume en une citation "puisque ce mystère nous dépasse, feignons d'en être l'organisateur". Allez donc traduire et expliquer ça en anglais, à des gens qui, pour la plupart d'entre eux considèrent que mon métier est un business comme un autre, voire une industrie, et tentent d'y appliquer des recettes de marketing qui ont fait leur preuve dans les petits pois... J'essaie d'expliquer avec mes quelques mots disponibles qu'en 2003/2004, j'ai eu l'impression d'avoir trouvé mon "style" et que, depuis, j'essaie simplement de faire en sorte, et c'est compliqué, que mes vins aient cette "bizeul touch". Il faut dire que j'en ai profité, pendant les vols, pour me faire une petite orgie de vieux films comme je les aime sur le portable (merci Eric) et que la Lubitsch touch m'est, encore et encore, apparue comme quelque chose de miraculeux. Dommage que j'ai pas le portable et de réseau pendant le tasting, car le soir, je trouve sur internet la parfaite définition du cinéma du maître :

"The Lubitsch Touch" is a brief description that embraces a long list of virtues: sophistication, style, subtlety, wit, charm, elegance, suavity, polished nonchalance and audacious sexual nuance."   -- Richard Christiansen (Chicago Tribune)

On enlève la sexual nuance (encore que ;-) et voilà décidément une fort acceptable description de ce que je cherche à avoir dans mes vins ;-)

Certains semblent comprendre la notion de "style". C'est difficile à expliquer avec des mots, mais facile à comprendre avec sa bouche, parce là, il y a deux millésimes en //, les dernières bouteilles de 2004 et les dernières de 2005, sur les trois cuvées. Et pour finir, la petite Sibérie met tout le monde d'accord... Le soir, dans le photobook de l'hôtel, je trouve une citation d'Yves Saint Laurent : Fashion fade, Style is eternel". Voilà. C'est ça. Rien de plus, rien de moins...

Passion, style, classe, je retrouve tout cela le soir dans un restaurant... Grec. Il s'appelle Kokkari. J'y suis invité pour fêter, avec tous les vignerons, la fin de mon US TOUR 2008 ;-). Ambiance feutrée, lumière tamisée, cheminée, bois, tout est simple, beau, évoque un chalet, dans les rocheuses, mais des rocheuses qui serait au bord de la mer méditerranée. Une dizaine de canard sont en train de rôtir paisiblement, gente Tupina. Je m'y sens tout de suite bien et, malgré le bruit (c'est archi, archi, complet), ça ne loupe pas. A peine assis, c'est grosses olives, petite salade de poulpe grillée au feu de bois (la meilleure depuis toujours), friture d'un genre d'éperlan, légère et croquante avec une sauce tartare fraîche et parfumée, tarama aérien, purée d'aubergine comme à la maison, le tout avec un pain pita moelleux cuit au feu de bois et, enfin, dolmathes, vous savez, ces d'habitude immondes feuilles de vignes fourrées au riz, qui... sont un délice.  Ah, je comprend, c'est ça, des dolmathes, enfin. j'en goûte de vraies, de fondantes, finement parfumées aux fines herbes et aux pignons. Au niveau des dolmathes, enfin, depuis hier, je peux dire "je sais, je sais" ;-)

Tout est à vrai dire parfait. D'une simplicité désarmante, mais parfait. Autour de moi, beaucoup de mes collègues semblent soit indifférents, soient déçus. L'un deux, sans doute habitué au Tarama industriel, boufis de gras et coloré artificiellement, ne reconnait même pas le mets et pense que c'est de... l'oumous ! Tans pis pour lui. Le reste est à l'avenant : côtes d'agneau fondantes, poisson juste grillé, salade fraîche et dessert de grand-mère :Galaktoboureko, fines cigarettes de pâte filo fourrées d'une sorte de crème de semoule à la vanille. "Mégabon" dirait Gaspard s'il était avec nous ;-)

Je me lie d'amitié avec mon voisin — nous sommes sur un longue table d'hôtes — dont le ventre replet et la l'attention qu'il met à manger me laisse à penser que lui aussi a compris combien ce genre de moment était rare. Dès l'ouverture, me dit il, le restaurant n'a pas désempli et, selon lui, c'est un des cinq meilleurs de S.F. Je suis d'accord, bien sûr. En partant, il me laisse un petit mot charmant : "si vous revenez à SF, appelez moi, on dinera ensemble". Il n'y qu'aux USA qu'un tel truc peut se produire...

Dans le taxi, conduit par un fou furieux, qui grimpe les "étages" de la ville à fond, et ou je crie pour l'encourager en espérant arriver à sauter ;-), je me dis que ce restaurant avait du style, tout simplement.

P.S. : vive la cuisine grecque (sauf le café, mais il était turc ;-).

Redevenons sérieux, please !

Départ pour San-Francisco tôt hier matin.

Dans le taxi, le chauffeur, d’origine Haïtienne et dont francophile, me parle de l’Amérique. Il « hait » Busch, « un crétin», qui « comme les vrais imbéciles, se croit plus intelligent que tout le monde et a ruiné l’Amérique ». Il n’est pas tendre non plus avec Hillary Clinton, « dont personne ne veut comme candidat démocrate et encore moins comme président » au point que s’il elle était désignée, il préférait voter républicain... Il me parle de ces riches, qui sont toujours plus riches  sans même en savoir la raison, et de la pauvreté, de l’autre côté, exacerbée par la crise des subprimes et les expulsions à répétition. Il me dit aimer le vin et me demande quoi acheter. Je lui conseille Walden, assez facile à trouver à NY, enfin j’espère. Je lui dis que je fais quelques vin chers, mais que je suis aussi très fier de faire des vins que j'espère « populaires ». Il me parle de Yellow Taill, je souris en lui disant que je suis environ 10 millions de fois plus petit, au niveau des quantités. Mais c’est vrai que sur le coup, il ne me vient aucune idée en tête d’un vin français produit en assez grande quantité pour être facile à trouver à NY. J’aurais du dire un Côtes du Rhône de Guigal, tiens. Ou un vin des Perrin, de Beaucastel. Tans pis. Ce sera pour une autre fois.

La crise, j’avoue ne l’avoir pas vraiment vue ni ressentie lors de ce voyage à NY. En fait, à vrai dire, il me semble qu'on en parle moins qu’en France, c'est vous dire... Ou mon anglais n’est pas assez bon. La guerre en Irak non plus, d’ailleurs, c’est comme tabou. A l’aéroport, Américan Airlines ouvre son salon VIP aux militaires en transit. Je trouve ça bien. Dans la rue, toujours autant de homeless, bien sûr, dont certains mendient et d’autres non. J’avoue donner souvent et volontiers à ceux qui me le demandent dans la rue. Un cul de jatte, sur son fauteuil, m’interpelle vivement sur Broadway : « Help me ! » crie t’il avec force, sur un ton impératif qui me bouleverse. Je m’exécute de quelques pièces. Je suis de toutes façons un grand "donneur" (de leçon aussi, diront mes détracteurs ;-). Un moyen très personnel de remercier « la Vie » ou je ne sais quoi ou ne je sais qui, de m’avoir permis de faire un métier que j’aime, dans un lieu que j’aime, avec une famille que j’aime et tout ce petit monde en bonne santé. Quand on vit dans la nature, on se rapproche des valeurs essentielles, des basiques, on savoure les trucs simples.

Au fait, vous êtes gâtés, en ce moment. Un billet tous les jours, mazette -). Il faut dire qu’avec six heures de vol à jouer la sardine, j’ai un peu de temps pour alimenter ce blog :-)

En trainant avant hier sur la 5ème, j’ai vu passé plein de modèles de voiture que je ne connaissais pas ; tous les modèles US, bien sûr, peu ou carrément pas importés en France, mais aussi plein de modèle japonais, apparemment spécialement désignés pour le marché américain.

Pendant les temps morts de la dégustation, où tous les vins ne se présentaient pas, au fait, sous leur meilleurs jours, je réfléchissais à ça. Devrais je, comme les industriels de l’automobile, construire des vins spécialement pour le marché américain ?  Les formater, tant au niveau du goût que de l’habillage, pour qu’ils « plaisent » et se vendent par milliers, voire millions de caisses ? C’est un atout de mon importateur aux USA, grand spécialiste des vins espagnols. A l’aide de consultants, de spécialistes du marketing, de son propre goût, très sûr, il « construit » littéralement de nouvelles marques, souvent des vins particulièrement concentrés, si possible à très bas prix au niveau de la production afin d’optimiser les marges, mais toujours plus élevés que ce que donnent d'autres négociants. Certains de ces projets, pourtant récents, dépassent aujourd’hui 100 000 caissses ! Ici, on parle toujours de caisses de 9 litres, soit de 12 bouteilles et cela continue à se développer. Avec mes pauvres 800 caisses de Clos des Fées, et encore pas chaque année, dont quelques dizaines seulement aux USA, je me sens tout d’un coup un peu c.., je l’avoue. Mais, après réflexion, je me rends compte que je suis un c.. assez fier de l’être, assez libre, aussi, qui aime bien l’idée de faire un vin qu’il aime PUIS de chercher des amateurs pour partager son goût.

Un peu arriéré, sans doute, comme comportement, et sûrement aussi voué à la disparition dans les années d’extrême mondialisation qui arrivent à pas de géant. On verra bien. En attendant, en sirotant un fond de verre de Clos des Fées 2005, qui s’ouvre peu à peu, change, évolue et dévoile impudemment ses charmes (et il y en a, croyez moi….), je me dis que j’ai choisi la bonne voie, que tant pis si je ne suis jamais millionnaire en dollars ou sur la couverture du Wine Spectator. Je me contenterai d’être fier, en paix et en harmonie avec mes convictions.

Let’s talk about... Sex

Lorsqu’un autre vigneron me parle de ce blog, deux questions reviennent presque systématiquement : où est ce que je trouve le temps d’écrire ? Et combien ai-je de lecteurs ?

A la première, je ne sais pas trop quoi répondre, tant le rythme de publication est variable. Mais je ne peux m’empêcher de remercier, au fond de moi, ma prof de dactylo, à l’école hôtelière, dont j’étais je crois le pire élève, et dont l’enseignement – que je jugeais inutile du haut de mes dix sept ans –, me permet aujourd'hui de taper à toute vitesse avec mes dix doigts musclés de vigneron :-). Et donc d’aller très vite…

A la deuxième, j’avoue que je m’en moque un peu et que, de toute façon, le module statistique de mon hébergeur étant fort peu précis, j’ai bien du mal à comprendre combien d'entres vous me lisent chaque jour. Quelques centaines, sans doute, j'imagine, ce qui suffit à mon bonheur. De toutes façons, un blog, dans son essence, ne doit pas chercher à faire de l’audience. Et puis je préfère avoir peu de lecteurs, mais de qualité. Un peu comme le vin : peu, mais bon ;-)

Sauf aujourd’hui, où nous allons parler "sexe" ce qui, le mot étant toujours n°1 sur tous les moteurs de recherche, devrait faire péter l’audimat :-)

Car chers amis, voyez vous, hier, le tasting de notre distributeur à NYC était juste à côté du Museum of Sex… La porte à côté, en somme. Et donc, fort logiquement, ayant une heure à perdre, entre cinq et six, après le tasting et en attendant le diner, et n’ayant rien (de mieux..) à faire, j’allais avec quelques copains me cultiver.

L’un d’entre eux a eu la gentillesse, très vite, de m’aider à augmenter mon bagage sémantique. Il m’appris l’éthymologie du mot copain, « qui partage le pain »... Immédiatement après, et fort logiquement, ambiance grivoise aidant, j’en déduis l'origine du mot... copine ;-)))))) Désolé ;-)))

Bon, où en étais-je ? Ah oui, le musée du sexe. En visitant le lieu, ma foi plutôt chic, design et rigolo (l’exercice muséographique est difficile, vous en conviendrez…) quelques réflexions philosophiques, ethnologiques, historiques et culturelles me vinrent à à l’esprit ;-)

Un, on a rien inventé depuis longtemps dans ce domaine, sauf peut-être la pile électricque ;-)

Deux, le vin, c’est beaucoup plus intéressant et varié, en fait, que le sexe ;-) Ayant six heures de vol pour rejoindre San Francisco, j'ai le temps de tenter, si vous le voulez bien, de vous en démontrer l'évidence.

Par exemple, si boire à deux est une pratique couramment admise partout dans le monde, on peut aussi pratiquer à plusieurs sans enfreindre aucun code religieux ou moral, ni bien sûr aucune loi ;-). 

On peut d’ailleurs le faire en groupe, hors domicile, et même à la maison. Le croirez vous, votre femme ou votre mari ne sera pas le dernier à participer, la plupart du temps avec enthousiasme ;-). Souvent, et tout le monde le sait, des hommes le font ensemble, sans que personne ne voit rien à redire quand ils partagent une bonne bouteille ;-). On peut le faire avec son meilleur (e) ami, sans que cela gâche tout. Bon, d’accord, seul, c’est pas terrible, mais ma foi, à l’occasion, c’est bien aussi ;-). Ah, oui, j’y pense parce que j’ai déjeuné seul à l’Atelier, on peut aussi le faire seul ET en public ;-) Alors qu'au niveau du sexe, je vous le déconseille fortement...

Voyons voir, quoi d'autre. Ah oui, bien sûr, pas de maladie. Et puis, franchement, au niveau du plaisir, le vin, c’est franchement top. D’abord, bien sûr, vous l’aurez sans doute noté, pas besoin de préliminaires (désolé;-) Ensuite, le plaisir est super rapide, voire instantané : on met le vin dans sa bouche, et hop, c’est le pied. On peut d’ailleurs recommencer. Tout de suite ;-) Et autant de fois que l’on veut ;-). C’est pas beau, ça ? D’ailleurs, sur votre lit de mort, jusqu’au dernier jour, la dernière heure, la dernière minute, vous pourrez encore pratiquer, et, lors de la dernière gorgée, le plaisir, intact, vous envahira…

Ah, au fait, pas de migraine  ou de mauvais jours qui tiennent : c’est quand on veut, où on veut ;-) Certains, qui ne sont pas vigneron, doivent payer, il est vrai, pour boire du vin. Mais franchement, par rapport aux sexe tarifé, c’est vraiment à la portée de toutes les bourses (désolé, encore ;-)

Ah, oui, dans le vin, il y a tellement de nouveaux vins à découvrir, de nouveaux vignerons à rencontrer, on ne peut pas se lasser : même Bob, à son âge et avec son expérience, il ne peut pas dire « Je sais, je sais… » ;-). Et on a toujours quelque chose à apprendre... En fait, comment dire, on peut multiplier les « partenaires » à l’infini, sans que personne ne vous regarde bizarrement. La liberté totale. Mais bien sûr, on peut aussi être fidèle à quelques bons vins, toute sa vie. Parce que c’était lui, parce que c’était moi, et qu'on voit pas pourquoi on irait chercher ailleurs. Tiens, le Clos des fées, au hasard ;-) « What Else », d’aileurs, comme je dis tout le temps, depuis je suis aux USA, avec mon sourire le plus ravageur;-). D’ailleurs, en parlant de Georges Clooney, auquel je ressemble de plus en plus, me dit-on, à quelques détails mineurs près (les commentaires désagréables ne seront pas mis en ligne ;-)), les plus rusés d’entre vous auront remarqué que le physique n’a que peu d'importance dans le monde du vin : certaines personnes particulièrement laides peuvent avoir PLUS "d’expériences" que des gens physiquement "parfaits". Et certains vignerons que je connais personnellement sont affreusement laids ! Ugly Betty en mec ! Ou énormes et bougons, véritables sosies de Schreck ! Ou petits et chauves (François, tu nous manques !) ! E pourtant, il font partie des êtres les plus désirés au monde, ceertaines femmes allant, m'a t'on dit, jusqu’à se désabiller dans leurs cave pour tenter de leur soutirer quelques bouteilles, prouvant ainsi qu'elles savent, elles, ce qui est vraiment important dans la vie ;-)

Bien, ainsi se termine le récit de ma viste au muséum of the sex, en compagnie de mon vieil ami Dick ;-). Peut-être un jour vous parlerai-je de lui plus en détail ;-). Tout le monde aime Dick :-). Mais j’en doute, certaines choses devant rester mystérieuses, comme le disait le Comte de Cagliostro;-)

P.S. : dans le taxi, trois vignerons espagnols, joyeux et dynamiques. Nous nous moquons gentiment de l’étrange façon qu’ont les américains et les américaines de montrer, par des expressions appuyées, des mimiques et des roulements d’yeux, leur émotions ou leurs pensées. « Oh, your WINE si SOOOO BIG ! It’s INCREDIBLE ! GORGIOUS ! I CAN’T BELIEVE IT ! Je repense à cette scène d’anthologie avec Cameron Diaz. Elle me semble parfaitement à sa place pour illustrer ce billet qui part décidément en vrille  ;-) Cameron, si tu me lis, t’es vrament une marrante qui se la pête pas et, si tu passes à San-Francisco demain, on ira boire un verre de Clos des Fées ensemble !  Enyoy yourself, c’est ICI. Pour adultes ayant le sens du l'humour, seulement !

Higgledy-Piggledy

Et, oui, je traîne, je traîne et j'apprends des nouveaux mots ;-). Est-ce que j'emploie cette expression anglaise à bon escient ? Ca serait bien la première fois ;-) il y a bien un prof d'anglais qui me lit et qui va me le dire, non  ? Le dico me donne comme traduction : Dessus-dessous, pêle-mêle, upside down, quoi, en plus chic : voilà qui reflète bien ma journée qui s'achève à N.Y.

Pas de musée, désolé, mais un bon restaurant, et vous avez raison si vous en déduisez que je préfère les nourritures terrestres aux autres. On ne se refait pas. Bon, j'ai quand même fait une petite halte à la cathédrale St Patrick, sur la 5ème, où la Pape va, paraît-il, si j'ai tout compris, passer le 19. J'aurai donc raté le Pape. Mais au fait, j'avais oublié de vous le dire, mais j'ai vu Mathieu Ricard, le traducteur du Dalaï Lama en Français, à l'aéroport. J'ai pas osé lui serrer la main, je le regrette. D'abord, j'aime bien les tibétains et j'en ai beaucoup fréquenté, dans ma jeunesse. Ensuite, j'ai de l'admiration pour leur combat. Mais bon, j'ai pas osé. Cela aurait pourtant bien confirmé ma théorie qu'on est souvent à une ou deux poignées de main des c...... d'un personnage célèbre, comme je l'avais expliqué un jour dans mon billet sur Singapour où j'évoquais l'empereur du Japon ;-) Et oui, sur ce blog, y a des trucs qu'on peut comprendre que lorsque on lit tout. La fidélité est parfois récompensée, parfaitement.

Donc, las de lire les agapes de nos amis du grand jury à Tokyo, j'ai décidé sur un coup de tête de frapper fort dès le déjeuner : l'Atelier de Robuchon, au Four Seasons, sur la 57 ème, s'il vous plait mesdames et messieurs. Hé ben, les amis, j'ai bien fait, et cela méritait bien que je fasse un petite prière de remerciement envers le grand architecte, trois heures plus tard, sur le banc d'une église, et à genoux, s'il vous plait. ;-)

Un repas parfait, lumineux, rythmé, doux et chaleureux, comme on les aime. En plus, il y avait Joël. Oui, LE Joël en personne. A NY, quand on dit Joël, c'est Robuchon. Et Daniel, c'est Boulu, Ca, je savais pas, mais j'ai vite compris. L'Atelier, c'est sympa, parce Joël, quand il est ici, il est détendu, il dit bonjour à tout le monde et il vous touche volontiers l'épaule, comme s'il vous connaissait de longue date. Joël, c'est un tactile. Ca se sent dans sa cuisine. Et maintenant, c'est presque mon copain ;-). Bon, il y avait aussi mon vieil ami Philippe, là par le plus grand des hasards, et qui travaille avec lui. Alors, j'ai été gâté. Je vous passe la description des plats, parce que je suis pas sadique et que Claudine, qui corrige les fautes et qui est restée à la maison, va m'en vouloir à mort parce que je vis des moments comme ça sans elle. C'était pas prévu, ma Chérie, tu sais bien ;-). Mais c'était justement ça qui était super, du Carpaccio de langoustine avec plein de fleurs, au dessert au thé, à la chartreuse et à l'ananas, en passant par une coquille saint-jacques du Maine cuite à la perfection à même sa coquille ou à un morceau de poisson japonais, de l'amedai (aucune idée de comment ça s'écrit, help me), que je n'avais jamais mangé et qui, servi croustillant dans un bouillon parfumé m'a consolé de n'avoir pas été invité au Japon par ces égoïstes du GIE ;-)

Ce qu'il y avait de formidable, en plus, dans ce déjeuner impromptu, c'était la qualité des vins servis. Merci à Stéphane Coling pour ce choix sans faille, aussi original que brillant. Je retiendrai la révélation d'un Chenin/Viognier d'Afrique du Sud, littéralement renversant par sa précision et sa puissance retenue. Une découverte pour moi, sans doute une porte ouverte pour d'autres, mais cette cuvée Saskia 2006 de Milles Mossop m'a bluffé. Si c'était pas si loin ou si j'avais du temps et/ou un Falcon, voilà un petit gars que je serai parti rencontrer sur l'heure... En plus, il a une bonne tête. Et oui, je me suis contenté d'une petite rencontre sur Internet... C'est lui, LA. Depuis ma révélation des vins de Thornbreck, à Singapour, il y a trois ans, j'avoue que j'avais pas eu un tel choc.

Bon, ça, c'était le côté doux. Il y aussi le côté aigre...

Me suis arrêté, en trainant dans Manhattan, dans deux ou trois wine shops... Ouhhhh. N.Y. est vraiment le carrefour mondial des bons vins et s'il est évident que c'est le paradis pour un jeune sommelier qui cherche à se former, c'est un chemin de croix pour un vigneron qui cherche à émerger... Comment ai-je la naïveté de penser que j'ai ma place dans ce maelström de vins (et de bons, et de grands...) du monde entier ? Mon moral a pris une nouvelle fois un coup de froid, comme chaque fois que je passe ici. Enfin, haut les cœurs, demain est un autre jour et on verra bien.

Finalement, en remontant la 5ème, je me disais que c'était ça les bons et les mauvais côtés de la mondialisation. D'un côté, on mange un poisson japonais dans un restaurant français, à NY, en buvant un vin de Stellenbosh. D'un autre, comment trouver sa place dans ce monde si mouvant, si rapide, dans ce marécage où tout bouge à toute vitesse ? Terrifiant et terriblement attirant. Bon, il y avait quand même des Sorcières au verre au Four Seasons, ça m'a un peu rassuré :- ). En fait, je vous l'avoue ce soir, je me sens plus proche de tous ces vignerons du monde qui démarrent de rien que de mes racines françaises, de ces traditions pesantes, de ce pathos AOC si limitant. C'est avec eux, ces hommes libres, que j'aimerais former un groupe et voyager, avec Thornbreck, avec Mossop, avec les Maurau Veglio, un formidable couple dont les Barolo m'ont vraiment excités à Vienne, ou avec toi, vigneron de je ne sais où, que je ne connais pas encore... Mais en aurai-je le temps et surtout l'énergie, pensais je en sauçant soigneusement ma coquille saint-jacques pleine d'un déliceux bien que fort peu diététique beurre fondu des familles...

Bon, voilà pour la journée d'aujourd'hui. Quoi d'autre, avant d'aller au lit ? Ah oui, ce qu'il y a de bien, quand on mange seul, c'est qu'on se fait des relations, en tout cas à NY où, au bar, tout le monde est curieux de ce que vous faites. Jamais ce genre de truc m'arriverait en France ! Mon voisin de droite viendra me voir en septembre, en rentrant de Barcelone. Ma voisine de gauche a de la famille du côté de son mari à Quillan... Le monde est si petit, madame Michel... Et un grand sommelier qui passait par là (l'ancien de Daniel qui-vous-savez) et qui a eu la politesse de faire comme si j'étais un grand vigneron m'a promis de passer me voir demain au Tasting d'Enrique et Katel. Pour ça, l'Amérique, c'est unique.

Donc, certes, bien sûr, évidemment, le monde est désormais petit, me disais je en remontant la 44 ème vers Broadway. Mais la vie est courte. Finalement, tout cela est une question d'attitude et il faudra bien faire des choix. Sur un panneau, dans une vitrine, la photo en pied d'un homme souriant et décidé, aux dents bien blanches, qui a apparemment écrit un livre, m'interpelle pour tenter de me le vendre, d'une phrase définitive :" dans la réussite, le désir est aussi important que le talent". C'est bien américain, ça. Mais ça aura bien plu à ma grand mère. Allez, la viande dans le torchon, demain on bosse...

P.S. : j'ai bien l'impression d'avoir croisé Bill Gates, dans le hall du Four Seasons (remarquable mosaïque de marbre au sol, dans le hall), mais j'étais pas sûr et j'ai pas osé lui demander pourquoi pour quitter Windows, il faut faire "démarrer" ;-) Encore un grand mystère qui ne sera jamais résolu ;-)

PPS : merci à tous pour les adresses. Je les note pour la prochaine fois. Mais ce soir, ce sera Miso soup...

Définitivement décalé

Ce qu’il y a de bien, dans un vol transatlantique, c’est qu’on a le temps de réfléchir. Moi, hier, j’ai réfléchi à l’évolution de mon métier. Bizarre de penser qu’alors que je fais du vin dans le garage d’un petit village du Roussillon, région totalement inconnue de 99 % des habitants de cette terre, je réussis à le vendre dans une vingtaine de pays, sans compter les Iles des mers du Sud…  Et que me voilà au Texas, dans un hôtel ultra-moderne, en train de tenter d’évangéliser quelques amateur éclairés (enfin j’espère…).

Cette notion de mondialisation, de rapidité des échanges, de facilité de transport à bas coûts, de communication instantanée avec des groupies du monde entier à travers le blog, tout cela n’a pas fini de m’étonner. C’est le fameux « village mondial ». Dans le monde du vin, une des conséquences directes de cette évolution des mentalités est l’augmentation exponentielle des demandes des amateurs du monde entier de rencontrer le vigneron himself. Mais aujourd'hui, c'est lui qui doit faire le voyage. J’en parlais avec une vigneronne de Châteauneuf ce matin, au petit déjeuner. Il y a vingt ans, un voyage comme celui que je suis en train de vivre était réservé à quelques vignerons bordelais, bourguignon ou à quelques commerciaux de grands négociants champenois. Et rares étaient ceux qui les faisaient chaque année… Aujourd’hui, pour quelques centaines d’euros, on part à l’autre bout du monde. Et avec le change favorable, le voyage est vraiment à la portée de tous, alors qu’il était autrefois réservé aux « élites » du vin ou au plus grandes sociétés. Pour autant, est-ce bien le rôle du vigneron d’être en permanence sur la route ou dans des avions ? Je vous l’avoue, j’en doute un peu. D’abord, tout le monde n’en a pas envie. Vivre et travailler dans la nature, par tous les temps, ce n’est pas vraiment la meilleure formation pour courir les mégapoles et émerveiller par sa faconde commerciale… Ne parlons même pas des langues étrangères, que bien peu de vignerons, dont moi, je l’avoue, maîtrisent.. Et puis, pendant ce temps, qui cultive, vinifie, met en bouteille ? Voilà une question que personne ne me pose jamais. Comment font ceux qui sont seuls sur des micro-domaines, sans collaborateurs ? Le monde change, le métier change. Un seul homme pourra – ou voudra— t’il tout faire ? Et sa famille acceptera t’elle ce nouveau rythme, bien éloigné de celui de nos grands parents... Eux ont surmonté la révolution de la mise en bouteille à la propriété, à nous de surmonter la mondialisation….

Bon, voyager me rend décidément philosophe. Me revoilà — déjà ! en plein ciel, grand bleu, à remonter du Texas vers N.Y. C’est la vie…

J’ai beaucoup aimé le Texas où j’aurai quand même passé… 18 heures. J’y retournerai, c’est promis. Bon, je n’ai vu que l’hyper centre de la fenêtre de ma chambre d’hôtel, ce qui n’est sans doute pas vraiment représentatif ;-) et l’entrée de la ville juqu’à l’aéroport. Et en 18 heures à peine, j’ai quand même réussi la performance de rater le concert de Bruce Springteen hier soir, à 100 m de là où je dormais…  Mais bon, j’ai été bluffé par la gentillesse des gens, qui n’ont, pour ceux que j’ai rencontré du moins, rien d’impitoyable ;-) et par l’architecture… Je ne sais pas s'il y a ici une pépinière de jeunes talents ou si l’argent du pétrole attire des architectes talentueux, mais la moindre construction, de l’échangeur d’autoroute au building à peine terminé en passant par les centres commerciaux semble « pensé » sur le plan esthétique. Bon, c’est plutôt clean, propret et bobo républicain (ça existe, ça ? ;-), mais c’est franchement joli à voir. Beaux matériaux, très divers, toujours de l’esprit, il y a une comme une « Texas » touch qui m’a sauté aux yeux.

Les Texans sont charmants, je l’ai déjà dit, et je m’inquiétais, victime de préjugés ridicules, de leur accent, alors qu’en fait, j’ai tout compris. Enfin, ni plus, ni moins que d’habitude, c’est à dire à peu près la moitié, ce qui est déjà pour moi un énorme progrès. Ah au fait, c’est la première fois que je vois dans un tasting, autant de dégustatrices professionnelles de sexe féminin, de tout âge et de toutes les branches de la distribution : au Texas, les femmes aiment le vin au point d’y travailler, ce qui est moins courant qu’on ne le croit, en France en particulier. Toujours aussi peu de personnes de couleur, en revanche, c’est étrange… Les amateurs de vin sont souvent blancs, asiatiques, hispaniques, mais rarement d’origine Africaine, même aux USA… En France, au fait, je ne connais ni sommelier, ni vigneron, ni négociant, ni personne de noir dans le business. Quelques clients, c’est tout. Bizarre. Il faudra que j’en parle un jour avec eux. Et que je fasse un billet, un jour, là dessus. Le Clos des Fées est depuis peu distribué au Gabon, et un des fidèles lecteurs de ce blog est souvent en déplacement au Rwanda. Le débat est ouvert.

Minuit, je suis enfin à l'hôtel, sur Broadway, prêt à (tenter) de dormir. Allez, à moi la grande pomme !

PS : un lecteur de ce blog a t'il une idée où je pourrais diner demain soir à N.Y ?

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