On the Road Again
Le vin à la rose
Voilà le joli nom qu'a trouvé Patrick pour définir le vin que je l'ai emmené goûter sur le Grand Tasting, en coup de vent...
Il fallait vraiment que je vous en parle...
Je poursuis ainsi ma quête de la carte des vins idéale, oubliant un instant que je ne suis plus sommelier et que je n'ai plus de restaurant...
Voilà l'histoire, qui est fort jolie.
Je ne vends pas de vin en Italie. J'ai honte, d'ailleurs, de ne jamais avoir dépassé le marché de Vintimille... Oui, je sais, incroyable mais vrai ;-) Pas de Toscane. Pas de Venise. Même pas un soupçon de Rome... Honteux. Mais la vie est ainsi faite. Bon, donc, sur le Grand Tasting, une amie m'amène gentiment un importateur italien. Bon, j'y crois pas trop, au marché italien, pour le Clos des Fées. Et puis ça fait deux ans et deux importateurs enthousiastes sur le coup, dont je n'ai plus jamais eu de nouvelles. Mais l'amie est chère. Et l'homme sympathique bien qu'un peu sérieux... Nous goûtons, au milieu de la foule, du bruit, des sollicitations permanentes. Il est sur la réserve, au début. Il le reste sur la fin, peu démonstratif. Mais il y a des natures, comme ça, ou un sourire en coin et une vive lueur dans l'œil sont de puissants signes de satisfaction intérieure ;-). Nous nous saluons. Lui, au moins, ne me promet pas de me rappeler ;-). Honnête.
Quelques instants plus tard, il revient sur mon stand, un verre à la main. Et me dit : "C'est comme chez vous : de l'émotion pure". Bon, et bien, déjà, vous voyez, là je suis content. Parce que l'émotion, c'est mon truc ;-) Et me voilà à introduire mon nez quand même un peu sceptique au dessus du verre, m'attendant à un de ces grands vins italiens que j'ai la plupart du temps beaucoup de mal à comprendre en dehors d'une table en rapport et de dix ans de garde de plus. Et puis en dehors de quelques exceptions dont je suis fan, le Nebbiolo et le Sangiovèse vinifiés pour la garde et le marché américain, je l'avoue, c'est pas trop mon truc.
Et là : le choc ! Ouh là là, quel nez ! Ce vin sent la rose, le litchi, la violette, un bouquet incroyable, inoubliable, fascinant et encore jamais rencontré dans ma courte vie d'amateur de vin où il me reste tant de choses à découvrir ;-). C'est Lucien Legrand, que je n'ai fait que croiser une fois dans ma jeunesse, qui disait je crois un truc du genre "le principal intérêt du vin n'est pas dans ce que l'on sait mais dans ce qui reste à découvrir". Un mec qui résume le truc en une phrase, j'aurais aimé plus le connaitre, vous imaginez bien... ;-)
Bon, en bouche, c'est du velours, de la soie, une longue écharpe douce, épicée et fruitée qui se déroule, envoutante riche, crémeuse et fraîche et fruitée en finale... Je fais goûter à Claudine, aussi stupéfaite que moi (elle est meilleure pour les arômes, il faut bien l'avouer ;-(, puis je file ventre à terre rencontrer le producteur et le serrer sur mon cœur. C'est un vin des "Marches", région longtemps réputée pour ses vins pour touristes qui ne voyagent pas... Et donc bien sûr, dans le corner Italien, il souffre, ignoré par les "amateurs" qui foncent ventre à terre vers les stars du Piémont et de la Toscane. Il s'appelle Paolo Lucchetti. Son Lacrima di Morro est LE vin qui m'aura procuré ma plus grande émotion du Grand Tasting (avec Yquem 49, mais bon, c'est pas dans mes moyens) et j'aimerai bien voir de plus près ce cépage "lacrima moro" qui donne de tels vins.
Bon, qui sait, j'aurai peut-être un jour un importateur dans les marches et j'irai sur place. En attendant, je vais chercher la cuvée exacte, qui le vend en France et je tâcherai de vous donner le tuyau si je l'ai.
Du coup, j'ai trainé une bonne dizaine d'amis et de clients sur le stand. Même pas eu le temps d'attendre et d'entendre leur avis... Moi, en tout cas (mais j'ai gouté 0,001 % des vins présents), ce fut mon coup de cœur du GT 2009.
Je vais de ce pas enquêter pour en trouver en France. Je vous tiens au courant, promis. Il m'en faut ! ;-)
Yop la boum à London
Je me demande vraiment parfois où je trouve ces titres idiots. Sans doute la joyeuse influence des romans policiers de gare que j'ai lus pendant une courte période de ma post adolescence., essentiellement OSS 17. Genre "Pruneaux à Lugano" ou "Avanies en Albanie" ou encore "Interlude aux Bermudes..." Je me souviens fort bien où mes grands parents les rangeaient, au grenier de leur grande maison, allée des Caméiias, Perpignan, France. Nous y logions pendant les vacances scolaires, dans un confort sommaire mais plein de charme. Tiens, j'y pense, et peu à peu les souvenirs reviennent. La grande terrasse battue par les vents, du nord, du sud, de l'ouest, que ma mère, certains étés, me racontait "rendre fous" certaines personnes qui devaient alors être enfermées... Je devais être petit, car j'ai des souvenirs de regards d'en dessous la balustrade de pierre reconstituée. Je ne devais donc pas dépasser le mètre 20, voire moins et avoir la taille et l'âge de Gaspard, autour de six ans. Et pourtant je me souviens très précisément de la sensation de mes pieds sur le linoléum, vert, et des craquements du vieux plancher de bois usé, dessous. Bizarre. Chacun sa nostalgie. Certains, c'est la madeleine, d'autres le linoléum. Bon, "Yop la boum", c'est bien sûr en hommage à Maurice Chevalier, dont je ferais mieux de tenter carrément d'imiter l'accent, au lieu d'être ridicule avec mes accents toniques au mauvais endroit ;-)
Encore dans l'avion, les amis. J'écoute Diana Krall. Mais je ne l'ai pas vue, à London City. Elle habite là, non ? Bon, c'était pas prévu, il faut bien l'avouer ;-) J'aurais bien aimé. Après tout, on ne sait jamais. Et on peut toujours rêver, non ? Qu'un jour on se réunira entre gens de qualité autour d'un de mes vins. Qu'une petite partie du monde saura où est le Roussillon. Que je plairai à tout le monde. Non, là, faut pas exagérer dans le fantasme, quand même ;-) Bon, attendez, je me contorsionne un peu. Je suis dans un Avro RJ 85, l'avion que je déteste le plus. On peut pas bouger le petit doigt quand on dépasse les 50 kg... C'est le genre d'avion où l'on regrette qu'Air France ne soit pas plus indiscret et ne vous demande pas votre poids corporel à l'embarquement, afin qu'un logiciel ami, au lieu d'essayer de vous faire payer le plus cher possible votre voyage, fasse tourner son processeur pour intercaler un "Laurel" et un "Hardy" ;-) Tiens, une idée pour Ryanair : on paye un supplément et on voyage à coté d'une jolie fille. Le pire, c'est que ça marcherait...
Enfer, deux paragraphes que je bavasse et j'ai toujours pas commencé le récit de mon grand écart à Londres. Grand écart. C'est le mot qui m'est venu à l'esprit, dans le taxi, hier soir. Il y a deux semaines, Shanghai et une tentative pour expliquer la différence entre l'alcool et le vin à des consommateurs au tout, tout début du chemin. Hier, dégustation dans un bâtiment dont des marchands de vin ont entamé la construction en 1600 et des brouettes, peut-être avant même que le Roussillon ne soit rattaché à la France. Boiseries massives, ambiance gothique, feu de bois dans la cheminée, collection d'orfèvrerie autour du vin tout simplement incroyable. Robin des bois n'est pas loin et Claudine, si elle était venue, aurait été magnifique avec son nouveau hénin ;-) Bon, l'ambiance n'est plus au collant médiéval mais au costume sur mesure, aux tissus de ouf, avec les rayures dans le bons sens (le bon sens pour moi, c'est à dire de haut en bas ;-). Face à tous ces amateurs de vin qui sont NÉS avec une cave profonde et bien remplie par les générations précédentes, une magnifique sélection de vignerons stars de la Loire et du Rhône, certains de ces derniers ayant un sourire comme collé sur le visage : ce sont ceux de Chateauneuf, grâce aux dernières notes de Parker qui, à l'évidence, a été kidnappé par une secte chateauneuvoise et souffre du syndrome de Stockholm, tant les notes sur le 2007 sont stratosphériques. C'est donc "happy face" de rigueur. Et au milieu de tout ça, notre paysan du Roussillon qui n'a, pour lui, que ses vins.
Mais quels vins, mon ami... Galvanisé par l'endroit ou le challenge, nul ne le saura, les vins sont au mieux de leur forme, parfaitement "conformes", ce qui n'était pas le cas à Bruxelles, vendredi. Bruxelles, mon Waterloo.... Vite, y'a t'il des membres d'LPV Londres dans la salle ? Ouiiiiiii ! (private joke que seulement ceux qui sont LPV conprendront. Sorry pour les autres. ;-)
Euh, un instant, je change d'avion...
Voilà, je suis passé du Londres-Paris au Paris-Perpignan.
Bon, la dégustation commence mal, comme d'habitude, ai-je envie de dire. Je suis décidément bien nostalgique, ce soir... Je me souviens de ma première dégustation, en 1999, sur les Champs Elysées, dans le sous sol d'un grand hôtel, organisé par le syndicat des Côtes du Roussillon. Dix ans plus tard, rien n'a changé : les dégustateurs se ruent immédiatement sur les vins "cultes", les AOC '"prestigieuses" et m'ignorent ostensiblement. Mais je suis mieux placé qu'à l'époque, au début de la salle et quelques inconscients, qui n'ont pas saisi qu'un "petit vin du sud", un Roussillon s'est glissé au milieu des grands vins du Rhône (merci Giles...) tendent leur verre pour goûter mon blanc.
Merci, mon blanc, merci. Ce soir là, c'était toi le meilleur. Juste mûr. Juste tendu. Juste fruité. Avec ces quelques grammes de sucre résiduel, qui m'ont tant été reproché alors que je ne les ai jamais vraiment voulus mais juste assumés. Sans boisé lourdingue et prétentieux, tu respires le fruit sain, gorgé de soleil, juste doré comme une grappe de grenache blanc à la fin de l'été.. Oh, tu ne veux pas être un grand vin. Une grande histoire histoire d'amour, ambitieuse et passionnée. Juste un ami, un frère, quelqu'un qui vous veut du bien. Je t'ai trouvé un nom, hier soir, si un jour je te rebaptise : tu seras "the girl next door" ;-) (je progresse, en anglais, hein, je progresse ;-). Charmé par le blanc, on goûte le rouge. Et c'est parti. Un, puis deux, puis trois, puis peu à peu, comme en 1999, je suis le vin qu'il faut, ce soir là, avoir goûté...
Je suis toujours autant fasciné par la bêtise de certains qui me prennent toujours pour une sorte de "Kaa le serpent", ayant de grands yeux vitreux et rotatifs dans le livre de la jungle, apte à hypnotiser l'amateur le plus averti, capable de faire croire à tout le monde que ses vins sont bons alors qu'ils sont mauvais. Le produit. Rien que le produit. Le vin. Rien que le vin. Et la confiance absolue dans la capacité du consommateur d'apprécier. Voilà l'important. Passons sur le reste, voulez vous ?
Par chance, comme en Belgique, le prix de la petite Sibérie n'est pas marqué sur le tarif. C'est idéal. Ceux qui savent tendent leur verre d'un air gourmand, heureux que je continue à la faire goûter, ce que j'ai bien l'intention de faire le plus longtemps possible. Les autres sont juste avertis : là, après le Clos des Fées, mon vrai "Top Wine", c'est... autre chose. Un cru, Un grenache noir. Une émotion, j'espère. Goûtez et, si vous voulez, on en parle après. Ni du pourquoi, ni du comment. Juste de la sensation, que l'on aime ou pas.
Sur mon iphone, en mode aléatoire, une chanson passe alors que je suis dans l'avion : You heart feels. C'est ça que j'avais envie de dire, hier : do you heart feels ? Ce sera pour la prochaine fois. Ma table ne désemplit pas jusqu'à la dernière minute et une bonne vingtaine de dégustateurs repassent pour un dernier verre, qui du Clos des Fées, qui de la petite Sibérie. C'est le fameux "Happy Ending" ;-) Quel meilleur compliment pour un vigneron quand on y pense ? Il faut littéralement "chasser" les derniers fans, la dégustation est terminée, l'endroit doit être nettoyé. Je suis fier, je l'avoue, que mes vins provoquent encore l'enthousiasme. Tout ce travail, tout ces efforts, tous ces risques : tout est justifié, oublié.
D'où m'est venu cette subite nostalgie, hier, à Londres ? Oh, je sais, bien sûr. D'Isabelle et de Brooke, deux femmes que j'ai beaucoup aimé, l'une d'amitié, l'autre d'amour et qui, miracle du net, ont ensoleillé ma soirée et ma table d'une bouffée d'un passé heureux autour d'une séance de retrouvailles dont le web regorge. De Brooke et de Tarek, son mari, je me souviens des brunch heureux, des dimanches matin ensoleillés, à la terrasse de mon restaurant, le Gourmet's, place Dauphine, place divine, où ce drôle de restaurant mi-suédois mi auvergnat faisait cohabiter les œufs brouillés au saumon, les toast poilane-grillés-gouda-confiture d'orange, la charcuterie de Laguiole et les rires de jeunes gens insouciants.
D'Isabelle, je me souviens d'un Meursault immense, servi par l'ami Didier Bureau, alors que nous nous séparions, moment sur le coup tragique, finalement, avec le temps, juste inoubliable, où, en pleurs tous les deux en pleine salle du Clos Lonchamp, la moindre gorgée de vin nous ramenait inévitablement au plaisir et au rire. Puis les pleurs. Puis le plaisir d'un gorgée de Chardonnay. Épique. Merci Brooke, merci Isabelle. On s'est retrouvés. On se revoit.
Je sais, je sais, je suis un mec bizarre, qui balise sa vie de souvenirs de vins, de mets, d'odeurs, de goûts, de souvenirs de petits plats familiaux où de restaurants étoilés. Suis je vraiment normal ? Question idiote, je n'y peux rien, c'est moi et c'est comme ça.
Bon, pas encore un billet franchement court. Mais fallait pas me laisser écrire dans l'avion... Allez, je relève la tablette, on arrive. A +
Toujours la marmotte. Mais Belge.
Vendredi matin. Départ pour Bruxelles. Étrange impression de revenir deux semaines en arrière et de revivre la même chose : la montée sur le cirque, l'adieu aux vignes, à la famille. Même musique dans la voiture. Rien ne vaut un petit coup de U2 pour se donner le moral. toujours une pensée pour la marmotte (faut lire régulièrement, si vous voulez tout comprendre... ;-)
4 heures après, bienvenu à Bruxelles Sud, Charleroi.
EricD est là, qui m'attend, un grand sourire aux lèvres. Je ne le connais pas "physiquement". Non que nous soyons rencontrés sur Meetic affinity, rassurez vous ;-) Mais c'est un pilier de LPV, le forum francophone sur le vin où je passe du (trop ?) temps. Il m'a spontanément proposé d'être mon guide, mon hôte, mon tuteur lors de ce week end Belge. Je ne le regretterai pas un instant. Merci Eric. Merci Marianne. Merci LPV. Merci internet.
"Raconte moi la Belgique, Papa". Heureusement que les enfants sont trop petits pour poser ce genre de questions comment dire, un peu réductrice....
Euh, la Belgique ? Et bien, vois tu, mon fils, c'est une sorte de grand tunnel en plastique blanc, gentiment décoré d'un peu de végétation hors sol, où l'on est divinement accueilli par des gens souriants et dévoués, et où se pressent plein d'autres gens tout aussi charmants qui ne pensent qu'à remplir leur verre, à le vider, et à parler de vin". Et puis ? Et puis ce sera tout pour ce voyage là. Enfin sur le plan professionnel. Parce sur le plan personnel, ce fut une vraiment belle rencontre, avec une famille délicieuse, une maison claire et pleine de charme, une hospitalité paisible qui repose, calme et force respect et admiration. Eric travaille pour l'Europe. Marianne dans une banque qui n'a pas de guichet. Au fur et à mesure que nous nous découvrons, Ils écoutent ma vie avec une sorte de fascination mêlée de surprise : vigneron ballotté entre les fournisseurs et les clients, les saisons, les critiques, toujours à faire des choix impliquant leur avenir, dont la vie est une longue suite de responsabilités directes et de performance individuelle. Ils n'imaginaient peut-être pas cela. Moi, je me demande ce que serait ma vie et celle de ma famille si... j'avais travaillé à l'école. J'envie leur calme, leur sérénité, leur passion manifeste pour leur travail qui, et c'est la grande différence, s'arrête à la porte de leur maison. Les deux ont sans doute des avantages et des inconvénients. Savourons les premiers, oublions les seconds. Et retrouvons nous autour d'une bouteille de vin, passion sincère et profonde d'Eric.
Bon, plein de choses à vous raconter, car il s'en passe des choses dans mon tunnel blanc avec une grande lumière au bout, genre NDE ;-)
Première rencontre avec Jean-Claude, caviste dans cette banlieue chic de Bruxelles. Impressionné. Par sa passion. Par sa lucidité. Par ses amis. Il y a vraiment des hommes qui semblent n'avoir que des amis dévoués. Qui font l'unanimité par leur franchise, leur amour du vin et des autres. Bon, j'ai du boulot, si vous voyez ce que je veux dire ;-) La famille est là. Les enfants aident. Les voisins font les verres ou transportent les cartons, comme ça. Les clients du "premier cercle" se relaient pour remplacer les vignerons pendant la pause déjeuner. Encore jamais vu ça. Je reviendrai pour boire une bouteille avec lui, c'est promis, et mieux le connaître. Parce qu'on a pas pu suffisament parler vin à mon goût
Etant placé à la fin de la dégustation, j'ai une petite heure à perdre, derrière ma table, en attendant les premiers amateurs. Vu l'accueil de certains vignerons ce matin, je repense à Michelle, à notre discussion au Costes de Shanghai. Elle a du mal à trouver sa place entre deux cultures, dans une société qui avance à toute vitesse. Là, en Belgique, c'est un peu moi qui ait cette impression. Pas assez "vigneron" pour certains (vous savez les mains calleuses, la maitrise du tracteur en situation difficile). Trop "communicateur" pour d'autres. Résolument "bateleur" pour tout le monde, enfin, juste parce que je suis fier de mes vins, parce que je trouve normal de me confronter le plus souvent possible au "marché", parce que j'aime et respecte mes clients et parce que je les aime joyeux quand je les vois émus un verre de Clos des Fées à la main. Bon, c'est pas grave, je suis habitué. Etonnant que le fait d'ESSAYER de faire des "grands" vins dans le sud ou ailleurs soit encore si mal perçu par certains vignerons. Le formatage social et culturel touche décidement tout le monde. Dommage que, à défaut de m'aimer, ils ne s'inspirent pas de ce que je fais de bien, de nouveau, laissant de côté de que je fais de moins bien, pour que nous avancions tous ensemble. Bon, couché, Calimero.
Ah Shanghaïl... Je me demande si une partie de mon cœur n'y est pas resté. Je tripote sous ma chemise mon tee-shirt marqué "vive l'amtié Franco-chinoise". Et j'ai fait consciensieusement mon taîchi ce main, sous la direction du maitre Ding, dont j'ai téléchargé l'appli sur mon iphone ;-) On arrête pas le progrès. Bon, je rigole, bien sûr. D'ailleurs, pour rigoler, j'ai bien rigolé. Ah, attendez, on passe dans le tunnel sous la manche, je regarde, c'est la première fois... Euh, ben, c'est, comment dire... très noir. Bof. Oui, parce que je vous ai pas dit, je suis dans le train déjà en route pour Londres.
Bon, je finis la dégustation, j'essairai d'écrire le récit de l'incroyable dégustation de vendredi soir dans l'avion, demain. En deux mots, disons que si tu es vigneron et que tu n'aimes pas les Belges qui aiment le vin, tu es vraiment très con. Gens charmants, passionnés, connaisseurs, s'arrêtant longuement pour savourer un nez, une longueur, une texture, couples passionnés de tous les âges, caves disponibles pour faire vieillir les vins, ces deux jours ont été certes éreintants mais aussi gratifiants. Espérons qu'il en fut de même pour ceux qui ont trempé leurs lèvres dans mes breuvages... A demain.
Londres, me voilà. Je ne suis pas sûr que mon anglais pakistanais soit aussi efficace ici... Ah, si j'avais travaillé à l'école ;-)
Hong-Kong, paradis des escarpins
Vous aimez les chaussures ? Les chaussures de femme, je veux dire. Les escarpins, en résumé. Parce qui si, comme moi, vous aimez ça (chacun son truc, hein ;-), j'ai trouvé pour vous le paradis des escarpins et donc des amateurs d'escarpins. C'est Hong-Kong.
Pour un amateur tel que vous, il y a alors un croisement de rue où vous aimeriez habiter, vivre et mourir. L'angle de Wyndham Street et de (j'ai oublié, désolé..) Là, adossé à la balustrade, au pied du feu rouge, vous pourriez assumer votre passion jusqu'au bout. Pas vingt-quatre heures que je suis là, les amis, et j'ai trouvé le moyen de devenir milliardaire en Chine : dessiner, fabriquer et vendre des escarpins. Bon et donner quelques cours pour marcher dedans. Plus à Shanghai qu'a H.K. d'ailleurs où là on a affaire à des expertes. On critique, on critique, je sais que vous voudriez m'y voir, dans des stileto de 12 cm ;-). Vendredi soir, 22 h 30, accoudé à ma balustrade, je voyage, immobile. De la plus haute bourgeoise en Chanel à la plus... la plus... bon, là je coince, je l'avoue. Bref, TOUTES les hong-kongaises, si c'est comme ça qu'on dit, ont la passion des chaussures. Et mon Dieu que ça leur va bien. Jimmy Choo, il serait pas d'ici, par hasard ?
Bon, désolé, mais voilà, sur le plan "business", le voyage est terminé. Alors, on décompresse un peu avec Yvan. Je viens de manger le meilleur Sashimi de ma vie, un truc qui est à peu-prêt aussi différent de ce que j'avais mangé avant qu'un litron de gros rouge peut l'être d'un Clos des Fées. Avec un Pinot Blanc de Deiss, le plus simple de la carte, c'était... c'était... parfait. Bon, je me sens peut-être aussi léger parce que c'était aussi le Sashimi le plus cher de ma vie... Mais j'ai payé sans un regret, admiratif de la qualité hallucinante des poissons et de la préparation. Et j'ai félicité le chef. Tout vient du Japon, chaque matin par avion et ils ont un acheteur à eux. Et aussi le sommelier. Le nouveau copain d'Yvan, Kevin ;-) Ça s'appelle Zuma, au fait, et en entrant, je ne pensais pas vivre cette expérience dans un restaurant aussi "branché". Ah, il faut que je vous dise : j'ai pris par hasard la coquille saint-jacques crue avec la minuscule tranche translucide de citron vert qui l'accompagnait et là : illumination ! L'extase. Je vais essayer avec le Grenache Blanc, dès que possible. Le citron vert, avec la peau, c'est la clé qu'il me manquait. Enfin peut-être.
Bon, le Grenache Blanc, justement, il en a mis quelques un sur le cul, ce matin. Annabelle, une consultante en vin entrée par hasard dans la salle, en particulier, et qui n'arrivait pas à partir tant le choc était grand. Bon, un peu disproportionné, j'ai pensé, mais après tout, moi, j'ai bien eu un orgasme avec un pinot blanc de Jean-Michel Deiss. Et un orgasme féminin, Monsieur ! ;-) Alors. Elle m'a fait tellement plaisir, son émotion était tellement visible, qu'après le tasting, je lui ai donné une bouteille. J'en ai fait, des heureuses, Monsieur. Mais comme ça, jamais ;-)
Bon, bon, calmons nous, et revenons à nos moutons. Oyez, Oyez, braves gens, voici la photo qui prouve qu'il y a une justice dans la vie. Vigneron du Sud, mon ami, mon frère, accroche à ton cœur un morceau de chiffon rouge et, un jour peut-être, je te le souhaite du fond du cœur, comme l'ami Bizeul, tu te retrouveras en compagnie du plus mythique des champagnes...

Et oui.
Et oui.
Bon, on va pas encore faire un diner dégustation ensemble, si vous voyez ce que je veux dire (encore que, Maguy, si tu cherches un vin rouge, au cas où, je suis partant ;-) Mais je dois dire que ça m'a fait - bêtement, j'en conviens - plaisir de voir le nom de Clos des Fées accolé (devant ? ;-))) un nom aussi prestigieux.
Bon, ceci dit, à J-30 minutes du tasting, je rigolais moins, les amis... Vous l'avez déjà fait, vous, une master class en anglais ? Parce que c'est pas dans mes cordes, en fait. Et que j'ai dû puiser loin, loin, courage et ténacité. A J- 2 minutes, dans ma tête, c'était plutôt : je veux paaaartir !

J'avais préparé un PPS, le premier aussi de ma vie, en urgence, en partant (c'est marrant à faire, tiens, je recommencerai) et je l'avais même fait traduire en Chinois. La Classe, quoi. Aldo (désolé, si tu as moins de 40 ans, tu peux pas comprendre). Et patatras, alors qu'on est à HK, au cœur du marché de l'électronique mondiale, pas de cable vidéo pour connecter mon mac. Je pique une grosse colère, on essaie de transférer les trucs, les machins, les bidules. Le PPS ne marchera qu'à cinq minutes de la fin. On verra au moins la photo du garage... Grrrrr.
Bon, à ma gauche, Thierry Desseauve. En avant, mon ami, à toi de goûter à la grande solitude du vigneron du sud qui essaie de faire partager sa passion ! Je t'explique : on plonge la rame à droite, puis la rame à gauche et on recommence. Dix ans, que je pratique, j'ai l'habitude ;-). Heureusement, on a battu le ban et l'arrière ban des amis, ils sont tous là et m'encouragent à persévérer dans mon anglais laborieux, bourré de fautes de vocabulaire, de grammaire, de faux amis, de tout... Mais, mais, mais, péniblement certes, avec mon délicieux accent mi Maurice Chevalier (désolé, si tu as pas plus de 70 ans, tu peux pas comprendre...), mi Pakistanais, brique après brique, mot après mot j'arrive – enfin je crois – à faire passer un peu de la passion qui m'anime... Dans la salle, mes amis, les nouveaux comme les anciens, m'encouragent du regard et me soufflent même des mots. Bon, Thierry, faudrait qu'on prenne des cours ensemble, peut-être... Mais on s'en sort. Ouf, c'est fini.
Bon, voilà. C'est de Vingrau que je mets la dernière patte à ce billet écrit il y a moins de 24 heures à Hong-Kong... En rentrant de l'aéroport de Toulouse, sur la route, que de choses dans ma tête... Des lieux, des ambiances, des odeurs, des sons et surtout, surtout, une liste longue, longue, longue de nouveaux potes que j'ai une énorme envie de revoir... Merci les amis. A bientôt. J'espère.
Naked in Hong-Kong
Bien, ca y est, nous y sommes.
Je vous passe les aéroports et les taxis, hein ?
Pourquoi suis-je à Hong-Kong, déjà ? Ah, oui, pour faire une master Class "Clos des Fées" avec Bettane-Desseauve dans le cadre de l'International HK wine fair.
Le salon est à deux pas de l'hôtel, c'est bien pratique, (merci Claudine!). Un immense centre de congrès, avec en même temps trois "conventions". Dont une de dentistes et une de je sais pas quoi mais médical aussi. Des prothèses ? Dépaysan. Tiens, j'ai pas fait exprès, mon clavier a fourché (juré promis, c'est vrai) mais c'est exactement ça, ce genre de ville et d'endroit : c'est dé-paysan ;-) J'aurais voulu la faire, j'y serai pas arrivé. C'est comme le "gonflé à blog" de l'autre jour : s'il y avait pas eu cet amusant commentaire, je ne l'aurai pas vu. Ne pas dormir, la fatigue, le décalage vous fait il travailler le cerveau différemment ?
Bon, on fait un petit tour sur le salon : il y a bien 300 ou 400 exposants du monde entier et, comme d'habitude, je prends un coup au moral. Quelle est ma légitimité d'être là ? Comment exister au milieu de ces milliers de bouteilles dont beaucoup aux habillages magnifiques et aux vins sans doute bons ? Australie, Nouvelle-Zélande, Chili, Argentine, Afrique du Sud, le monde entier est là, avide de conquérir le marché Chinois. La veille, j'ai rencontré Erst, qui vend des montres et qui m'a dit : "tu sais, je viens en Chine depuis dix ans. Il y a plus de cinquante villes de plus de 10 millions d'habitants. Tu connais combien de noms ?" Euh. Ben Pékin, Shanghaï. Et... Fin du jeu. Merci Hervé, vous repartez avec le dictionnaire offert par Larousse ;-) Et vous ? Allez, un petit concours en commentaires, sans tricher, sans google et wikipédia ? ;-)
Je me dis que je peux, que je DOIS pratiquer davantage la méthode Couée, sinon, je vais m'enfuir en courant : si les chinois de Chine Pop (c'est comme ça qu'on dit, ici à HK, la "Chine Pop"; je trouve ça limite méprisant; j'avais jamais ressenti ça à Shanghaï) se mettent à boire du vin, on va... en manquer. Ça c'est positif, non ? C'est vrai qu'avec mes 120 bouteilles de petite Sibérie (allocation Hong-Kong), je vais pas les désaltérer, c'est sûr. Bon, personne ne me connait, personne ne me regarde. Je vais bien, tout va bien...
Enfin, je retrouve des têtes connues et/ou amies. Ça me rassure un peu. Sacha Lichine, impérial et rieur, comme toujours, avec son humour dévastateur et aussi de bons vins, des habillages créatifs et beaux, m'offre un – petit – verre du rosé le plus cher du monde ;-) A côté, des lignes de vins de cépage produits à plus de 1 million de bouteilles, très intéressantes, faite à Limoux. Il vient ici depuis vingt ans. il n'a pas de complexes. Il a raison. Autour, on va dire que la plupart des stands français sont plus, comment dire, artisanaux... Y a pas a dire, y a des trucs qu'on sait faire, d'autres pas encore. Espérons qu'on va apprendre...
Bernadette me saute dans les bras. C'est agréable ! Oh, n'allez pas, s'il vous plait, croire "des choses" comme disait ma grand mère. Bernadette, elle m'a présenté ma femme, alors... Elle me trouve en un tour de main Thierry Desseauve et Michel Bettane. On s'embrasse (être loin de la mère patrie rend les français très câlins... ;-) et on fait le point sur le Tasting du lendemain : vins bien arrivés. Pour le reste, on verra.
Désolé, il faut QUE JE DORME ! Parce que j'ai pas pu le faire dans l'avion, en plus. Vite, douche et au lit.
Deux heures et - encore ! - une longue, longue, longue douche plus tard, diner léger et passionnant avec Benoît, qui vit ici et vend du vin (du grand, du beau, du tatoué, du "demandé", quoi. Du désiré, même. Et puis du culte. De l'introuvable. Bref, tout que je ne suis pas ;-).
Au troisième étage d'un building de bureaux, "Bonheur" est un restaurant où tout le monde apporte sa bouteille. Enfin, ses bouteilles, parce qu'en Chine, on suce pas des glaçons quand on a soif, si vous voyez ce que je veux dire (pas remis des 17 bts de la veille, le Bizeul ;-). Cuisine d'un bon niveau, excellente pièce de viande de Black Angus. Sur les tables, le meilleur (un Raveneau, un Barolo culte dont j'ai oublié le nom, désolé) côtoie le pire (mauvaise étiquette, mauvais millésime...). On s'échange quelques verres avec la table d'à côté et puis on parle du marché, un peu, des vignerons qu'on aime, beaucoup. Tant qu'a faire, on a apporté du Clos des Fées, ben tiens. Le 2007 est top. Riche, crémeux, sensuel, mais aussi frais et long. Il aime. Je suis content parce que j'ai l'impression qu'il partait avec un apriori légèrement négatif. Ne t'en fais pas, Benoît, je suis habitué ;-) Il accroche moins sur la Petite Sibérie. Il a la franchise de le dire. C'est bien. Pas de compromis. J'aime.
Dans le taxi, une expression me vient, comme ça : "Mano a mano". Finalement, quoi qu'en pensent beaucoup de mes confrères ou de mes clients fidèles, douze ans après avoir commencé à presser mon premier jus dans une toile à beurre, Claudine à un bout, moi à l'autre, Yves tenant au dessous la bassine pour recueillir le vin, je n'ai pas beaucoup d'avantages : c'est toujours un verre à la main, les yeux dans les yeux que se fait la rencontre. Et que se déclenche ou non l'émotion. Combien d'amateurs me reste t'il à convaincre ? Combien aurais je la force de convaincre ? Bon, je crois qu'il est temps de rentrer, de tenter de reprendre un rythme normal. Demain, première "master class" de ma vie, et bien sûr en anglais.
Surtout, ne pas y penser...
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